Belgique

Un mythe démystifié : « Non, 100 % des indépendants ne sont pas riches »

Près d’un travailleur indépendant sur sept bénéficie d’une forme d’aide, mais cela n’est pas toujours suffisant. Selon Eurostat, le risque de pauvreté est de 14,2% pour les travailleurs indépendants âgés de 18 à 64 ans, contre 2,8% pour les travailleurs salariés.


On l’entend souvent, mais il faut être bien préparé pour se lancer en tant qu’indépendant : lorsque l’on démarre son activité, les revenus ne sont pas toujours au rendez-vous, surtout au début. De plus, les frais peuvent rapidement s’accumuler.

Un rapport du SPF Sécurité sociale met en évidence le manque de revenus qui peut affecter certains indépendants, évoquant une « pauvreté monétaire ».

À Namur, Sandra Cepedal, opticienne indépendante depuis une vingtaine d’années, témoigne. En 2005, elle a racheté le magasin d’optique où elle travaillait auparavant. « C’est une aventure avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête », souligne-t-elle d’emblée.

Elle ajoute : « Il y a le rachat du fonds de commerce, et cela nécessite un financement. Nous avons dû hypothéquer notre maison pour être suivis par les banques. Nous n’avons aucun regret, nous sommes satisfaits de l’aventure. Mais c’est un stress permanent. Il faut gérer cela comme on gérerait le budget d’un foyer. »

D’après l’étude, près d’un travailleur indépendant sur sept reçoit une forme d’aide, que ce soit des allocations familiales, des mesures de soutien en cas de crise telles que le droit passerelle ou des indemnités de remplacement en cas de maladie ou d’invalidité. Cependant, cela n’est pas toujours suffisant.

« Sans la protection sociale, le risque de pauvreté des travailleurs indépendants aurait été deux fois plus élevé en 2020. Des chiffres plus récents montrent que les prestations sociales réduisent encore leur risque de pauvreté de 26,9% », déclare Sven Vanhuysse de la DG Expertise Juridique du SPF Sécurité sociale.

Les travailleurs indépendants sont plus exposés à la précarité que les salariés, mais cela se ressent moins dans la réalité, selon le SNI (Syndicat neutre des indépendants). « C’est clairement lié à leur nature résiliente. Ils cherchent à s’en sortir au quotidien, parfois au détriment de leur santé mentale et de leur vie privée. »

L’étude du SPF Sécurité sociale révèle que les indépendants courent un risque de pauvreté monétaire cinq fois plus élevé que les salariés. « Certains indépendants vivent très bien, mais il existe une grande disparité parmi eux. Cette étude remet en question l’idée largement répandue que tous les indépendants sont riches », souligne le SNI. « Les chiffres sont frappants : près de 6 indépendants sur 10 en situation de précarité travaillent à temps plein. »

Selon Eurostat, le risque de pauvreté est de 14,2 % pour les travailleurs indépendants âgés de 18 à 64 ans, contre 2,8 % pour les salariés. Cela est dû au statut même de l’indépendant : « Lorsqu’un indépendant débute, il investit énormément de temps et de capital. Les premières années peuvent être très difficiles et les revenus très faibles. De plus, l’indépendant a tendance à investir beaucoup dans son entreprise, tout en se payant peu. »

Bien que la situation soit difficile, il est néanmoins possible de s’en sortir. Cependant, il est important de garder à l’esprit que le risque persiste lorsque l’on est indépendant.

Le statut social des indépendants a progressé au fil des ans, et la crise du Covid a mis en lumière le besoin d’avancées comme le droit passerelle, essentiel pour garantir un filet de sécurité sociale adéquat.

Récemment, le plan PME a été présenté par la ministre Simonet. Ce plan englobe près de 90 mesures visant à simplifier les démarches administratives et à mieux protéger le statut d’indépendant.

« La ministre a expliqué que ce plan vise à renforcer le filet de sécurité sociale grâce à des mesures concrètes, comme l’extension du congé de maternité à 15 semaines et l’établissement du congé parental », indique le SNI.

En conclusion, le SNI précise : « Le plan PME du gouvernement représente un catalogue de bonnes intentions, mais cette étude démontre que ces promesses doivent rapidement se matérialiser. »