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Ces parents touchés par la rupture de leur enfant : « Ma mère ne m’a plus parlé pendant des mois »

Claire a quitté son compagnon dont elle partageait la vie depuis la fin de l’adolescence alors qu’elle approchait de la trentaine. Véronique avait 28 ans quand elle a quitté son mari, épousé huit ans plus tôt, et se souvient que sa mère demandait à sa fille de 3 ans de prier pour qu’elle retourne avec son père.


Claire approchait de la trentaine lorsqu’elle a mis fin à sa relation avec son compagnon, qu’elle connaissait depuis la fin de son adolescence. Elle a vécu cette expérience comme un « échec » et se sentait « coupable » d’avoir fait du mal à son ancien amoureux, mais elle a eu de la chance car son ex a accepté sa décision et ils se sont séparés en bons termes. En revanche, elle a rencontré des difficultés avec ses propres parents, qui lui en ont voulu.

Après l’annonce de la rupture, « ça a été un drame total ». « Selon eux, j’avais gâché ma vie, je ne valais plus rien sans mon mec alors que j’étais en pleine réussite professionnelle. Bref, j’étais fichue. Ma mère a refusé de m’adresser la parole pendant des mois. Les rares fois où nous mangions ensemble, elle quittait la table en pleurant. » Claire, qui ne comprend toujours pas leur réaction, n’est pas la seule à avoir fait face à la colère de ses parents.

Bien que sa rupture remonte à une quarantaine d’années, Véronique reste marquée par la réaction de sa famille. À 28 ans, elle a quitté son mari qu’elle avait épousé huit ans plus tôt. « Je suis devenue la honte de la famille. Ma mère demandait à ma fille de 3 ans de prier pour que je retourne avec son père. » Véronique évoque un « traumatisme ». Ses parents ont conservé des liens avec son ex, l’invitant lors de vacances ou de fêtes, mais n’ont plus parlé à leur fille pendant de nombreuses années.

« Un parent faisant passer le lien avec l’ex avant celui avec son propre enfant ne tient plus son rôle de parent », souligne Claire Petin, psychologue clinicienne et psychothérapeute. Les raisons de ce type de comportement sont complexes et varient d’une famille à l’autre, mais la thérapeute propose quelques explications. « Parfois, les parents sont convaincus que c’était la bonne personne pour leur enfant, qui semblait plus épanoui, heureux et stable dans ce couple. » L’ex est souvent idéalisé, et « les parents peuvent avoir la sensation de savoir mieux que leur enfant ce qui est bon pour lui. »

La psychologue estime également que le style d’attachement et l’histoire des parents influencent leur réaction. « L’ex peut devenir une figure de confort et de stabilité pour eux. Leur comportement en dit alors plus sur eux que sur leur enfant. »

Que faire alors ? Expliquer les raisons de la rupture pourrait-il aider les parents à se calmer ? Peu probable, selon Claire Petin. « Si les parents sont capables de se décentrer de leurs propres attentes, fantasmes et projections, expliquer les raisons peut lever certaines ambiguïtés. Mais si l’attachement à l’ex est trop fort, cela peut être contre-productif et l’enfant va devoir se justifier. »

Fabien, 42 ans, a vécu une situation similaire lors de sa séparation d’avec son ex-femme il y a dix ans. Il n’a pas révélé à sa mère que celle-ci avait demandé le divorce après avoir rencontré quelqu’un d’autre. « Je lui ai dit que l’on divorçait d’un commun accord. » Bien qu’il se soit remarié depuis, ses parents n’ont toujours pas accepté ce changement. « Cela fait dix ans que mon ex-épouse est invitée à tous les repas de famille organisés par mes parents. Dix ans qu’ils refusent de voir ma nouvelle épouse. »

Claire Petin conseille donc : « L’enjeu, en tant qu’enfant, est de reprendre sa place d’adulte. Il faut expliquer clairement ce qu’on ressent, poser des limites sur ce qui n’est plus acceptable et accepter de décevoir ses parents sans remettre en cause sa valeur. »

Pour Véronique, ce n’est qu’après le décès de son second mari dans un accident que ses parents ont enfin accepté de la revoir, huit ans après sa première séparation. « Il a fallu un drame pour qu’ils redeviennent des parents et des grands-parents, car ils n’ont connu leur petit-fils qu’à ce moment-là. »

Fabien, quant à lui, a pris la décision de couper les ponts avec ses parents il y a trois ans, lorsqu’il a épousé sa nouvelle femme. « J’ai essayé d’en discuter avec eux bien avant d’en arriver là mais ils ont toujours refusé. Ils estiment que mon ex-épouse est la seule légitime. » Le quadragénaire considère que ses parents l’ont contraint à choisir entre eux et son couple. « J’ai choisi d’être heureux », conclut-il simplement.