Sabri Lamouchi nommé sélectionneur de l’équipe nationale : Ne jamais insulter l’avenir.
Le Français Sabri Lamouchi a été engagé en tant que sélectionneur de l’équipe de Tunisie de football. Jean-Pierre Chevènement a déclaré : « Il ne faut jamais insulter l’avenir ».
La Presse — Nous avons convenu de précéder d’une manière peu conventionnelle notre télévision nationale en annonçant l’un des feuilletons « ramadanesques » qui égayera de nombreuses soirées.
L’arrivée de Sabri Lamouchi en tant que sélectionneur de l’équipe de football de Tunisie soulève deux points d’interrogation.
D’abord, son arrivée ne semble pas s’inscrire dans un projet défini. Pourtant, la moyenne d’âge de nos différentes sélections semble indicative d’un potentiel intéressant pour construire un beau projet.
Ensuite, le ministère des Sports a insisté pour que l’entraîneur soit tunisien. On lui propose alors un entraîneur dont les parents et ancêtres sont tunisiens d’origine. La fédération, qui a évité une confrontation (ce qui est positif), ayant son candidat, a finalement accepté cette solution, engageant un technicien qu’elle savait pris entre deux feux.
Le hasard ou le destin l’a conduit, comme Ulysse, sur les rivages sud de la Méditerranée, que nous partageons avec nos amis français. Il aura l’occasion d’explorer et de comprendre la civilisation de ses ancêtres, une civilisation qui a plus de trois mille ans et qui a donné naissance à de grandes figures.

Lorsqu’il était enfant en France, il n’a probablement pas appris que Carthage a vu naître Hannibal (dont il aura un semblable dans son équipe) et ses 2 500 ans de médecine, Jugurtha, Constantin l’Africain, considéré comme le premier « harraga » de l’histoire qui s’est échappé en emportant des manuscrits médicaux, permettant au monde de bénéficier de siècles de savoir, Magon, qui a découvert le système de goutte à goutte et dont les encyclopédies traitent de l’agriculture et de ses mystères, d’Ibn Khaldoun, père de la sociologie moderne, etc.
Il aura l’occasion de remplir ses temps libres en visitant les monuments et vestiges des civilisations de ses ancêtres ainsi que les musées, qui lui laisseront des souvenirs de ce pays à son départ. Un pays dont les techniciens sont présents dans le monde entier. Nous en comptons douze millions, et nous en découvrons chaque jour.
Jean-Pierre Chevènement, ancien homme politique français, a utilisé dans un contexte politique, pour critiquer l’expression « guerre des civilisations », une phrase devenue célèbre : « Il ne faut jamais insulter l’avenir ».
Un incident inoubliable
Ce qui nous a étonnés, c’est que Lamouchi, bien qu’il soit français, a ignoré cette citation célèbre. Cet avenir, il l’a insulté par des propos superflus, à la différence d’autres joueurs d’origine tunisienne, comme Ben Arfa, qui ont dû choisir leur « nationalité sportive ». Ben Arfa a fait preuve de courtoisie, d’élégance, et personne ne lui a tenu rigueur. C’est un homme libre.
Ce que nous redoutons, c’est le ressentiment d’une majorité de Tunisiens qui n’ont pas apprécié son attitude arrogante. Il avait toutes les prérogatives de porter le maillot français, mais il devait tenir compte des sentiments de ceux qui, à l’époque, lui avaient déjà attribué le rôle de leader, de star, d’exemple.
Mais cela est comme cela. Il nous faut l’accepter tout en formulant un souhait : que cet épisode n’entrave pas, ni ne perturbe le travail, la mission qui incombe à notre invité Lamouchi. Tout doit être mis en œuvre pour l’aider dans sa tâche. De toute façon, il ne sera pas en terrain étranger. Le football tunisien a sa dignité. Même s’il a perdu un peu de sa splendeur, c’est dû à ceux qui l’ont dirigé pour des motifs egoïstes. Mais toute chose a une fin.
Un dernier souhait : qu’il réussisse et qu’il ne soit pas « tunisifié » durant son séjour parmi nous par ceux qui ont été à l’origine de cette situation délicate. Nous attendrons avec impatience les résultats.
Voilà qui conclut notre propos !

