Trump commente son absence au prix Nobel : « un enfant sans chocolat »
Donald Trump a déclaré : « Étant donné que votre pays a décidé de ne pas m’attribuer le Prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à PLUS de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ». Le professeur de relations internationales Tanguy Struye a noté que les déclarations de Trump sont « du Trump enfantin » et qu’il semble « complètement hors sol ».

« Étant donné que votre pays a décidé de ne pas m’attribuer le Prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à PLUS de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix« , déclare précisément Donald Trump.
Cette réaction de Trump fait suite à un message de Jonas Gahr Store et du président finlandais Alexander Stubb, exprimant leur opposition à l’augmentation des droits de douane américains ciblant huit pays européens (dont six de l’Union européenne) qui envoient des troupes au Groenland.
L’obsession trumpienne du Prix Nobel de la paix
La dernière déclaration de Donald Trump illustre encore son obsession pour le Prix Nobel de la paix. Cette préoccupation refait surface alors que le comité Nobel a souligné que le prix et son lauréat sont indissociables, après que Maria Corina Machado, la lauréate 2026, a remis le sien au président américain.
Donald Trump vit dans sa bulle, il est complètement hors sol
Tanguy Struye, professeur en relations internationales à l’UCLouvain,
spécialiste des États-Unis, associé senior à l’Institut d’Egmont
« Cela représente Trump. C’est du Trump enfantin rien que dans la manière dont c’est écrit. C’est un gosse de cinq ans qui écrit et on voit bien qu’il est obsédé par ce Prix Nobel de la paix », déclare Tanguy Struye, professeur en relations internationales et associé senior à l’Institut d’Egmont.
« Depuis le début, il invente des accords de paix qu’il n’a jamais conclus. Et même pour ceux auxquels les Américains ont participé comme celui entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, on voit bien que la situation sur le terrain n’a absolument pas évolué. Même le cessez-le-feu à Gaza est très fragile […]. Donald Trump vit dans sa bulle, il est complètement hors sol« , ajoute le spécialiste des États-Unis.
On a l’impression, vraiment, qu’il s’agit de la réaction d’un enfant qui n’a pas eu le chocolat qu’il demandait
Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine de l’ULB,
directeur du Centre pour l’étude des Amériques, AmericaS
Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB, qui dirige également le Centre pour l’étude des Amériques, AmericaS, renchérit : « On a l’impression, vraiment, qu’il s’agit de la réaction d’un enfant qui n’a pas eu le chocolat qu’il demandait. Ça n’a aucun sens, parce que le comité Nobel est indépendant et ce n’est pas le gouvernement (norvégien, NDLR) qui attribue ce prix« .
Cette préoccupation cynique réapparaît souvent dans des contextes inattendus, comme lors d’un appel téléphonique entre le président français Emmanuel Macron et Donald Trump en mai 2025. Durante cet échange, Macron informe Trump que le président ukrainien Volodymyr Zelensky accepte sa proposition d’un cessez-le-feu de 30 jours en Ukraine. La toute première réaction de Trump est de dire à son interlocuteur « Nobel Prize for this« .
Donald Trump en roue libre, avec un entourage proche de l’extrême droite
Ces réactions seraient presque amusantes si elles ne concernaient pas le président des États-Unis, l’un des hommes les plus puissants du monde. « On est vraiment face à un président qui se croit au-dessus de tout, tant en politique intérieure qu’en politique extérieure, ce qui le rend d’ailleurs extrêmement dangereux« , analyse Tanguy Struye.
« La majorité des gens qui le conseillent au sein même de la Maison Blanche sont des gens qui vont dans son sens, ne lui opposent aucune opposition et donc il est totalement en roue libre avec des conséquences évidemment énormes au niveau géopolitique et géoéconomique. Au final, il est occupé à affaiblir les États-Unis, […] Il est occupé à créer un schisme de sa propre initiative (avec ses alliés européens, NDLR), pour des raisons qui sont liées au Groenland« . Un schisme alors que les États-Unis et le Groenland sont alliés au sein de l’Otan, ce qui n’est pas le moindre paradoxe.
Quant à l’entourage de Donald Trump, Serge Jaumain précise qu »un certain nombre de personnes sont proches des idéaux de l’extrême droite, à commencer par Stephen Miller, le numéro deux de l’administration de la Maison Blanche« .
Trump renforcé par le succès de l’opération Maduro
Il est également pertinent de considérer les récentes déclarations sur le Groenland à la lumière des événements au Venezuela et de l’arrestation du président déchu Nicolas Maduro par l’armée américaine. Bien que ces deux dossiers soient totalement distincts, l’efficacité de l’armée américaine à Caracas semble avoir donné un nouvel élan à Donald Trump.
« On a eu l’impression que Donald Trump était sur un petit nuage, et à partir de ce moment-là, il est revenu de manière beaucoup plus forte sur le Groenland en voulant l’annexer et en laissant entendre que cela pourrait impliquer une opération militaire« , explique Serge Jaumain. Actuellement, il est davantage question de l’acquisition de l’île située dans le cercle polaire arctique.
La majorité républicaine au Congrès
Le spécialiste des États-Unis, Tanguy Struye, souligne la responsabilité de la majorité républicaine au Congrès : « Aux États-Unis, le système a été conçu de telle manière qu’il y a une ‘balance of Power’ (équilibre des pouvoirs, NDLR), les pères fondateurs ont voulu éviter de telles situations
« Cependant, le Congrès ne remplit pas son rôle. Il aurait pu s’opposer à Trump concernant les droits de douane, mais il ne l’a pas fait. Il aurait pu agir au sujet du Venezuela, il ne l’a pas fait. Quant au Groenland, il aurait également pu l’arrêter« .

