Belgique

Haine en ligne contre Melissa Depraetere : la lutte des femmes en politique

Depuis l’annonce de la ministre flamande du Logement, de l’Énergie et du Climat, du Tourisme et de la Jeunesse d’un congé maternité, certains commentaires sur les réseaux sociaux condamnent le choix d’une femme de poursuivre sa carrière tout en menant une vie de famille. Selon Caroline Sägesser, il existe une animosité particulière envers les femmes politiques, qui sont davantage attaquées sur leur vie privée et leur physique.


Depuis l’annonce par la ministre flamande du Logement, de l’Énergie, du Climat, du Tourisme et de la Jeunesse d’un congé maternité sur avis médical, en raison de la santé de son futur enfant, plusieurs commentaires sur les réseaux sociaux ont été marqués par des cruautés et des jugements. Ces réactions critiquent alternativement le choix d’une femme de concilier carrière et vie de famille, ainsi que les raisons évoquées pour cet arrêt, arguant que « les politiques ne connaissent pas le stress » et que « dans le privé, cela n’arriverait jamais », entre autres.

Caroline Sägesser s’indigne face à ce torrent de haine, qualifiant la situation de « sidérante », comme si une femme n’avait pas le droit d’être à la fois mère et ministre. Elle souligne que ce cas met en lumière les différences de traitement entre les hommes et les femmes politiques : « Les femmes politiques témoignent d’une animosité particulière à leur égard de la part de certains hommes hostiles à leur place dans la société. Elles sont fréquemment attaquées sur leur vie privée et leur apparence », déclare-t-elle.

L’historienne évoque également le traitement dont a bénéficié Sophie Wilmès en 2022, où les commentaires étaient en sa faveur, considérant qu’elle sacrifiait sa carrière pour s’occuper de son mari. En revanche, avec Melissa Depraetere, une « femme qui a l’audace d’être enceinte alors qu’elle est au gouvernement » se retrouve à subir des insultes, comme si elle avait pris une décision pour son bien-être personnel, chose qu’elle aurait pu éviter.

Rik Torfs constate que, bien que le caractère genré des insultes soit indéniable, d’autres éléments expliquent cette déferlante sur les réseaux, en particulier un « ressentiment anti-politique et une polarisation générale dans la société, en partie due aux nouveaux médias, mais aussi à une atmosphère très difficile actuellement ». Caroline Sägesser abonde dans ce sens : « Il est normal d’avoir une polarisation politique sur les décisions prises, mais attaquer les personnes sur leur vie privée ou leur identité franchit une ligne rouge. »

Concernant le risque d’un changement dans le personnel politique vers des profils moins empathiques, Rik Torfs souligne que les réseaux sociaux et une culture politique spécifique en Belgique rendent floues les frontières entre le jugement des politiques et celui des personnes qui les représentent. Ce climat de dureté et de jugement pourrait avoir des conséquences sur les générations futures. « Il faut avoir du courage et de la ténacité en politique, mais il y a des limites », insiste-t-il. « Si la sélection des responsables se fait uniquement sur des critères de dureté, nous aurons des politiques qui ne seront pas non plus attrayantes. »

Pour la chercheuse du CRISP, la dureté de la vie publique risque d’attirer uniquement des « profils solides, voire asociaux pour survivre ». « Donald Trump sait vivre avec les insultes, mais ce n’est pas le type de politique dont nous avons besoin », résume Rik Torfs.

► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.