France

Les nouvelles quinquas ne scrollent pas sur TikTok tard le soir.

À 50 ans et plus, certaines femmes connaissent des changements significatifs dans leur vie, notamment une reconversion professionnelle et des ruptures conjugales. En 2021, l’Ined a constaté que le nombre de divorces chez les plus de 50 ans avait doublé en trois décennies, et triplé pour les plus de 60 ans.


À partir de 50 ans, certaines femmes connaissent un tournant surprenant : elles se lancent dans une reconversion professionnelle, mettent fin à leur union, renouent avec des activités créatives ou sportives intenses, explorent des relations amoureuses sans complexes, et opèrent même des changements radicaux d’apparence ou de mode de vie. Ce phénomène, souvent désigné par le terme de « seconde adolescence » ou « quincados » (fusion de quinquagénaires et adolescents), suscite de nombreux questionnements de la part de leurs enfants sur les réseaux sociaux.

Cependant, cela ne s’apparente pas à la crise de la cinquantaine classique (frequemment associée aux hommes, illustrée par l’achat d’une moto ou d’une voiture de sport). Pour les femmes, cet épisode ressemble davantage à une reconquête de leur identité : après des années passées à jongler entre les rôles de mère, d’épouse et de professionnelle, vient le moment de privilégier le « soi ».

Les femmes quinquagénaires tirent parti de leur bonne santé et de leur autonomie pour s’offrir une seconde jeunesse, souvent loin de leurs enfants et des responsabilités sociales qui pèsent parfois sur elles. « Quand mes trois filles sont parties de la maison, j’ai profité de l’occasion pour changer de régime alimentaire, de coupe de cheveux et refaire tout mon dressing. J’avais enfin le temps de prendre soin de moi », déclare Nathalie, 56 ans, qui en a également profité pour quitter son mari après trente ans de vie commune. Ce changement de vie tend à devenir la norme : l’Ined (Institut national d’études démographiques) a déjà observé en 2021 que le nombre de divorces chez les plus de 50 ans avait doublé en trois décennies, et triplé chez les plus de 60 ans. Les femmes portent souvent l’initiative de ces ruptures (environ 60-75 % des cas selon des études de l’Ined et des sondages récents), souvent après de longues unions.

Les enfants expriment largement sur les réseaux sociaux les transformations et les comportements de leurs mères. « Elle ne fait que regarder des films et des séries sur mon Netflix, elle sort tout le temps », écrit Roxane. Sia ajoute que sa mère « regarde des TikTok jusqu’à une heure du matin et elle ne veut plus faire à manger ». De son côté, Lola remarque que « les rôles se sont inversés, c’est moi qui lui fais la morale quand elle sort et rentre tard sans prévenir ». Cette inversion des rôles ne surprend pas l’économiste et psychanalyste Corinne Maier, qui explique : « On aspire à vivre autrement et on a envie, finalement, de se réapproprier sa propre existence en renouant avec ce qu’on faisait avant d’avoir des enfants. » Elle cite son livre de 2020, *Dehors les enfants* (Albin Michel), en ajoutant : « Je pense qu’il est préférable d’anticiper ce mouvement quand les enfants deviennent adolescents, car cela leur montre que nous avons une existence en dehors d’eux et qu’eux aussi doivent vivre leur propre vie. »

Néanmoins, la société demeure partagée : elle célèbre la « jeunesse éternelle » des quinquas actives dans les médias tout en qualifiant rapidement de « ridicule » une femme de 55 ans qui porte des baskets flashy, sort en boîte de nuit ou refait sa vie avec un partenaire plus jeune. C’est à ce moment que les critiques émergent. « Ma mère, c’est clairement moi au collège. Elle boude quand elle est fâchée et que cela ne va pas dans son sens. Sa vérité, c’est la vérité », confie Jessica. D’autres perçoivent en revanche cela comme une émancipation légitime après des décennies de sacrifices. « Ce que leurs enfants ne comprennent pas, c’est qu’ils sont peut-être eux aussi enlisés dans une vision idéalisée de leur mère, c’est-à-dire la mère à leur service, la mère parfaite », souligne Corinne Maier. « Peut-être qu’ils la mettent sur un piédestal, mais elle est aussi une personne, donc elle a besoin de s’amuser comme tout le monde. Je pense qu’ils le réalisent enfin », conclut l’auteure.

En réalité, ces femmes ne visent pas à redevenir des adolescentes. Elles savourent une nouvelle liberté, équipées de l’expérience et des ressources financières souvent absentes lors de la naissance ou pendant la jeunesse de leurs enfants. Il ne s’agit donc pas d’une régression, mais d’une réappropriation : elles ne tentent pas de rattraper une jeunesse manquée, mais construisent plutôt une seconde partie de vie choisie.

Si vous êtes une maman et que votre enfant vous dit que vous êtes gênante parce que vous sortez vous amuser en boîte de nuit, ne vous inquiétez pas : « Ils exagèrent encore le côté ‘c’est gênant’. Mais c’est très bien, ils vont se rendre compte que, finalement, quand je partirai de la maison, ma mère ne va pas s’effondrer en larmes », conclut Corinne Maier. L’allongement de la vie active et l’évolution des normes conjugales pourraient bien redéfinir ce que signifie le terme « quincados » et le vieillissement au féminin.