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Bulle, cabane, prison : Pourquoi les adultes n’ont-ils plus besoin de logements insolites ?

Cette année, selon une étude d’Expedia, l’hôtellerie inédite, comme des anciennes écoles, gares ferroviaires et banques, devient populaire, avec un intérêt accru pour des lieux offrant des expériences uniques. Les recherches pour passer une nuit à l’hôtel Seiryu Kyoto Kiyomizu à Kyoto ont bondi de 194 %, tandis qu’en France, l’ancienne Abbaye de Fontevraud L’Ermitage a connu une augmentation de plus de 70 % de curieux s’y intéressant.


On aurait pu croire que dormir dans une bulle, une cabane ou une prison ne serait qu’une tendance passagère. Pourtant, ce désir de quitter les chambres traditionnelles perdure. Selon une étude d’Expedia, cette année sera marquée par des logements réinventés, « dans des bâtisses historiques transformées en hébergements modernes ». La sélection des hôtels de l’année 2026 met en avant la montée en popularité des établissements réaménagés : anciennes écoles, gares ferroviaires et banques, offrant aux visiteurs un séjour confortable, chargé d’un caractère unique, souligne la plateforme de réservation.

Depuis plusieurs années, les voyageurs cherchent davantage l’évasion, indiquant une tendance durable plutôt qu’une mode éphémère. L’hôtel Seiryu Kyoto Kiyomizu à Kyoto attire de nombreux touristes, avec une augmentation de 194 % des recherches pour passer une nuit dans cette ancienne école. En France, c’est l’ancienne Abbaye de Fontevraud L’Ermitage qui suscite l’intérêt, avec une hausse de plus de 70 % des curieux se renseignant sur ce lieu situé en Anjou.

### Encore et toujours : le besoin de vivre une expérience

Pendant longtemps, le choix d’un hébergement se faisait en fonction de critères tels que la propreté, la praticité et la situation géographique avec possibilité de stationnement. Aujourd’hui, le lieu de couchage doit offrir une expérience. Daniele Küss, experte en tourisme international et ancienne responsable du pôle développement du tourisme au ministère des Affaires étrangères, explique : « la mode qui s’est vraiment installée est qui est à l’opposé, évidemment, du surtourisme, c’est la volonté de vivre des expériences. Et aujourd’hui, quel que soit le milieu dont on parle, tout le monde se rend compte qu’il faut faire des expériences. C’est une tendance plus générale, si vous voulez, qui recouvre autre chose que le tourisme. » À Turku, en Finlande, la prison s’est transformée en hôtel Kakola, un lieu unique attirant des « clients qui recherchent bien plus qu’un simple hébergement : ils recherchent une expérience complète », selon Mikael Aaltonen, le directeur du lieu. Il souligne que l’histoire de Kakola a été un atout pour attirer le public, « l’histoire de Kakola est précieuse, et nous la respectons profondément. Cela confère à l’hôtel une identité forte et une profondeur qu’on ne peut créer de toutes pièces. »

Avec cette nouvelle forme de voyage, la destination devient secondaire, ce qui compte avant tout, c’est la structure. Ce mode de voyage encourage également des pratiques différentes. On se déplace moins, on découvre plus. Cette quête de calme et de sérénité a poussé Cécilia à réserver une tiny house au bord d’un lac, « je voulais un week-end dans une petite maison, seule sans réseau pour lire, marcher et prendre du temps pour moi », confie la jeune trentenaire. Le temps d’un instant, le rythme de vie ralentit, on marche, on reste dans un petit périmètre, en privilégiant les rencontres.

### Retomber en enfance

Le désir de vivre des expériences uniques s’accompagne d’un besoin de retrouver une part de son enfance. « Pour la première fois, j’ai dormi dans une bulle transparente, je voulais juste observer les étoiles et entendre du silence le temps d’une petite pause loin de la vie quotidienne », raconte Thomas, un jeune cadre toulousain. Les lieux insolites ont pour but de faire rêver, même lorsqu’il s’agit de séjourner dans une prison. « Pour moi, cette mode c’est une manière de retomber en enfance. La tendance générale aujourd’hui est au succès de tout ce qui nous ramène à une période où on se sentait protégés. C’est du cocooning d’une certaine manière », explique Daniele Küss. « Cela va permettre aux gens de s’évader et de sortir des informations sur les conflits géopolitiques et le climat actuel tendu et l’intolérance actuelle », ajoute l’experte.

En fin de compte, ce que l’on souhaite, ce sont des souvenirs marquants, des nuits dont on parle avec des étoiles dans les yeux. En 2026, cette tendance devrait s’accélérer avec le bien-être au centre des préoccupations. Damien Chauderon, qui gère la plus grande plateforme de mise en relation entre clients et hébergements, indique que des solutions économiques sont désormais envisageables : « de plus en plus de campings suppriment quelques logements standards, un peu usagés. Pour les remplacer, ils optent pour l’insolite. C’est bien la preuve qu’ils ont aussi ressenti la tendance ». Ainsi, sortir de l’actualité et retrouver son âme d’enfant en 2026 ne sera pas réservé à une élite, mais sera accessible et familial.