Maroc – Sénégal : Walid Regragui va-t-il répondre aux critiques ?
Walid Regragui et les Lions de l’Atlas peuvent remporter la finale de la CAN 2025 ce dimanche face au Sénégal, vingt ans après leur dernier titre continental. Le sélectionneur, âgé de 50 ans, a été critiqué pour sa tactique jugée trop frileuse malgré les talents de son effectif.

Walid Regragui et les Lions de l’Atlas se rapprochent d’une page marquante de leur histoire, avec une finale de la CAN 2025 ce dimanche contre le Sénégal, qui se déroule au Maroc, vingt ans après leur dernier titre continental et deux ans après leur remarquable parcours en Coupe du monde, où ils avaient atteint les demi-finales avant d’être éliminés par la France.
Cependant, comme l’adage le souligne, nul n’est prophète en son pays, un fait que le natif de Corbeille Essonne a découvert lors de cette CAN, où les critiques ont fusé à son encontre. Pour certain(e)s dans la presse nationale, parmi les consultants et les supporters, le sélectionneur de 50 ans est jugé responsable d’un style de jeu trop conservateur au regard des talents qu’il a à sa disposition. Toute ressemblance avec des faits réels ou des personnages ayant existé ailleurs ne saurait être que le fruit du hasard. Ou pas.
Un air de ressemblance avec l’équipe de France
Bien que la comparaison avec l’équipe de France de Didier Deschamps ait été courante, tous ne partagent pas cet avis. Younès Belhanda a exprimé sur RMC que l’on ne peut établir de parallèle : « lui, Deschamps, il a gagné la coupe du monde. Pour l’instant Walid Regragui n’a rien gagné ». Rappelons que Deschamps, avant le Mondial 2018, n’avait lui aussi pas remporté de titre en tant que sélectionneur, prouvant qu’il faut bien une première fois à tout.
Son équipe n’a pas non plus été épargnée pour sa prudence, son jeu défensif et sa recherche d’équilibre, un style cher à Deschamps. Les critiques de Belhanda envers Regragui pourraient être identiquement adressées à son homologue français : « Je comprends complètement (les critiques), quand tu as un effectif de ce calibre-là, avec des joueurs qui jouent dans les plus grands clubs européens, tu te dois d’afficher un jeu plus plaisant, plus attractif pour les supporters, pour les téléspectateurs, pour le pays », a déclaré l’ancien Montpelliérain. « Je ne les vois pas dominer tactiquement, avec le ballon c’est de la possession stérile depuis le début de la compétition. »
Cependant, la tentation de comparer le Maroc avec l’équipe de France de Deschamps pourrait réserver des surprises le moment venu. « Si on gagne dimanche, tout le monde va dire “Walid on t’aime ! Pardon, Walid !”, a plaisanté l’ancien international marocain Jaouad Zaïri, consultant pour beIN Sports. Pour aller loin dans une compétition, il n’y a pas que la manière, il y a l’organisation. Cela ne plaît pas à tout le monde, certains pensent que le Maroc est le Brésil, mais aujourd’hui, le football a évolué et pour remporter des titres, il faut d’abord une organisation solide. » Sur ce point, les hommes de Regragui n’ont concédé qu’un but depuis le début du tournoi, et ce, sur penalty.
« En 98, les gens soutenaient Aimé »
Pour trouver des parallèles pertinents, il convient de se remémorer la France 98, où Aimé Jacquet avait dû faire face à un climat de défiance similaire. Présent à la CAN, notre confrère Omar Chraibi valide cette analogie. « C’est une situation comparable à celle de Regragui avec nous, les médias, pour cette CAN à domicile. Les attentes sont énormes, et il est impossible de ne pas dire les choses telles qu’elles sont et de s’interroger sur le potentiel de cette équipe. »
Il faut néanmoins noter que les critiques provenaient principalement du journal L’Equipe, que Jacquet avait dénoncée à l’époque — rappelons son célèbre « je ne pardonnerai jamais » après la victoire en finale — et non des supporters, qui soutenaient fermement « Mémé ». Henri Emile, ancien adjoint de Jacquet, se remémore ce climat. « Nous, on était critiqués par un média seulement, qui n’a pas cru en Aimé. Ils ont remis en cause tout ce qu’il voulait mettre en place avant la Coupe du monde, en pensant que nous irions à l’échec. Plus on avançait dans la compétition, plus ils espéraient notre chute. On le ressentait vraiment. Je pense que c’était pour ne pas se dédire. Mais le reste de la presse était beaucoup plus nuancée. Les Français étaient à fond derrière nous. Je me souviens que L’Équipe avait même dû retirer ses panneaux publicitaires sur le Tour de France car les gens leur jetaient des pierres. Ça veut bien dire quelque chose, ça a été assez violent. Les gens étaient tous derrière Aimé. »
Qui aime bien, châtie bien
D’après Omar Chraibi, la situation est différente au Maroc, où le sélectionneur est constamment sous les projecteurs. « Le sélectionneur de l’équipe nationale est toujours scrutiné au Maroc, dans les médias comme dans l’opinion publique. Avec l’essor du digital et des réseaux sociaux, les Marocains sont passionnés et émotifs. “On châtie bien quand on aime bien”, comme on dit. Même quand tout va bien, même si les victoires sont là, on attend du beau jeu. On est très attachés à notre équipe nationale et le sélectionneur doit subir des critiques… parfois un peu sévères, c’est vrai ! »
À l’approche de la finale tant attendue contre le Sénégal, il est fort probable que les opinions évoluent et qu’il y ait moins de critiques au coup d’envoi, alors qu’un titre est à portée de main. Les supporters pourront alors se rallier à la ferveur collective, emmenés par l’humoriste Amine Radi, suivi par les Lions de l’Atlas depuis le début de la compétition.
« Pour moi, Walid est le meilleur entraîneur de l’histoire du Maroc, c’est le patron. Il nous a menés en demi-finale de Coupe du monde, il ne faut pas l’oublier. Il a été critiqué mais il a cru en son projet et a réussi son pari. Au-delà du jeu, du ballon, il a apporté une vraie force à ce groupe, de la confiance, et aujourd’hui on voit une équipe qui se bat, qui est ambitieuse et qui a la rage de vaincre. Je ne pense pas qu’aujourd’hui il reste encore des critiques à son encontre, les Marocains sont tous derrière lui, tout le monde est heureux. » Et cela n’est rien comparé à l’engouement qui s’abattra dimanche soir en cas de victoire, lorsque la nation exigera une statue pour son nouveau héros national.

