« Des milliers de manifestants à Nuuk et Copenhague : le Groenland n’est pas à vendre »
M. Nielsen, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, a manifesté à Copenhague, tandis que des manifestants ont défilé jusqu’au consulat américain avec des pancartes. Selon un sondage publié en janvier 2025, 85% des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis.
M. Nielsen, perché sur un monticule de neige et brandissant le drapeau groenlandais, était entouré de plusieurs membres du gouvernement. Les manifestants, portant des pancartes « Nous forgeons notre avenir » (« We Shape our Future ») et de nombreux drapeaux, ont défilé jusqu’au consulat américain.
« Nous ne voulons pas que Trump envahisse le Groenland », a déclaré Paarniq Larsen Strum, 44 ans, infirmière en chirurgie. « C’est très éprouvant. Je voyage à travers le Groenland pour mon travail, et l’idée que je puisse ne pas rentrer chez moi auprès de ma fille, pour je ne sais combien de temps, s’il venait à prendre le Groenland […] je ne peux pas accepter ça ».
Au Danemark, plus tôt dans la journée, des milliers de personnes ont convergé : une marée humaine rouge et blanche, aux couleurs des drapeaux, s’est formée à Copenhague sur la place de l’hôtel de ville, avant de se rendre devant l’ambassade américaine, scandant le nom du Groenland en groenlandais : « Kalaallit Nunaat ! », ont constaté des journalistes de l’AFP.
« Il est important pour moi d’y participer, car il s’agit fondamentalement du droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. On ne peut pas être intimidé par un État, par un allié. C’est une question de droit international », a expliqué à l’AFP Kirsten Hjoernholm, 52 ans, employée de l’ONG Action Aid Danemark, venue manifester à Copenhague samedi, où une forte présence policière était déployée.
Plusieurs représentants politiques danois, dont la maire de Copenhague et une ministre, ont également défilé aux côtés des manifestants.
Devant l’ambassade américaine, des organisateurs se sont succédés sur une scène improvisée, chantant et scandant des slogans : « Le Groenland n’est pas à vendre », tout en espérant que la représentation des États-Unis prenait la mesure de cette forte mobilisation.
D’autres manifestations se sont également tenues dans le pays, à Aarhus (centre), Aalborg (nord) et Odense (sud).
Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, Donald Trump évoque régulièrement la prise de contrôle de l’immense île arctique rattachée au Danemark, stratégique mais peu peuplée. Il a assuré qu’il s’en emparerait « d’une manière ou d’une autre », pour contrer les avancées russes et chinoises en Arctique.
Vendredi soir, son proche conseiller Stephen Miller a réaffirmé les vues américaines sur ce territoire. « Le Groenland est grand comme un quart des États-Unis. Le Danemark, sans lui manquer de respect, est un petit pays avec une petite économie et une petite armée. Il ne peut pas défendre le Groenland », a-t-il déclaré sur Fox News.
À Copenhague, une délégation bipartisane du Congrès américain a au contraire affiché son soutien, au dernier jour d’une visite où ils ont rencontré la Première ministre danoise, le chef du gouvernement groenlandais, des chefs d’entreprise et des représentants au Parlement danois.
Le sénateur démocrate Chris Coons, à la tête de la délégation, a salué samedi devant la presse « 225 années » d’alliance avec le Royaume du Danemark. Il a assuré qu’il n’existait « pas de menaces immédiates pesant sur le Groenland ». « Mais nous partageons de réelles préoccupations concernant la sécurité dans l’Arctique à l’avenir, à mesure que le climat change, que la banquise recule et que les routes maritimes évoluent », a-t-il dit.
Les protestations de samedi interviennent trois jours après une réunion à Washington où les autorités danoises ont constaté l’impossibilité de s’entendre dans l’immédiat avec les dirigeants américains sur l’avenir du territoire autonome.
Alors que plusieurs dirigeants européens ont affiché leur soutien au Danemark, membre fondateur de l’Otan, le président américain a menacé vendredi de droits de douane les pays qui ne soutiendraient pas son plan visant à acquérir le Groenland.
La France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège, rejoins par les Pays-Bas, la Finlande, la Slovénie et le Royaume-Uni, ont envoyé du personnel militaire pour une mission de reconnaissance dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance » organisé avec des alliés de l’Otan.
« Les événements récents ont mis le Groenland et les Groenlandais, tant au Groenland qu’au Danemark, sous pression », a constaté Julie Rademacher, présidente du mouvement Uagut, l’un des organisateurs, dans une déclaration transmise à l’AFP. « Lorsque les tensions montent et que les gens sont en état d’alerte, nous risquons de créer plus de problèmes que de solutions », a-t-elle relevé.
Selon le dernier sondage publié en janvier 2025, 85% des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6% y sont favorables.

