Claude Loir, acteur porno, ne craint plus rien.
Sébastien Lifschitz a réalisé le documentaire Un jeune homme de bonne famille, diffusé ce lundi à 22h35 sur Arte. Ce projet est consacré à Claude Loir, aujourd’hui octogénaire, qui y raconte son parcours, de son enfance en Ariège à ses expériences en tant qu’homme homosexuel dans une société où cette orientation était considérée comme un « fléau social ».
Sébastien Lifschitz met en avant l’histoire méconnue, souvent délibérément ignorée, des personnes LGBT+. Avec Les Invisibles, il brosse les portraits de lesbiennes et de gays nés entre les deux guerres. Son film Bambi retrace le parcours de Marie-Pierre Pruvot, l’une des premières femmes trans françaises, tandis que Casa Susanna se concentre sur une communauté de travestis aux États-Unis durant les années 1960.
« Dans mes films, j’ai voulu offrir à tous ces invisibles un écrin pour témoigner de leur courage et de leur importance, car ils incarnent pour moi des modèles de vie qui m’ont aidé à grandir. On doit beaucoup aux gens de cette génération : ils ont forgé la liberté dans laquelle nous vivons aujourd’hui », déclare le réalisateur dans une interview accordée à Arte. La chaîne franco-allemande diffusera ce lundi à 22h35 son nouveau documentaire, déjà disponible sur la plateforme arte.tv, intitulé Un jeune homme de bonne famille.
Sans fausse pudeur
Ce projet est centré sur Claude Loir, aujourd’hui octogénaire, qui se raconte avec intimité. Il évoque son enfance difficile en Ariège, la découverte de son homosexualité, ses amours, ainsi que les soixante films pornographiques – y compris hétérosexuels – dans lesquels il a participé, sans oublier ses déboires financiers et sa réconciliation familiaire tardive. Il s’exprime avec franchise et sans fausse pudeur.
Sébastien Lifschitz a eu l’idée de réaliser un documentaire sur lui après avoir lu ses Mémoires, Confessions païennes, publiées il y a trois ans. « J’ai tout de suite été fasciné par son aisance à se raconter, la maturité de sa réflexion sur sa propre vie et son émotivité à fleur de peau », confie le réalisateur au Nouvel Obs. Claude présente un mélange étonnant : une façon très directe de parler de sexualité, tout en conservant douceur, élégance et sensibilité presque enfantine.
Lieux de drague, club de gigolos, pissotières…
À travers son témoignage, Claude Loir dépeint son expérience d’homme homosexuel, sa jeunesse à une époque où cette orientation sexuelle était perçue comme un « fléau social ». « L’homosexualité, à l’époque, était dangereuse à vivre. Mais l’envie de s’envoyer en l’air était plus forte que la peur », confie-t-il en relatant ses expériences dans des lieux de drague, des clubs de gigolos ou des pissotières. Son enthousiasme tranche avec les a priori et clichés stigmatisants qui alimentent l’idée d’une homosexualité vécue dans la honte et la haine de soi dans une société qui la désapprouve.
« Entendre aujourd’hui un homme de 80 ans parler de tout cela avec une telle vérité est rare et précieux. C’est aussi pour cela que ce film existe : pour que cette mémoire ne disparaisse pas », affirme Sébastien Lifschitz au Nouvel Obs, confirmant sa volonté de préserver la mémoire des récits queer.
L’évolution des mœurs en France en toile de fond
Un jeune homme de bonne famille retrace également l’évolution des mœurs en France. Des années 1950 bien corsetées, au bouleversement de Mai-68, en passant par l’essor du cinéma pornographique à l’arrivée de Giscard au pouvoir (où les films pour adultes représentaient un tiers de la production française), jusqu’à la réaction conservatrice, et l’arrivée du VIH, tout un panorama de la société de la seconde moitié du XXe siècle est dépeint, intégrant l’histoire personnelle à l’histoire collective.
Sébastien Lifschitz décrit Claude Loir comme « un héros ordinaire » et une figure « rebelle et insolente ». Son documentaire fait le portrait d’un homme qui s’est souvent laissé guider par ses instincts et ses désirs, dont la vie prend des tournures romanesques.
« C’est un pur hédoniste, un séducteur qui éprouve une immense jouissance à tout essayer, à tout vivre, sans aucune méfiance », poursuit le réalisateur. « Je me suis demandé si cette liberté serait encore possible dans notre société aujourd’hui. J’en doute. »

