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Israël détruit des bâtiments de l’ONU à Jérusalem-Est : « Mépris du droit international »

Les pelleteuses et les bulldozers sont arrivés à l’aube dans le complexe de l’Unrwa à Jérusalem-Est, ce mardi, et ont détruit méthodiquement une partie des bâtiments et des entrepôts. Le ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir a assisté en personne à l’opération de démolition et a publié une vidéo dans laquelle il se réjouit de ce « jour historique ».


Les pelleteuses et bulldozers ont fait leur apparition à l’aube dans le complexe de l’Unrwa à Jérusalem-Est, mardi dernier. L’équipe de sécurité de l’ONU a dû évacuer le site, permettant ainsi aux machines de commencer leur travail de destruction. Elles ont démoli de manière méthodique une partie des bâtiments et des entrepôts, qui abritaient le matériel de cette agence des Nations Unies, dédiée à l’assistance des réfugiés palestiniens dans la région, notamment dans la bande de Gaza.

Depuis un an, le gouvernement israélien a interdit à l’Unrwa d’utiliser ces bâtiments à Jérusalem, l’accusant de complicité avec le Hamas, une allégation que rejettent l’ONU et la communauté internationale.

Le ministre d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, a assisté personnellement à cette opération de démolition. Dans une vidéo, il exprime sa satisfaction, qualifiant ce moment de « jour historique ». « Pendant des années, ces soutiens au terrorisme étaient ici, et aujourd’hui ils sont chassés. C’est ce qui arrivera à quiconque soutient le terrorisme », a-t-il déclaré.

L’Unrwa, créée en 1949 par l’Assemblée générale des Nations Unies, administre des centres de santé et des écoles pour les réfugiés palestiniens en Cisjordanie, à Gaza, ainsi qu’au Liban et en Syrie.

Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, souligne qu’« d’un point de vue humanitaire, c’est un acteur hautement reconnu ». Il ajoute : « Ils sont la colonne vertébrale de l’aide à Gaza, fournissant eau et nourriture, ainsi que des écoles et des abris. Actuellement, nous savons que les besoins à Gaza sont immenses : près d’un million de personnes sont en insécurité alimentaire. »

Rami Abu Jamous, journaliste palestinien, suit avec anxiété cette destruction qui touche une agence profondément ancrée dans l’histoire palestinienne. « Aujourd’hui, c’est une nouvelle catastrophe pour les Palestiniens », a-t-il noté. « C’est une honte pour le monde de voir la destruction d’un local onusien, symbole de la question palestinienne. L’Unrwa a toujours travaillé en Palestine, depuis 1948, pour les réfugiés palestiniens, et nous assistons à la démolition de tout cela. »

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a condamné la démolition israélienne, déclarant : « Je condamne fermement les mesures prises par les autorités israéliennes pour démolir le complexe de l’Unrwa à Sheikh Jarrah, qui demeure un local de l’ONU. La poursuite de ces mesures contre l’Unrwa est inacceptable et va à l’encontre des obligations claires d’Israël selon le droit international. J’exhorte le gouvernement israélien à cesser immédiatement les démolitions et à restituer le complexe à l’ONU. »

Un audit mené par l’ancienne ministre française Catherine Colonna a confirmé en 2024 la solidité des procédures en place au sein de l’Unrwa, tout en notant que des améliorations devaient être apportées.

L’hostilité israélienne à l’égard de l’Unrwa n’est pas nouvelle, mais elle s’intensifie. L’existence de cette agence met en lumière l’absence de solution à un des principaux enjeux du conflit : le sort des réfugiés palestiniens chassés de leurs terres durant les guerres de 1948 et 1967. François Dubuisson rappelle que l’Unrwa « incarne la question des réfugiés palestiniens », un enjeu délicat, où une partie significative des réfugiés provient de familles expulsées des territoires devenus Israël en 1948.

Il ajoute qu’« en attaquant l’Unrwa, on s’attaque à la question palestinienne dans son ensemble, cherchant à effacer le problème des réfugiés et leur droit au retour. Plus largement, c’est un affront à la question de l’autodétermination du peuple palestinien. »

Jean-François Corty évoque également une dynamique de délégitimation à l’égard des ONG opérant dans les Territoires palestiniens. « Une soixantaine d’ONG internationales, dont Médecins du Monde et MSF, devront quitter la région d’ici début mars », rappelle-t-il.

Israël a déclaré que les ONG travaillant à Gaza, n’ayant pas fourni la liste de leurs employés palestiniens, seraient interdites d’accès. Le gouvernement israélien a ainsi accusé deux membres de MSF d’entretenir des « liens avec des organisations terroristes ».

« Nous n’avons pas accepté de fournir, comme beaucoup d’autres acteurs, la liste de notre personnel », confie Jean-François Corty. « Au regard du droit international, nous ne sommes pas tenus de la donner à une puissance occupante. De plus, nous avons perdu des médecins sous les bombardements israéliens ; plus de 500 humanitaires ont été tués. Des milliers de soignants palestiniens ont été emprisonnés, torturés ou tués. Les conditions ne permettent pas de divulguer la liste de nos équipes. Nous faisons face à cette expulsion, mais nous savons que l’objectif est de réduire au silence ceux qui témoignent de la réalité à Gaza, y compris les journalistes qui ne peuvent toujours pas y entrer. »

Malgré ces défis, les besoins à Gaza sont pressants : « Il ne reste presque rien et il n’y aura pratiquement plus d’aide d’ici mars si les ONG internationales doivent s’en aller. Jusqu’à 40% de l’aide médicale pourrait disparaître en raison de l’expulsion de ces acteurs. Des centaines de milliers de consultations de santé primaire, des milliers de chirurgies et d’autres programmes sanitaires vont s’effondrer. »

Jean-François Corty décrit la situation humanitaire comme « terrifiante » : « Les taux de mortalité demeurent élevés en raison des bombardements et d’un manque de soins. L’aide ne parvient pas à entrer en quantité suffisante. Avec l’expulsion des ONG, nous allons vers une réduction des capacités de réponse, alors qu’il faudrait les accroître. Tous ces éléments vont à l’encontre du droit international humanitaire. Certains parlent même de dynamique d’anéantissement, et évoquent des éléments constitutifs d’un génocide en cours à Gaza, ainsi qu’une dynamique d’annihilation en Cisjordanie. »