Réserver des routes rurales aux cyclistes et riverains en France ?
Le sujet des aménagements cyclables n’est clairement pas la priorité de cette campagne des élections municipales 2026. Selon le rapport de la fondation, une solution hybride mélangeant réaffectation et aménagements plus lourds ne coûterait « que » 18 milliards d’euros pour l’ensemble du pays, contre 108 milliards pour des pistes cyclables traditionnelles.
Les aménagements cyclables ne semblent pas être une priorité dans le cadre des élections municipales 2026. Il y a six ans, pendant que le monde luttait contre le Covid-19, les « coronapistes » avaient fleuri dans de nombreuses villes françaises. Un aspect positif de cette pandémie fut le nombre accru de personnes utilisant le vélo. Ce constat reste valable en milieu urbain, où les pistes cyclables sont souvent encombrées. En revanche, au-delà du périphérique, enfourcher un vélo devient vite compliqué. En 2025, la plupart des cyclistes décédés dans des accidents de la route circulaient dans des zones rurales. Que faire alors ?
Cette semaine, la Fondation pour la nature et l’homme a publié un rapport intitulé « Comment mieux partager la route pour développer le vélo en territoire peu dense », qui propose quelques solutions. Cette question intéresse sûrement de nombreux maires et adjoints. Dans ce document d’environ cinquante pages, élaboré avec le bureau d’études Vizéa, certaines réponses sont apportées. Une idée clé se dégage : pour sécuriser les trajets à vélo, il serait nécessaire d’effectuer une large « réaffectation » des routes. En résumé, certains axes devraient être réservés uniquement aux cyclistes, tout en assurant un accès facile pour les riverains, commerçants, services d’urgence et agriculteurs.
Ces axes « VIP » seraient établis principalement sur des voies secondaires dont la vitesse maximale est de 60 km/h, permettant ainsi une coexistence pacifique entre voitures et vélos. « Nous faisons face à une crise silencieuse de la mobilité. Dans certains territoires, il n’existe pas d’alternative à la voiture. Les déplacements deviennent de plus en plus difficiles pour certaines personnes. Le vélo peut apporter une solution », déclare Thomas Uthayakumar, directeur des programmes de la fondation fondée par Nicolas Hulot en 1990.
Le problème, « ce n’est pas la distance »
La difficulté réside dans le fait qu’en milieu rural, le vélo est surtout perçu comme une activité de loisir plutôt que comme un moyen de transport. Est-ce à cause des distances ? « Le problème, ce n’est pas la distance, c’est l’insécurité et le manque de continuité dans les aménagements », affirme Thomas Uthayakumar.

Créer des pistes cyclables partout n’est pas une solution viable. Cela ne pourrait pas être soutenable financièrement et contribuerait à une bétonisation que même les partisans du vélo ne cautionneraient pas. L’idée est plutôt de « réaffecter » certaines routes moins fréquentées pour y flécher des itinéraires cyclables. « La vitesse sur ces routes est suffisamment faible pour ne pas nécessiter d’aménagements coûteux. Une bonne signalisation et un partage de la route suffisent. La mise en œuvre est relativement simple », assure Juliette Castel.
De bons exemples en Corrèze et dans la Manche
La chargée de mission à la Fondation pour la nature et l’homme évoque les initiatives du conseil départemental de la Manche et les « voies vertes pâles de Corrèze ». Dans ces départements, des itinéraires cyclables ont été mis en place sur des routes existantes à faible trafic. « Tous les modes de déplacement y sont autorisés et une signalétique a été mise en place pour encourager les mobilités douces », précise le conseil départemental de Corrèze, qui aspired à « relier les principaux points d’intérêt du département ».
Notre dossier sur le vélo
Selon le bureau d’études Vizéa, le potentiel est immense. D’après les cartes IGN, les ingénieurs ont évalué que 68 % des routes françaises pourraient être adaptées à ce principe de « réaffectation ». « L’objectif n’est pas de tout modifier partout. On estime qu’en utilisant 3,5 % de ce réseau routier, on pourrait relier les principales polarités », assure Thomas Uthayakumar.
Cependant, cette solution n’évitera pas des aménagements lourds. Chaque sortie de ces routes secondaires nécessitera des mesures de sécurisation pour les grands carrefours, les ronds-points dangereux ou les traversées de voies à grande vitesse. Néanmoins, le rapport de la fondation indique qu’une approche hybride, combinant réaffectation et aménagements plus costauds, coûterait « seulement » 18 milliards d’euros pour l’ensemble du territoire, contre 108 milliards pour des pistes cyclables conventionnelles. « Ce n’est pas juste un rêve. C’est un véritable moyen de lutter contre la précarité des mobilités », affirme le directeur de la Fondation pour la nature et l’homme. Reste à savoir si sa voix sera entendue au milieu d’un bruit politique qui aborde de nombreux sujets… sauf le vélo.

