Belgique

Un an après l’investiture de Trump : l’erreur européenne sur son mandat.

Donald Trump a installé en un an un régime « semi-autoritaire » aux États-Unis, selon une journaliste. François Gemenne se demande si les midterms, élections législatives de mi-mandat, se tiendront, car Trump a déjà considéré qu’elles étaient inutiles.


« Donald Trump veut façonner le monde à son image, comme un enfant voudrait le faire », déclare François Gemenne. « Le conseil de sécurité de l’ONU ne lui convient pas, il veut en faire un autre. On ne lui a pas remis le prix Nobel de la paix, il va créer le prix de la FIFA… Il va créer un monde où tout est transactionnel, où tout le monde est son obligé, parce qu’il en est le maître et le chef ».

Les actions et les propos du républicain sont innombrables. Comment le langage et les décisions du leader de la première puissance mondiale ont-ils pu dériver des normes établies des relations internationales, du droit et de la Constitution ? « Un an après son entrée au pouvoir, il n’a plus aucune limite ni garde-fou. Ce serait drôle, si ce n’était pas effrayant », résume Pauline Simonet, experte des États-Unis.

Pour les deux observateurs, le reste du monde, et en particulier l’Europe, a fait preuve de naïveté face à un homme qui n’a pas été pris au sérieux dès son premier mandat : « En Europe, on a considéré que c’était une sorte d’accident, qui n’était pas destiné à se reproduire. À l’évidence, le but de ce premier mandat était de jeter les bases du second. C’est pour ça qu’il tenait absolument à être réélu », selon l’enseignant à l’Université de Liège et HEC Paris.

La journaliste de BFM TV se souvient également qu’en 2016, « il proposait de faire éliminer Kim Jong-Un [le dictateur nord-coréen] par la Chine, de lancer une bombe atomique sur l’Iran, ou d’acquérir le Groenland. Il ne comprenait déjà pas ce qui est possible ou non pour un chef d’État ». « Sous ce premier mandat, sont arrivées des choses que l’on n’aurait pas crues possibles », souligne François Gemenne, évoquant la normalisation de l’outrance, le recours au « point Godwin » dans ses discours, ainsi qu’une approche amicale avec la Corée du Nord ou la Russie.

Cependant, la différence entre ces deux mandats réside dans l’entourage du Président, selon Pauline Simonet : « Il y avait en 2016 des gens qui l’empêchaient de faire certaines propositions, comme John Bolton. Aujourd’hui, il n’a plus ces garde-fous, les gens autour de lui l’encouragent à laisser aller son imagination la plus folle. En contrepartie, ils obtiennent la radicalité très sérieuse de leur programme d’extrême droite, qu’ils sont en train de mettre en place ».

Sans contraintes, et soutenu par une cour influente, Donald Trump a installé en un an un régime « semi-autoritaire » aux États-Unis, selon la journaliste, intimidant les contre-pouvoirs, purgant l’administration, usant de la violence et de la répression dans les rues de son propre pays. François Gemenne s’interroge alors sur le respect par le président du cadre strict de la démocratie : « On aurait tort de considérer évident que les midterms [élections législatives de mi-mandat, ndlr.] vont se tenir. Donald Trump a déjà considéré dans la presse qu’elles étaient inutiles, et elles risqueraient de lui être défavorables. Il y a toute une série de ses déclarations qu’au départ on ne prend pas au sérieux, pour réaliser que c’est véritablement son projet ».

► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.