Les produits halal n’ont pas envahi les rayons des grandes surfaces.
KFC a annoncé le lancement d’une offre halal le 21 janvier prochain dans 24 de ses 404 restaurants français. En 2021, 34 % des abattoirs de l’Hexagone étaient autorisés à effectuer des abattages rituels.
Le halal continue de susciter de vives réactions. La chaîne de restauration rapide KFC a récemment annoncé le lancement, le 21 janvier prochain, d’une offre halal dans 24 de ses 404 restaurants français. De son côté, une campagne vidéo du magasin Carrefour Sartrouville a pris une tournure négative. Après la publication sur TikTok d’une vidéo annonçant l’ouverture d’un nouveau service de boucherie halal dans ce supermarché des Yvelines, l’enseigne a été la cible d’un torrent de commentaires haineux, racistes et mensongers sur les réseaux sociaux.
« Une folie absolue », s’indigne un utilisateur, tandis qu’un autre parle d’une « perte de notre identité ». Un troisième va jusqu’à appeler au boycott de l’enseigne. Face à ce déferlement, la vidéo, mise en ligne le 17 janvier sur le réseau social chinois, a été supprimée.
Carrefour n’est pourtant pas un nouvel acteur sur le marché du halal. Ce marché est tout à fait légal et régulé par plusieurs certifications, ainsi qu’une législation française et européenne stricte sur l’abattage. D’autres grandes enseignes ont également investi ce secteur.
### FAKE OFF
La viande halal est certifiée en France par plusieurs organismes, tant français qu’européens, et est proposée chez Carrefour depuis 2010 grâce au lancement de sa propre marque, « Carrefour halal ». Le groupe Casino, qui possède notamment Franprix, Monoprix et Naturalia, avait introduit sa marque, appelée Wassila, un an plus tôt.
Au départ, ces enseignes ne proposaient que quelques produits « tests », mais la gamme s’est rapidement élargie, car la grande distribution y a vu un nouveau marché économiquement attractif. En 2016, un rapport sénatorial sur « l’organisation et le financement de l’Islam en France » estimait la valeur globale du marché halal entre 4 et 6 milliards d’euros en France, suffisamment pour éveiller l’intérêt des principaux acteurs de la grande distribution, mais sous certaines conditions.
### L’abattage « rituel » encadré par une directive
En France, le gouvernement n’a pas encore publié de chiffres officiels concernant cette pratique, en raison de son aspect religieux. Les certifications permettant aux marques d’obtenir un « label » halal sont délivrées par des mosquées, notamment celles de Paris, d’Ivry Courcouronnes et de Lyon.
Cependant, depuis 2009, la pratique de « l’abattage rituel », nécessaire pour obtenir cette labélisation, est strictement encadrée par une directive européenne. Généralement, les abattoirs doivent respecter une obligation d’étourdissement de l’animal avant sa mise à mort, mais une dérogation existe pour l’abattage rituel, permettant ainsi de « respecter la liberté de religion ». Sans cette dérogation, les abattoirs n’ont pas le droit de procéder à un abattage rituel, mais de plus en plus d’entre eux en font la demande.
L’association de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), qui critique depuis des années l’absence de transparence sur les modes d’abattage, met régulièrement à jour les chiffres concernant les abattoirs autorisés à effectuer des abattages rituels en France. En 2021, 34 % des abattoirs du pays étaient ainsi autorisés à pratiquer ces abattages. En octobre 2025, sur les 187 abattoirs de boucherie (hors porcs) agréés par les services du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, « entre 45 % et 60 % » avaient obtenu une dérogation pour pratiquer un abattage sans étourdissement sur au moins une espèce, afin d’honorer les demandes de viandes halal ou kasher.
### Une demande consommateur plus forte
Malgré la croissance du marché de la viande halal ces dernières années, celui-ci ne représente qu’une petite fraction des ventes des principales enseignes de supermarchés et d’hypermarchés en France.
Un document transmis à *20 Minutes* par l’institut Circana, spécialisé dans l’analyse de la consommation dans le secteur de la grande distribution, indique une légère augmentation des volumes de 0,9 % en 2025, tous produits confondus. Bien que le jambon halal ne représente que 16,8 % des jambons vendus en grande surface, ses ventes ont augmenté de 15,2 %, tandis que la charcuterie de volaille, qui constitue 69,3 % de ce type de produits, a progressé de 3,3 %.
« Les produits halal représentent un segment très dynamique de la consommation, tant en raison de l’élargissement de l’offre en magasin que d’une demande consommateur élevée », indique Circana. Toutefois, un communiqué du ministère de l’Agriculture sur les comportements alimentaires en 2025 relativise cette tendance, en précisant que « le marché du halal (viande, plats préparés, confiserie, etc.) pourrait représenter jusqu’à 3,5 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises dans le secteur alimentaire, mais seulement 0,14 % des ventes de produits alimentaires réalisées en grande et moyenne surface ».
Ainsi, malgré une légère augmentation, la France est encore loin d’une « islamisation » des rayons de la grande distribution.

