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Le Conseil de sécurité de l’ONU fête ses 80 ans : action remise en question ?

Antonio Guterres a déclaré ce samedi que des « forces puissantes » s’alignent pour « saper » la coopération internationale, lors d’un discours marquant le 80e anniversaire de la première Assemblée des Nations Unies, qui s’était tenue le 10 janvier 1946. Le Conseil de sécurité des Nations Unies se compose de 15 membres, dont cinq permanents : Chine, États-Unis, Russie, France et Royaume-Uni.


Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a exprimé son inquiétude ce samedi concernant l’unification de « forces puissantes » cherchant à « saper » la coopération internationale, lors d’un discours célébrant le 80e anniversaire de la première Assemblée des Nations Unies, tenue le 10 janvier 1946 au Methodist Central Hall de Londres. Une semaine plus tard, la première session du Conseil de sécurité des Nations Unies s’y était tenue, marquant un événement majeur de l’histoire internationale.

Antonio Guterres, en fonction jusqu’au 31 décembre, a évoqué la situation mondiale actuelle, déclarant que l’année 2025 avait été « une année extrêmement difficile pour la coopération internationale et les valeurs des Nations Unies », mentionnant l’aggravation du « chaos climatique » et le « bafouement » du droit international.

Il a ajouté que « des forces puissantes s’alignent pour saper la coopération internationale », mais a affirmé que « malgré ces mers agitées, nous continuons d’avancer ».

Quatre-vingts ans après l’établissement de cet organe exécutif de l’organisation internationale, il reste chargé de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il a à sa disposition divers moyens, allant de l’interruption complète ou partielle des relations économiques à la rupture des relations diplomatiques, et peut même déclencher des actions militaires. Le Conseil de sécurité est habilité à entreprendre « toute action qu’il jugera nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix ».

Il se compose de 15 membres, dont cinq permanents : la Chine, les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies élit cinq membres non permanents parmi les dix du Conseil, pour un mandat de deux ans.

Le fonctionnement du Conseil de l’ONU n’a pas toujours été simple. Plusieurs crises internationales récentes ont mis à l’épreuve son efficacité. Des interventions militaires unilatérales, comme celles de la Russie en Ukraine ou des États-Unis au Venezuela, contestent la capacité de l’organe à maintenir la paix, dans un contexte de désengagement financier des États-Unis vis-à-vis de l’institution.

Nous avons interrogé Anne Lagerwall, professeure à la Faculté de droit et de criminologie de l’ULB, sur le fonctionnement actuel du Conseil de sécurité.

Peut-on dire que le Conseil de sécurité est aujourd’hui en crise ?

Anne Lagerwall : « Pendant très longtemps, le Conseil de sécurité n’a pas vraiment pu adopter de mesures à cause de la guerre froide et du système de droit de veto détenu par les cinq membres permanents. À la fin de la guerre froide, il y a eu une activation plus importante du Conseil, qui a pu prendre des mesures coercitives, notamment concernant des interventions militaires, comme lors de la guerre du Golfe en 1990-1991. »

« En réalité, depuis sa ‘ravivance’ après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil a toujours été confronté à des interventions militaires parfois non conformes au droit international. L’opération militaire menée par le Royaume-Uni et les États-Unis en 2003 contre l’Irak a également été très débattue au sein du Conseil sans empêcher l’opération, ni l’autoriser. Cette résistance a d’ailleurs été forte de la part de la France et de l’Allemagne. »

« Le fait que le Conseil soit divisé, avec des membres permanents ayant des positions variées, n’est pas nouveau, et certains interviennent militairement en violation du cadre de sécurité collective de la Charte de l’ONU. »

« Peut-être que ce qui est un peu nouveau, ce sont les interventions militaires, comme celle des États-Unis au Venezuela et celle de la Russie en Ukraine, où il n’y a pas eu de volonté d’obtenir une autorisation du Conseil pour ces opérations militaires. »

N’est-il pas temps de réformer le fonctionnement du Conseil de sécurité ?

Anne Lagerwall : « Cela fait des décennies qu’on parle de réformer le Conseil de sécurité. De nombreuses options sont proposées : augmenter le nombre de membres, le nombre de membres permanents ou conditionner l’utilisation du droit de veto. Certaines propositions font état d’interdire le droit de veto. Ces idées circulent depuis longtemps, mais aucune ne débouche concrètement. On comprend cependant que certains États pensent avoir acquis une puissance suffisante pour revendiquer un siège permanent, comme l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil ou l’Allemagne. »

« La composition actuelle ne reflète pas le monde ni l’ordre des relations internationales. Trouver un accord sur une nouvelle composition ou un nouveau fonctionnement du Conseil est délicat. »

« Il est évident que le grand changement depuis la Seconde Guerre mondiale est le vaste processus de décolonisation, doublant ou triplant le nombre d’États, notamment en Afrique, mais cette réalité n’est pas encore pleinement intégrée dans la composition du Conseil. Sur ce point, il existe également un équilibre régional au sein du Conseil. »

« En réalité, je ne suis pas certaine que le droit de veto soit véritablement le problème, car il est une garantie du soutien des grandes puissances pour les décisions prises par le Conseil. »

Le positionnement des États-Unis avec l’administration Trump, très défiant par rapport au multilatéralisme et au droit international, ne risque-t-il pas d’affecter durablement le fonctionnement du Conseil de sécurité ?

Anne Lagerwall : « Oui, cela peut l’affecter, comme cela a déjà été le cas dans le passé, car les États-Unis sont la plus grande puissance militaire et économique et un membre permanent du Conseil. »

« Ces dernières années, il y a eu un retrait net des États-Unis du multilatéralisme, d’institutions et de traités internationaux. Ce n’est pas un phénomène récent, puisque dès les années 2000, ils avaient clairement indiqué qu’ils n’allaient pas ratifier le statut de la Cour pénale internationale. Ni la Chine ni la Russie ne l’ont ratifié non plus. »

« Cependant, cette défiance des États-Unis envers une gestion multilatérale des crises internationales n’est pas nouvelle. Nous ressentons actuellement une accélération. Les États-Unis peuvent avoir une influence, mais ils ne peuvent pas tout chambouler seuls ; cela dépend aussi de la réaction des autres États. La situation au Venezuela, où un État seul ne peut détruire la Charte des Nations Unies, soulève des inquiétudes : si un État viole le droit international et que les autres l’acceptent, cela peut modifier les règles, les assouplissant pour permettre plus d’interventions militaires. »

« La dynamique repose autant sur les États-Unis que sur la réaction des autres acteurs. Les organisations régionales, comme l’Union africaine ou l’Union européenne, ont également un rôle à jouer. »

« En réalité, l’ONU n’est peut-être pas la meilleure équipe, mais c’est l’équipe que nous avons, et nous devons travailler avec. »