« Trump ne fixe aucune limite : France et Europe à genoux sans services américains »
L’Europe est totalement dépendante des services, des appareils et de l’infrastructure des États-Unis dans le secteur du numérique. Si l’accès aux services américains devait être coupé, ce serait un recul technologique de plusieurs décennies pour l’Europe.

Les États-Unis pourraient-ils interrompre totalement l’accès de l’Europe aux services des grandes entreprises numériques américaines? Ou, inversement, l’Union européenne pourrait-elle envisager d’exclure les Américains de son marché intérieur en réponse à des actions de Donald Trump?
Bien que cela semble difficile à concevoir pour le moment, cette éventualité suscite de plus en plus de débats, surtout depuis que le président américain s’est intéressé au Groenland. Ce sujet soulève en réalité la question de la souveraineté technologique de l’Europe face aux États-Unis.
Il est vrai qu’il est possible de se tourner vers de nombreux services européens à titre individuel, mais il est essentiel de reconnaître que nous dépendons de certains produits et de services américains.
« Trump peut tout nous couper »
C’est dans ce contexte qu’Aurore Lalucq, députée au Parlement européen, a averti l’Union européenne, dans une vidéo relayée sur Twitter : « Trump peut tout nous couper ». D’après Libération, elle fait probablement allusion aux juges de la Cour pénale internationale (CPI).
Les juges de la CPI n’ont plus accès aux services de Microsoft ou d’Amazon et ne peuvent plus utiliser les moyens de paiement liés à Visa ou Mastercard.
Cet exemple illustre bien ces services si intégrés à notre quotidien que nous avons parfois oublié leur origine américaine.
Ces technologies américaines dont nous avons besoin
Le paiement : Visa, Mastercard, Apple Pay, Google Pay
Le paiement par carte bancaire est devenu la méthode de paiement privilégiée, tant en ligne que dans les magasins.
Nos cartes utilisent généralement les réseaux de paiement américains Mastercard et Visa, qui dominent le marché.
En cas de coupure, nos systèmes de paiement seraient presque totalement paralysés. L’Europe travaille sur des alternatives comme Wero, mais celle-ci n’est pas encore au niveau requis.

À noter une exception française : le groupement des cartes bancaires (GIE CB), reconnu pour le logo CB sur nos cartes, souvent confondu avec « carte bleue ». Il gère le réseau CB qui représente une alternative fonctionnelle aux réseaux Visa et Mastercard.
En cas de coupure des services Visa et Mastercard, il serait donc toujours possible de payer via le réseau CB, si le commerçant est affilié. Toutefois, cette solution reste limitée à la France, tandis que le reste de l’Europe dépend entièrement de Visa, Mastercard, ainsi que des services comme Apple Pay, Google Pay et PayPal.
Nos smartphones seraient inutilisables
Un autre domaine où se passer des entreprises américaines semble pratiquement impossible est celui des smartphones.
Bien entendu, il est évident que nous ne devons pas considérer Apple, une marque entièrement américaine. Restent alors Android, un système basé aux États-Unis mais en open source.
Si nous étions coupés des services de Google, l’ensemble des smartphones vendus en France deviendrait inutilisable. Même les appareils chinois ou coréens comme ceux de Samsung ou Xiaomi demeureraient tributaires des services de Google.

Deux alternatives pourraient s’offrir à nous. D’une part, les smartphones Huawei utilisant HarmonyOS nous feraient échanger une dépendance américaine contre une chinoise. D’autre part, l’installation d’une ROM alternative telle que /e/OS, développée en Europe, pourrait être réalisée sur un Fairphone, également conçu en Europe.
Cependant, l’installation d’une ROM comme /e/OS signifierait perdre l’accès à de nombreux services disponibles uniquement sur le Google Play Store ou l’App Store.
Des fonctions pratiques telles que le paiement sans contact ne seraient pas gérées nativement. Il faudrait utiliser une application comme Curve, qui offre un système Curve Pay comme alternative à Apple Pay et Google Pay.
L’infrastructure cloud
Les pannes mondiales d’Internet survenues en octobre et décembre 2025 ont démontré notre dépendance envers l’infrastructure cloud des géants américains.
Ces pannes ont été causées par Cloudflare et Amazon. La majorité des services en ligne fonctionnent sur des infrastructures cloud fournies par Amazon ou Google. Même nos données de santé sont souvent stockées chez le géant américain Microsoft.
Grâce au Patriot Act et au Cloud Act, les autorités américaines admettent avoir accès à ces données, même si elles sont stockées sur des serveurs en Europe.
Des entreprises européennes comme OVHCloud ou Scaleway existent, mais elles sont loin d’atteindre la taille des géants américains en Europe.
Le matériel informatique
AMD, Intel, Qualcomm, Nvidia, Apple : presque tous les microprocesseurs de nos appareils proviennent des États-Unis.
Actuellement, l’Europe ne dispose d’aucun concepteur de puce et dépend entièrement de la technologie des puces américaines.

La seule alternative serait de se tourner vers la Chine et ses entreprises comme MediaTek. Cela fonctionnerait pour des smartphones ou des téléviseurs, mais pas du tout pour des ordinateurs ou des machines puissantes.
Une perspective dissuasive pourrait s’articuler autour de la dépendance des Américains envers une technologie européenne : le néerlandais ASML, qui fabrique les machines nécessaires à TSMC pour la production des puces américaines.
Si notre accès à leurs puces devait être coupé, nous pourrions également les empêcher de les produire.
La cartographie
Que ce soit pour notre utilisation massive de Google Maps, Waze et Apple Plans, ou pour notre dépendance au GPS, une technologie militaire américaine, la question de la géolocalisation est complexe.
Heureusement, nous disposons du système européen Galileo, complètement indépendant du GPS américain. Quant aux applications, il faudra nous tourner vers Here WeGo, détenu par un consortium de fabricants automobiles européens (Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz).
L’économie du web
Bien que de nombreux internautes continuent d’utiliser Google et ChatGPT au quotidien, des alternatives européennes telles que Qwant ou Mistral Le Chat existent bel et bien.
Le problème le plus préoccupant en cas de coupure serait moins visible pour l’utilisateur moyen : il s’agit de l’économie du web.
À l’heure actuelle, Google Ads et Meta Ads dominent de manière écrasante le marché de la publicité en ligne, essentielle à de nombreux modèles économiques. En d’autres termes : Google et Meta permettent la survie de nombreux sites gratuits.
La vidéo en ligne et les réseaux sociaux
Bien que cela soit moins vital que nos smartphones ou le paiement par carte, une telle coupure aurait des conséquences significatives.

Si les géants américains disparaissaient du jour au lendemain, nous dirions adieu à YouTube, Twitch, Instagram et X (anciennement Twitter). TikTok, le réseau social chinois, serait le seul à y échapper, jusqu’à un éventuel rachat par des États-Unis.
Il convient également de mentionner la SVOD, même si elle est moins directement liée à la technologie : Netflix, Apple TV, Amazon Prime, Disney+ et Max sont américains.
Un retour à TF1, Canal+ et Dailymotion aurait un impact considérable sur de nombreux internautes.
Les ordinateurs
Moins fermés que nos smartphones, les PC souffriraient également en cas de coupure des services américains : il faudrait trouver des alternatives à macOS et Windows.
C’est sans doute le scénario le plus facile à envisager. Il suffirait de basculer vers GNU/Linux et des services libres. L’État français propose déjà une suite collaborative pour remplacer Google Docs dans l’administration publique.
Cela fonctionne sur le papier. Mais en pratique, cela signifierait moderniser l’ensemble du parc informatique d’un pays et former tous les citoyens à de nouveaux outils. Il faudrait oublier Adobe, la suite Google Drive ou Canva.
Le gaming
Mauvaise nouvelle pour les joueurs sur PC : Steam est une plateforme américaine. En fait, la majorité des sites de vente de jeux vidéo le sont. Heureusement, nous pouvons nous tourner vers GOG, développé en Pologne.

Côté consoles, renoncer à Xbox ne poserait pas beaucoup de problèmes. Nintendo est un constructeur japonais et ne serait donc pas concerné par ce scénario, tout comme Sony.
L’Europe n’est pas prête
Ce rapide aperçu montre que, bien que des alternatives puissent parfois exister, cela resterait généralement à la marge.
La réalité est claire : dans le secteur numérique, l’Europe est totalement dépendante des services, appareils et infrastructures des États-Unis.
En cas d’interruption de l’accès aux services américains, cela représenterait un recul technologique de plusieurs décennies pour nous tous.
Le développement d’une infrastructure numérique souveraine en Europe, notamment en matière de systèmes de paiement, apparaît plus essentiel que jamais.

