Chine : la colocation de lit se répand face à la crise
Depuis la crise du covid, la Chine peine à se relever, et le salaire moyen d’un jeune diplômé est d’environ 750 euros par mois, avec presque 60% des jeunes diplômés gagnant moins que cette somme. Dans les grandes villes, les dépenses liées au logement dépassent souvent 30% du revenu pour les locataires, et le loyer moyen dans les mégalopoles chinoises est de 11 € du m².
Depuis la crise liée au COVID-19, la situation en Chine reste difficile. Les jeunes, et particulièrement les étudiants, rencontrent de nombreuses complications dans leur vie quotidienne. Étudier, se nourrir, se loger devient de plus en plus coûteux. Ainsi, un nombre croissant d’entre eux se tourne vers des financements alternatifs. Dans les grandes villes, le partage de matelas et la colocation sont en plein essor. À Pékin, Shanghai ou Shenzhen, les petites annonces se multiplient.
« Lit unique à partager… »
Cette situation a été observée par Insider et relayée par Korii. Eudeline Boishult, correspondante de RTBF sur place, constate : « On voit de plus en plus d’annonces sur les réseaux sociaux chinois, des annonces comme celle-ci : recherche colocataire de lit qui est propre et qui ne ronfle pas. Ça peut nous surprendre de prime abord, mais partager son lit avec quelqu’un d’autre est devenu un vrai phénomène en Chine depuis quelques années. Les adeptes de cette pratique, ce sont surtout les jeunes qui ont peu de ressources financières. Pour faire des économies, certains choisissent de sacrifier leur intimité et de partager leur studio avec une autre personne. Mais attention, il y a des règles strictes à respecter. On dort dans le même lit, certes, mais on utilise des draps et des couettes différents. On respecte les horaires de coucher et de lever de son ou sa colocataire. On n’invite pas son ou sa partenaire à l’appartement, etc. »
Généralement, deux couettes aux motifs différents sont disposées sur le lit. Une couverture ou une peluche peut servir de « ligne de démarcation » entre les colocataires. Les annonces sont exclusivement destinées à des personnes du même sexe.
Il existe aussi, comme en Australie, un concept de « hot-bedding », où deux personnes partagent un lit en fonction de leurs horaires de travail différents. « Je suis généralement absente de chez moi tous les jours de 22 h à 7 h du matin et le lit est très grand », peut-on lire dans une annonce sur Xiaohongshu, l’équivalent chinois d’Instagram.
Petits salaires, chers logements
En Chine, le salaire moyen d’un jeune diplômé s’élève à environ 750 euros par mois. « C’est en tout cas ce qu’a montré un rapport publié en juin 2025 », explique la correspondante de RTBF. « Mais attention, il ne s’agit que d’une moyenne. Près de 60 % des jeunes diplômés qui ont trouvé un emploi après leurs études affirmant gagner moins que cela. »
Un autre facteur à considérer est le taux de chômage chez les jeunes Chinois, qui est très élevé. « Il oscille entre 15 et 20 % depuis plusieurs années », souligne Eudeline Boishult. « Pour ceux mieux lotis, il est possible de bénéficier d’aides publiques, mais les revenus demeurent relativement faibles. À cela s’ajoute que le logement représente le principal poste de dépense des ménages en Chine. Selon le Bureau national des statistiques, les dépenses liées au logement dépassent souvent 30 % des revenus des locataires dans les grandes villes. Ainsi, pour un jeune Chinois en situation précaire, le loyer peut rapidement devenir un poids sur le pouvoir d’achat. »
De plus, le loyer moyen dans les mégapoles chinoises est de 11 € par mètre carré, selon le site YiCai. À Shanghai ou Pékin, les loyers sont élevés, avec un studio en centre-ville coûtant entre 700 et 1200 euros par mois. Pour ceux qui ne peuvent pas se permettre ces montants, la banlieue offre des options moins chères, aux alentours de 400 euros. Opter pour la colocation de lit permet de réduire encore ce coût. « Mais attention, il faut bien s’imaginer qu’il s’agit de studios très petits où il n’y a place que pour un lit, une table, une armoire, une kitchenette et une petite salle de bain, » précise la correspondante de RTBF. « L’autre chose à noter est l’énorme décalage entre l’offre et la demande de logements dans les grandes villes. L’offre est trop faible par rapport à la demande, donc faire une colocation de lit peut être à la fois un avantage financier et un moyen de s’assurer un logement dans une grande ville. »
Une récente enquête sur les problèmes de logement des jeunes diplômés, publiée par la plateforme 58.com, indique que leur principale préoccupation est le coût des loyers. Parmi les diplômés interrogés, 77 % affirment réduire leurs autres dépenses pour pouvoir payer leur loyer, et 46 % dépendent en partie ou totalement du soutien de leur famille. Une autre étude sur le sujet montre que, pour 34 % des personnes interrogées, le loyer est une dépense « plutôt lourde mais gérable », tandis que 7 % le jugent « extrêmement lourd ». La majorité des jeunes diplômés déménagent tous les seize mois, souvent à cause d’une augmentation de loyer ou d’un changement d’emploi.
Des avantages et des inconvénients
Le facteur financier est de loin la principale motivation pour la colocation de lit, mais beaucoup de Chinois y voient aussi un avantage social. Vivre à deux permet de réduire le sentiment de solitude qui peut peser sur les jeunes. Selon diverses études, les 20-30 ans se déclarent plus souvent isolés ou seuls que les autres tranches d’âge, en raison de la pression financière, de difficultés professionnelles et de fortes attentes sociales, notamment familiales. Parfois, le colocataire de lit peut devenir un ami ou un véritable soutien émotionnel.
Cependant, cette tendance présente aussi des inconvénients. Comment écouter de la musique lorsque l’autre souhaite se reposer? Comment gérer les affaires de chacun dans un espace restreint? Comment établir un ordre pour la douche? « Vivre avec quelqu’un dans un espace si confiné représente un défi quotidien », affirme Eudeline Boishult. « Il faut constamment s’adapter aux habitudes de vie de l’autre et respecter ses besoins d’espace et d’intimité. »
Sur la plateforme Shangshu, correspondante d’Instagram en Chine, une internaute nommée Dongdong a partagé son expérience : « Je ne partagerai plus jamais mon lit avec quelqu’un. C’est impossible de se reposer. L’autre fille m’empêchait de dormir, j’ai mis longtemps à m’endormir. »
Comme le relate Courrier International, la plateforme juridique lawba.cn a récemment rapporté le cas d’un jeune diplômé ayant sous-loué une chambre à un locataire, pensant y rester un an. Or, peu après son emménager, le propriétaire lui a dit que le bail avec le locataire principal avait expiré depuis longtemps, réalisant trop tard qu’il avait été victime d’une escroquerie.

