Accidents de trains en Espagne : « Le réseau ferré espagnol n’est pas fragile »
Mardi soir, un nouvel accident ferroviaire en Espagne a fait un mort et cinq blessés graves, deux jours après la catastrophe d’Adamuz où au moins 42 personnes ont péri et plus de 120 ont été blessées. Selon les médias espagnols, l’enquête s’intéresse à une rupture du rail de plus de 30 cm de long à l’endroit de l’accident de dimanche.
La (dramatique) loi des séries. Un nouvel accident ferroviaire a eu lieu mardi soir en Espagne, faisant un mort et cinq blessés graves, deux jours après la catastrophe d’Adamuz en Andalousie, où au moins 42 personnes ont perdu la vie et plus de 120 ont été blessées.
Mardi, un train de banlieue en direction de Barcelone a percuté des débris d’un mur de soutènement qui s’est effondré sur la voie, près de Gelida, à environ quarante kilomètres de la capitale catalane. Selon Adif, le gestionnaire du réseau ferroviaire national, l’effondrement a été causé par une tempête et les pluies qui frappent une grande partie de la région.

« Les murs de soutènement sont faits pour résister même à des pluies torrentielles »
Contacté par 20 Minutes, Arnaud Aymé, expert du secteur des transports chez Sia Partners, souligne :
« Les deux accidents n’ont rien à voir entre eux. On est sur un malheureux hasard. »
Concernant le nouveau drame survenu mardi, le spécialiste explique qu’il s’agit d’un mur de soutènement, conçu pour retenir des pierres et de la terre afin de créer un dénivelé, qui s’est effondré. « Lors de cet effondrement, non seulement le mur s’effondre, mais aussi tous les matériaux qu’il retenait », ajoute-t-il. « C’est ce qui a obstrué la voie et provoqué un choc avec le train. Cependant, j’ai du mal à croire que la pluie soit à l’origine de ce type d’accident. Les murs de soutènement sont construits pour supporter même des pluies torrentielles, grâce à des systèmes de drainage qui évacuent l’eau de l’autre côté du mur, sinon cela représenterait une charge supplémentaire sur celui-ci et rendrait les matériaux derrière plus fluides. »
Que s’est-il donc passé ? « Il faudra vérifier s’il y avait un système de drainage approprié, s’il était entretenu correctement, et de qui dépend ce mur… Il se peut que la municipalité soit le propriétaire, ce n’est pas forcément le gestionnaire de l’infrastructure. Cela dit, le gestionnaire de la voie ferrée devra prouver qu’il a régulièrement inspecté cet ouvrage afin de s’assurer qu’il n’y avait rien de suspect. »
Reste à déterminer si cet éboulement aurait pu être détecté auparavant. « Il n’existe pas de dispositif capable de mesurer en continu la présence d’objets sur la voie, explique l’expert. Bien sûr, il y a des inspections régulières des voies et des ouvrages d’art, dont certains sont équipés de capteurs, mais il est impossible de tout surveiller en permanence. Le réseau espagnol est extrêmement vaste, tout comme le réseau français, qui compte 30 000 km de voies. »
La rupture d’un rail en cause dans l’accident de dimanche ?
Ce nouvel accident a lieu alors que l’Espagne pleure ses victimes après la catastrophe de dimanche près de Cordoue, dont le bilan reste provisoire. Les trois dernières voitures d’un train à destination de Madrid, opéré par la société privée Iryo – filiale à 51 % du groupe public italien Ferrovie dello Stato (Trenitalia) – ont déraillé et se sont déportées sur la voie voisine. Un train de la Renfe, la compagnie ferroviaire nationale, arrivant dans l’autre sens en direction de Huelva (sud), a alors percuté ces voitures. Les deux trains à grande vitesse, roulant à plus de 200 km/h au moment de la collision, transportaient au total plus de 500 passagers.
Selon les médias espagnols, l’enquête examine une rupture d’un rail de plus de 30 cm de long à l’endroit de l’accident. Citant des « techniciens » ayant eu accès à l’enquête, le quotidien El Mundo avance que cette rupture pourrait être due à « une mauvaise soudure ou à une soudure ayant été détériorée par la circulation [des trains] ou le climat », et qualifie cela de « cause très probable » du déraillement d’un des trains. « Il faut cependant rester prudent », prévient Arnaud Aymé. « On ne sait pas si cette entaille est la cause ou la conséquence de l’accident, car des roues ont pu couper le rail. Il est important de ne pas tirer de conclusions hâtives. »
« Ce type d’événement est de nature à rehausser la sécurité ferroviaire »
La succession de ces accidents soulève des questions sur le système ferroviaire espagnol, qui avait déjà connu une tragédie en 2013, lorsqu’un train à grande vitesse avait déraillé à Saint-Jacques-de-Compostelle, faisant 79 morts.
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« Le réseau ferré espagnol n’est pas particulièrement fragile, assure Arnaud Aymé. Dans le cas de la catastrophe de 2013 à Saint-Jacques-de-Compostelle, la cause principale n’était pas l’infrastructure, mais le comportement du conducteur qui avait ignoré la limite de vitesse avant d’aborder une courbe, roulant à deux fois la vitesse autorisée. Toutefois, l’expert reconnaît que « si l’infrastructure avait été équipée à cette époque de systèmes de contrôle de la vitesse, qui auraient freiné automatiquement le train, cet accident ne se serait pas produit. Mais ces systèmes n’étaient pas encore obligatoires à ce moment. »
Le réseau espagnol respecte « des normes nationales et européennes », tout comme le réseau français, poursuit-il. « Ce type d’accidents, surtout celui de dimanche dernier, rappelle aux transporteurs ferroviaires à quel point la sécurité est primordiale, et que le moindre manquement peut avoir des conséquences catastrophiques. De tels événements doivent donc inciter à renforcer la sécurité ferroviaire. » L’enquête technique cherchera à établir « l’enchaînement des causes, et pourquoi celles-ci ont été si graves » et aboutira à des « recommandations en matière de sécurité, qui s’appliqueront en Espagne et potentiellement dans d’autres pays, y compris la France. »

