Lait infantile contaminé, Perrier, pizzas Buitoni : Nestlé risque de perdre des consommateurs.
Nestlé est au cœur d’investigations après le décès d’un bébé ayant consommé du lait infantile, ce qui a conduit à une vaste opération de rappel des marques Guigoz et Nidal en France et dans une soixantaine de pays. Selon une étude réalisée par Appinio pour le collectif En Vérité en 2024, moins d’un Français sur deux a aujourd’hui confiance dans les produits alimentaires proposés.
Le scandale de trop pour Nestlé ? Le géant suisse de l’agroalimentaire traverse à nouveau une crise. Il est au centre d’investigations suite au décès d’un bébé ayant consommé du lait infantile. Une vaste opération de rappel des marques Guigoz et Nidal est mise en place en raison de la présence potentielle de la bactérie Bacillus cereus, en France et dans environ soixante pays.
Bien que le directeur général de Nestlé, Philipp Navratil, ait présenté des excuses à la mi-janvier, certaines ONG accusent le groupe d’avoir tardé à agir. Ce nouvel épisode de crise sanitaire pourrait éroder la confiance des consommateurs envers les produits du groupe.
Une multitude de marques
Cécile Désaunay, directrice d’études à Futuribles et auteure de La Société de déconsommation (Alternatives), souligne que « les consommateurs ne font pas forcément le lien » entre les différentes marques du groupe. Par conséquent, ils ne relient pas nécessairement les différents scandales ayant touché l’entreprise, tels que le lait infantile, les bouteilles Perrier ne respectant pas totalement les normes sanitaires de l’eau minérale, les pizzas Buitoni contaminées par la bactérie Escherichia coli, ou encore les lasagnes à la viande de cheval.

Nestlé représente une véritable galaxie de marques. Au sein de Nestlé Waters, on peut citer Quézac, San Pellegrino, Vittel, Contrex, Hépar… Dans le secteur alimentaire, on trouve également des produits bien visibles dans les rayons des supermarchés comme les marques Maggi, les confiseries Lion, Crunch, Galak, KitKat, ainsi que les céréales Cheerios, Chocapic, Golden Grahams. Sans oublier les produits portant la marque Nestlé (Nestlé dessert, Nescafé, Nespresso, Nesquik…). Par ailleurs, un groupe de cette taille est largement « capable de faire face à ce genre de scandales et la marque a une forte résistance », selon Caroline Marti, professeur au Celsa Sorbonne Université.
Des risques accrus avec la diversité des produits
En leur faveur, Caroline Marti note qu’« pour une entreprise de cette ampleur, hébergeant autant de marques, il n’est pas surprenant que des scandales sanitaires apparaissent de temps en temps, même si récemment il y a eu une accumulation en peu de temps ». En effet, si les consommateurs font le lien entre les marques filles et la marque mère, c’est-à-dire entre le produit et le groupe, « il y a de plus grands risques de répercussions globales », explique-t-elle.
Il est également à noter que ces différentes affaires ne sont pas toutes liées aux mêmes suspicions, entre un accident sanitaire et des intentions malveillantes dont serait suspecté Nestlé dans l’affaire des eaux minérales. Le résultat, cependant, est identique pour les consommateurs : ils ne peuvent plus consommer ce qu’ils ont dans leur assiette ou leur verre en toute sérénité.
Une confiance diminuée
Produits comme l’eau, la nourriture ou le lait pour bébés « touche à notre imaginaire puisqu’ils sont liés à des questions de bien commun », observe Caroline Marti. C’est pourtant le contrat de confiance qui est établi tacitement entre le consommateur et le fabricant lorsque ce dernier accepte de payer plus pour un produit de marque par rapport à une version low cost. « Ce n’est pas qu’une question de publicité ou de marketing ; le consommateur achète plus cher par souci de sécurité du produit, et lorsqu’un incident affecte cette valeur, cela impacte l’image de la marque », explique Rémy Gérin, professeur de marketing à l’Essec.
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Le contexte n’est pas favorable pour Nestlé. En raison du vieillissement de la population, le marché des produits pour enfants est en déclin. Par ailleurs, la méfiance envers les productions industrielles grandit alors que l’intérêt pour les circuits courts augmente. De plus, Nestlé n’est pas le seul à faire face à ces scandales et rappels de produits. Ce mercredi, Lactalis a également annoncé un large rappel du lait infantile de la marque Picot en France. Entre ce lundi et ce mercredi, une quinzaine de produits alimentaires ont été signalés sur le site Rappel Conso du gouvernement. Ainsi, moins d’un Français sur deux fait actuellement confiance aux produits alimentaires proposés, selon une étude réalisée par Appinio pour le collectif En Vérité en 2024.
Cependant, si vous choisissez de vous éloigner des grandes marques, sachez que le producteur local « ne va pas forcément mieux respecter la chaîne du froid », avertit Rémy Gérin. On se souvient notamment de récents cas de botulisme. Lorsqu’un incident survient à une échelle industrielle, le nombre de personnes touchées est simplement plus élevé, ce qui entraîne davantage de plaintes.

