France

Mort d’Allan Lambin à Saint-Malo : intervention rapide, espoir de salut ?

Au tribunal correctionnel de Rennes, un expert a été interrogé sur les causes du décès d’Allan Lambin, jeune homme de 19 ans, retrouvé inanimé à 0h30 et déclaré décédé à 1h10 après des tentatives de réanimation. Le rapport d’autopsie a conclu à une asphyxie d’origine mixte liée à une alcoolisation aiguë et à une asphyxie mécanique en raison de sa position, sans qu’aucun surveillant ne se soit déplacé pour vérifier son état de santé durant près de deux heures.

Au tribunal correctionnel de Rennes,

La question qui tourmente Franck Lambin depuis presque sept ans est : pourquoi son fils est-il mort dans une cellule du commissariat de Saint-Malo durant la nuit du 9 au 10 février 2019 ? Lors du deuxième jour du procès des quatre policiers jugés à Rennes pour homicide involontaire, un expert a été interrogé ce mardi matin sur les circonstances du décès du jeune homme de 19 ans. Ce dernier avait été placé en garde à vue pour conduite en état alcoolique, outrage et rébellion envers les forces de l’ordre, avant d’être enfermé dans sa cellule à 22 heures.

À ce moment, son taux d’alcoolémie était de 0,89 mg par litre d’air expiré, ce qui correspond à près de deux grammes par litre de sang. « Une concentration significative », a reconnu le docteur Renaud Bouvet, qui a réalisé l’autopsie. Alors qu’il était allongé sur son lit, Allan a ensuite titubé pour aller aux toilettes, mais il a lourdement chuté au sol à 22h43, sa tête percutant violemment la cloison.

Une asphyxie d’origine mixte à l’origine du décès

Près de deux heures plus tard, il a été retrouvé dans une position allongée au sol, le tronc contre le mur. Le rapport d’autopsie a conclu à une asphyxie d’origine mixte. Celle-ci était à la fois liée à une alcoolisation aiguë et à une asphyxie mécanique due à sa position, « qui a obéré la mécanique ventilatoire », selon le docteur Bouvet. Ni la chute, ni l’alcoolisation n’expliquent donc à elles seules le décès d’Allan Lambin, qui n’avait pas d’antécédents médicaux. Il s’agissait d’une combinaison tragique de facteurs. « La mort n’a pas été immédiate mais a pris un certain temps, au moins un quart d’heure », a précisé le professionnel de santé.

En revanche, il est impossible de déterminer l’heure précise du décès. « Personne ne sait à quel moment il a fait un arrêt cardiaque », a déclaré le professeur. Allan Lambin, retrouvé inconscient à 0h30, a été déclaré décédé à 1h10 après des tentatives de réanimation infructueuses. Pourtant, entre son placement en cellule et le moment où il a été trouvé inanimé par le médecin, aucun surveillant en poste ce soir-là ne s’est déplacé pour vérifier son état de santé, alors qu’il était au sol depuis près de deux heures.

« Cela a entraîné une perte de chance de survie »

« S’ils avaient fait correctement leur travail, Allan aurait pu être sauvé », a déclaré Maître Hélène Laudic-Baron, avocate des parties civiles. Sur ce point, le professeur Bouvet a reconnu qu’il ne pouvait l’affirmer avec « certitude. » « Mais plus vite on serait intervenu et plus on aurait eu de chances de le secourir, a-t-il admis. Il est donc clair que cela a entraîné une perte de chance de survie. Mais à quel moment a-t-on dépassé le moment où c’était irrécupérable ? Je ne peux pas le dire. »

Après l’audition, lundi, des deux premiers policiers qui surveillaient jusqu’à 23h15 la nuit du drame, les deux autres agents ayant pris la relève doivent être entendus ce mardi, avant que les réquisitions du parquet soient attendues en fin de journée.