France

Un grand Conseil mondial ne se profile pas : qui tirera profit du Conseil de paix de Trump ?

Donald Trump souhaite créer un « Conseil de paix » pour œuvrer à la résolution des conflits à l’international, une initiative annoncée par la Maison-Blanche qui nécessitera la signature de trois États pour entrer en vigueur. Le projet, qui ne se limite pas à la gestion du conflit à Gaza, se présente comme un concurrent direct de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et a déjà suscité l’intérêt de nombreux pays, dont l’Albanie, le Brésil, l’Argentine, et plusieurs autres.

Dans le cadre de sa candidature au prix Nobel, Donald Trump souligne une fois de plus son intention de se positionner comme un leader en faveur de la paix mondiale, même si cela semble quelque peu exagéré. Le président des États-Unis souhaite établir un « Conseil de paix » pour s’engager dans la résolution des conflits internationaux.

La Maison-Blanche avait déjà indiqué qu’en application du plan visant à mettre fin à la guerre entre le Hamas et Israël, un conseil de paix serait dirigé par les États-Unis. Selon les documents consultés lundi par l’AFP, cette institution sera opérationnelle lorsque trois pays auront apposé leur signature. Pour atteindre cet objectif, Donald Trump a contacté plusieurs dirigeants peu conventionnels pour rétablir la paix. Javier Milei (Argentine) et Vladimir Poutine (Russie) pourraient rejoindre ce conseil, tandis que Viktor Orban (Hongrie) a déjà accepté l’invitation « honorable » des États-Unis.

Un concurrent direct de l’ONU

Ce projet, qui dépasse le cadre du conflit à Gaza, se positionne comme un véritable rival de l’Organisation des Nations Unies (ONU). « Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits », précise le préambule du texte adressé aux pays invités à y participer, moyennant une contribution d’un peu plus d’un milliard de dollars.

La charte de ce nouveau Conseil de Paix incite les pays invités à avoir « le courage » de s’éloigner des « approches et institutions qui ont trop souvent échoué » et prévient de « la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace ». Ces remarques semblent cibler directement la gestion des conflits par l’ONU, souvent critiquée par le président américain. « L’ONU, ce sont des mots creux. Et les mots creux ne résolvent pas les guerres », avait déclaré le président américain lors d’une assemblée en septembre dernier.

« Un coup de canif dans les affaires des Nations Unies »

« L’emblème de l’ONU est un symbole d’espoir, de paix et d’unité dans le monde entier », a réagi l’organisation sur son compte X à l’annonce de ce projet. « Depuis huit décennies, les Nations Unies œuvrent au service de l’humanité. Aujourd’hui, nous restons plus que jamais engagés à promouvoir la paix, la dignité et l’égalité pour tous sur une planète saine. »

« Depuis un an, Donald Trump s’attaque par tous les moyens au système international, que ce soit à travers des institutions comme les Nations Unies ou plusieurs agences dont il s’est retiré », analyse Ariane Quentier, ancienne porte-parole de l’ONU. « Proposer un système alternatif pour  »ranger le monde » constitue encore une fois un coup de canif dans les affaires des Nations Unies », ajoute-t-elle.

Une aubaine pour certains pays ?

En tout, Donald Trump aurait adressé une invitation à 60 dirigeants. « Ce seront eux qui formeront le Conseil de paix. Tout le monde veut en faire partie », a-t-il déclaré. Toutefois, la France et le Canada ont décliné cette invitation. D’autres pays pourraient toutefois être tentés par l’idée de se passer des décisions de l’ONU, à l’instar de la Russie, qui verrait là une opportunité de regagner sa place dans un nouvel ordre mondial à la manière trumpienne.

Déjà en novembre, le plan de paix en 28 points soutenu par les États-Unis pour la gestion du conflit entre l’Ukraine et la Russie favorisait largement les intérêts de Vladimir Poutine. Des redécoupages de frontières, une armée ukrainienne amoindrie, une interdiction d’adhésion à l’OTAN… « Si Vladimir Poutine avait fait sa liste de Noël, je pense qu’il y aurait tous ces ingrédients », résumait Isabelle Lasserre, auteure et correspondante diplomatique au Figaro, dans une interview accordée à C dans l’air, « Les Américains offrent sur un plateau, l’Ukraine à la Russie ».

Suivre l’actualité de la guerre en Ukraine

Pour l’heure, Vladimir Poutine n’a pas commenté l’éventualité de rejoindre ce nouveau conseil. La Russie, qui est toujours membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, souhaite « clarifier toutes les nuances » de cette proposition avant de prendre une décision. Cependant, la liste des pays invités est longue. Plusieurs États ont confirmé qu’ils examinaient cette proposition : l’Albanie, le Brésil, l’Argentine, l’Égypte, la Turquie, l’Italie, la Chine, l’Australie, la Suisse, Singapour, l’Allemagne, la Norvège, la Finlande, le Paraguay, la Jordanie, la Grèce, la Slovénie, la Pologne, l’Inde et la Corée du Sud. D’autres ont exprimé leur soutien à cet accord : le Maroc, la Hongrie, l’Arménie et la Biélorussie.

Pour l’instant, « on est loin d’un grand Conseil mondial », tempère Ariane Quentier, qui s’interroge sur la viabilité des institutions mises en place par Donald Trump une fois son mandat terminé. « On espère qu’un bon nombre de pays voudront s’accrocher à ce système multilatéral (l’ONU) qui a le mérite d’exister. »