François Heinderyckx : « Les médias publics ne sont pas un luxe »
L’expression exacte pour désigner la RTBF et la VRT est « média de service public ». En tant que service public, ces médias ont des missions définies, telles qu’informer leur public, promouvoir la culture, valoriser le patrimoine et assurer des missions de divertissement et d’éducation permanente.

Lorsque l’on évoque la RTBF ou la VRT, on emploie fréquemment les termes « média public« , en opposition aux médias privés. Cependant, l’expression correcte est en réalité « média de service public« . « Évoquer le service public, c’est rappeler qu’il s’agit d’offrir aux citoyens d’un pays ou d’un État un service qui s’inscrit dans le cadre des services publics, au même titre que la sécurité assurée par la police et l’armée, ou la santé par le biais des hôpitaux. Tout cela relève de services organisés par l’État parce que nous estimons qu’ils sont importants, voire fondamentaux pour le bien-être, la sécurité des citoyens et le fonctionnement de la société« , explique François Heinderyckx.
Recontextualiser ainsi les missions du service public audiovisuel rappelle également son importance, souligne le professeur de l’ULB : « Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas quelque chose d’accessoire, dont on pourrait se passer ; c’est fondamental et nécessaire« .
En tant que service public, la RTBF et la VRT ont donc des missions clairement définies : informer le public, mais aussi promouvoir la culture, mettre en valeur le patrimoine, ainsi que garantir des moments de divertissement et d’éducation permanente.
Un financement par toute la population
Ces médias de service public sont principalement financés par des fonds publics. Les systèmes de financement varient à travers l’Europe et ont évolué au fil du temps. De nombreux pays optaient autrefois pour des systèmes de redevance, liés aux abonnements télévisuels ou à l’achat de radios, tandis que d’autres choisissent une dotation qui provient directement du budget de l’État, comme c’est le cas en Belgique. Cette évolution paraît logique, car les contenus médiatiques publics sont désormais consommés et diffusés par d’autres moyens que les supports traditionnels comme la radio ou la télévision. Il est alors légitime de se demander qui finance ces contenus : uniquement ceux qui en bénéficient ?
« Nous en sommes venus à la conclusion que c’est un service public, donc chacun doit contribuer à son financement, même ceux qui ne l’utilisent pas et n’en ressentent pas le besoin. Tout comme les citoyens belges sans enfants paient des impôts qui servent à financer les écoles, les citoyens belges en bonne santé financent également le système de santé et les hôpitaux. Ainsi, si nous acceptons que cela fasse partie des services publics nécessaires, il est normal que son financement soit effectué par l’impôt« , affirme le professeur en sociologie des médias et communication politique de l’ULB.
En contrepartie, le citoyen a le droit d’exiger un certain niveau de qualité des contenus des médias qu’il finance indirectement, ainsi qu’une certaine transparence. François Heinderyckx est convaincu que mieux communiquer sur le coût réel de la RTBF pour chaque francophone et l’utilisation de ces fonds renforcerait la confiance du public. « Cela devrait faire partie de l’éducation aux médias, je crois qu’il serait bénéfique d’expliquer aux citoyens ce que cela coûte, d’où provient cet argent, et comment il est utilisé de manière judicieuse au sein du service public« .
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