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OM-Liverpool : De Zerbi est-il l’entraîneur le plus « Marseille compatible » ?

Salim Lamarani, ancien traducteur de Marcelo Bielsa et supporter de l’OM, a écrit un livre intitulé « Son football et ses valeurs méritaient plus que des articles ». Roberto De Zerbi, entraîneur de l’Olympique de Marseille depuis dix-huit mois, affiche une moyenne de 2,41 buts par match en Ligue 1 cette saison, avec six matchs à plus de cinq buts en 27 parties disputées.

« Son football et ses valeurs méritaient plus que des articles », affirme Salim Lamarani, ancien traducteur de Marcelo Bielsa et supporter de l’OM, qui a donc décidé d’en faire un livre. À la veille de la rencontre OM-Liverpool et alors que nous interrogions l’auteur du Football selon Robert De Zerbi (Marabout), basé sur une série d’entretiens avec l’entraîneur de l’Olympique de Marseille, une question persistait : Méditerranéen invétéré, supporter inconditionnel, enfant des rues… « De Zerbi l’ultra est-il l’entraîneur le plus « Marseille compatible » de ces dernières années ? »

Dix-huit mois après son arrivée à l’OM, l’engagement de l’entraîneur italien à pratiquer un football en phase avec les valeurs du club et sa devise « droit au but » semble respecté. En effet, il a déjà obtenu six matchs à plus de cinq buts en 27 rencontres disputées cette saison, affichant une moyenne de 2,41 buts par match en Ligue 1 – un rendement offensif que les supporters n’avaient pas vu du côté du Vélodrome depuis près de cinquante ans.

En d’autres termes, RDZ impressionne malgré quelques lourdes contre-performances. Pour retrouver un tel enthousiasme à Marseille, il faudrait remonter à la saison 2014-2015 de Marcelo Bielsa. Et comme Salim Lamrani, l’interprète et « discipline coach » de Marcelo Bielsa à Lille, puis à Leeds United, a également coécrit un livre avec lui, il était pertinent de lui poser directement ces questions.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ce temps passé avec De Zerbi pour la rédaction de votre livre ?

Roberto De Zerbi est littéralement habité par le football. Sa passion pour ce métier relève presque d’une nécessité vitale. Il ne pourrait pas être heureux sans le football. Il reste fidèle à ses idées et à son style de jeu, sans jamais vouloir y renoncer. Pour lui, le seul football acceptable est offensif, esthétique et courageux, basé sur la possession et l’initiative.

Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit : « RDZ est un fou de foot » et qui a déclenché l’envie de faire ce livre avec lui ?

J’ai rencontré Roberto De Zerbi en 2017, lorsqu’il est venu à Lille pour une semaine d’entraînement avec Marcelo Bielsa. Lorsqu’il a été annoncé comme nouvel entraîneur de l’Olympique de Marseille, j’étais ravi en tant que supporter. J’ai alors écrit plusieurs articles sur lui pour la presse sportive argentine. Puis, je me suis rendu compte que ses idées, son football et ses valeurs méritaient plus que quelques articles, et ainsi, je lui ai proposé d’écrire un livre ensemble.

Vous avez été le traducteur de Bielsa à Lille et Leeds. Bien que très différent de De Zerbi, que ce soit par son attitude, son âge ou son milieu social d’origine, peut-on y voir une sorte de filiation dans leur approche philosophique du jeu, presque politique du football ?

Tous deux partagent un même amour pour le football offensif. Ils sont passionnés par leur métier et vivent principalement pour les émotions. Ils se sentent très connectés au peuple des tribunes et aux catégories sociales les plus défavorisées. Pour eux, les supporters constituent le cœur battant du football, sans qui ce dernier n’existerait tout simplement pas.

A l’inverse, sur quoi s’opposent-ils ?

Chaque entraîneur a ses propres spécificités. Roberto De Zerbi souhaite dominer le jeu par la possession, avec un contrôle permanent du ballon. Sa prise de risque est calculée, liée à une structure bien définie. Son approche est plus calme et analytique. La sortie de balle est patiemment réalisée, recherchant constamment une supériorité numérique ou positionnelle. Son jeu est très structuré tout en laissant une grande liberté dans les trente derniers mètres.

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Marcelo Bielsa priorise la domination par la verticalité et un pressing constant. Il privilégie la progression rapide par rapport à la possession, même si cette dernière reste essentielle. Le risque est plus important dans son style de jeu, caractérisé par une intensité extrême. Son football repose sur un engagement total : sorties de balle rapides, recherche permanente du un contre un, et automatismes collectifs. Le football de Bielsa incarne un message idéologique, une expression de courage inébranlable, où l’adhésion à ses idées est primordiale.

De Zerbi est un ancien ultra de Brescia, comment cela se traduit-il dans son comportement, son quotidien, ses analyses ? En somme, en quoi De Zerbi est-il encore aujourd’hui un « ultra » ?

C’est un homme des virages, un homme du peuple, direct et loyal. Il affectionne le peuple des tribunes, surtout dans des clubs populaires comme l’OM. Ayant grandi dans la rue, il en a intégré les codes. Avec lui, la parole donnée revêt une importance sacrée. C’est une personne généreuse, qui donne beaucoup et se fie à son intuition. Il abhorre les égoïstes et les opportunistes. Cette mentalité découle de sa culture ultra.

Justement, qu’est-ce qu’être « ultra » selon vous ? Est-ce avoir d’abord une vision presque politique du football ?

Un ultra est un supporter inconditionnel de son club. Il soutient son équipe de manière indéfectible, peu importe les circonstances. Il est entièrement identifié à ses couleurs. Présent tant dans les moments de joie que dans l’adversité, tant à domicile qu’à l’extérieur, il anime le match en permanence. Il fait partie d’une organisation collective et respecte un code d’honneur fondé sur des valeurs fortes. Être ultra signifie faire preuve de fidélité absolue à son blason et à ses principes.

Il y a eu cette photo où RDZ porte une veste CP et des TN dans un style ultra qui a beaucoup fait parler… Cela favorise-t-il une identification des supporters à son coach, au club et à la ville ?

Avant de devenir entraîneur de l’Olympique de Marseille, Roberto De Zerbi était un ultra de Brescia. Cela ne changera jamais. Il est animé par une passion profonde. Il se retrouve totalement dans la ville de Marseille, dont le tempérament lui correspond : intense, indocile, non-conformiste, et souvent en opposition avec toute forme d’autorité.

Avez-vous pu observer une « évolution », une « acclimatation » de RDZ à l’OM depuis dix-huit mois maintenant ?

Il est désormais totalement imprégné de l’identité marseillaise. Il respire l’air de la ville et a compris ses codes. Il sait que tout est plus difficile à Marseille, mais tout est également plus intense et plus beau. Il entretient d’excellentes relations avec Pablo Longoria et Mehdi Benatia et bénéficie de conditions idéales pour se consacrer pleinement à son football.