Assassinat du père Olivier Maire : un accusé insaisissable aux assises
Ce lundi 9 août 2021, un homme d’une quarantaine d’années, Emmanuel Abayisenga, se présente à la gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvres, en Vendée, en répétant « Mettez-moi en prison ». Il est le principal suspect de l’incendie de la cathédrale de Nantes, survenu en juillet 2020, et est jugé à partir de ce lundi devant la cour d’assises de La Roche-sur-Yon pour l’assassinat du père Olivier Maire.
Ce lundi 9 août 2021, peu après 9h15, un homme d’une quarantaine d’années se présente à la gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvres, en Vendée. « Mettez-moi en prison », répète ce Rwandais à la silhouette frêle et chargé de plusieurs sacs de voyage. « Il est décédé, je suis désolé […], il est à la maison », insiste-t-il. Ses propos sont incohérents et il ne répond pas aux questions, suscitant de l’inquiétude. Emmanuel Abayisenga, qui se présente au poste, n’est pas un inconnu : il est le principal suspect de l’incendie de la cathédrale de Nantes, survenu en juillet 2020. Depuis sa sortie de détention provisoire en mai 2021, il est hébergé chez les frères Montfortains, à proximité.
Prévenus rapidement, les membres de la congrégation découvrent le corps sans vie du père Olivier Maire, supérieur provincial de la communauté, dissimulé sous une couverture bleue. Le prêtre a subi plusieurs coups violents au crâne. Plus de quatre ans et demi après ces événements, Emmanuel Abayisenga est jugé depuis ce lundi devant la cour d’assises de La Roche-sur-Yon pour l’assassinat de l’ecclésiastique. Ce procès a longtemps été incertain en raison des questions soulevées sur la responsabilité pénale du suspect.
Alors que le corps du père Olivier Maire est découvert, la garde à vue d’Emmanuel Abayisenga est levée. Ses propos incohérents sont jugés incompatibles avec toute audition. « Il est convaincu que des médicaments étaient cachés dans sa nourriture pour le « castrer » [puisqu’il avait des problèmes érectiles] », indique un psychiatre dans son rapport. Cette explication est réitérée devant sa cousine : « Il m’a dit qu’il était énervé car il croyait que le prêtre voulait le tuer. Il m’a dit qu’il avait frappé, frappé, frappé », confie-t-elle aux enquêteurs.
Emmanuel Abayisenga demeure hospitalisé près d’un an avant de pouvoir être interrogé. Il déclare alors que c’est le prêtre qui l’a poussé dans les escaliers et jure qu’il s’est seulement défendu, alléguant même – malgré de nombreux témoignages – que le père Olivier Maire le maltraitait. « L’attente a été très longue et compliquée pour mes clients, confie Me Céline Party, avocate des deux frères du prêtre. Ils espèrent obtenir des réponses à leurs questions, comprendre les motivations de cet acte, même s’ils sont préparés à l’éventualité de rester sur leur faim. »
Pour saisir cette affaire, il est nécessaire de revenir sur la vie d’Emmanuel Abayisenga. Arrivé illégalement en France en 2012, ce Rwandais a tenté à de nombreuses reprises d’obtenir le droit d’asile, affirmant avoir été enfant soldat et avoir été témoin de la décimation de sa famille. Les autorités doutent de sa version ; son oncle déclare que ce récit est entièrement fictif. Son père, instituteur, n’a pas été fusillé mais est mort d’une longue maladie. Après avoir poursuivi ses études jusqu’à intégrer la police, il évoque également son état de santé dégradé, suite à une agression devant la cathédrale de Nantes en 2018, mais cela ne suffit pas à lui octroyer un titre de séjour. Après un nouvel échec pour régulariser sa situation, il incendie « de colère » la cathédrale, bien qu’il ait été bénévole au sein du diocèse depuis 2016 et apprécié de la communauté.
Malgré les graves dégâts causés par son acte – nécessitant plusieurs années de travaux pour remettre le bâtiment en état – une religieuse intercède en sa faveur pour qu’il soit placé en détention provisoire chez les frères Montfortains. Après un an de détention, la justice accepte. Cependant, à peine arrivé, Emmanuel Abayisenga souhaite déjà retourner en prison. « Emmanuel avait une obsession, il voulait retourner en détention, il s’y sentait plus en sécurité », indique une responsable administrative aux gendarmes. Il fugue même et est hospitalisé pendant plus d’un mois en psychiatrie. Son passage à l’acte se déroule moins d’un mois après sa sortie.
Les enquêtes concluent que son geste était prémédité. Selon la juge d’instruction, cela se reflète dans la minutie avec laquelle il a emballé ses affaires et le calme dont il a fait preuve pour nettoyer ses vêtements après le crime. Une altération du discernement a néanmoins été retenue, tout comme lors du procès pour l’incendie de la cathédrale de Nantes, pour lequel il a été condamné en 2023 à quatre ans de prison.
Ce renvoi devant la cour d’assises laisse néanmoins son ancienne avocate perplexe. « Comment peut-on décider de juger un homme qui tient des propos aussi incohérents et délirants ? C’est un choix purement politique », estime Me Meriem Abkoui. Sa nouvelle avocate, Me Maud Navenot, n’a pas répondu à nos demandes.

