Maroc

Finir en toute beauté contre le Sénégal.

Le Maroc a encaissé un seul but sur penalty en six rencontres lors de cette CAN. Le Sénégal n’a pas affiché de tir cadré avant la 95e minute lors de sa demi-finale contre l’Égypte.


Il existe des finales qui se présentent comme de simples matchs et d’autres qui s’apparentent à des instants historiques. Le match entre le Maroc et le Sénégal appartient à cette seconde catégorie. Il va bien au-delà du cadre sportif et évoque cinquante ans d’attente pour le Maroc, deux visions du football africain, des approches différentes de la victoire et des perceptions variées de l’émotion.

Depuis le premier coup de sifflet de cette CAN, le Maroc avance sans bruit inutile ni éclat superflu. Match après match, l’équipe dirigée par Walid Regragui a bâti une forteresse. Elle n’a concédé que cinq tirs cadrés en six rencontres, avec quelques frappes lointaines, presque insignifiantes, et un seul but encaissé sur penalty. Ces chiffres ne visent pas à impressionner, mais à illustrer une équipe qui contrôle son tempo et impose son rythme.

La demi-finale contre le Nigeria en a été l’illustration la plus frappante. C’était un match fermé, tendu, parfois âpre, mais jamais subi. Les Lions de l’Atlas ont fait le jeu, dicté le rythme et pratiqué le pressing sans jamais se déséquilibrer. Lors de la séance de tirs au but, qui fait souvent peur, la sélection marocaine a montré qu’elle est une équipe bien préparée, tant mentalement que techniquement.

Cependant, réduire cette équipe à sa solidité défensive serait une erreur. Regragui n’est pas un gestionnaire frileux, mais un bâtisseur pragmatique. Derrière la rigueur se cachent des circuits offensifs clairs, des projections maîtrisées et des joueurs aux profils complémentaires. Hakimi et Mazraoui parcourent les couloirs sans perdre leur lucidité. Abdé impose son rythme par sa répétition et son dévouement. Brahim Diaz, quant à lui, apporte justesse et capacité à relaxer un match tendu. El Aynaoui, pour sa part, se charge de stabiliser l’axe.

La prolongation contre le Nigeria aurait pu épuiser les corps et les esprits, mais elle a au contraire révélé la robustesse du groupe. Les entrants ont su apporter ce qu’ils devaient. Pas de panique, pas de précipitation, seulement de la continuité.

Au moment où le Maroc obtenait son billet pour la finale, une question a émergé dans l’engouement général. Une question familière à tout observateur aguerri : attention à l’énergie dépensée trop tôt. Les célébrations ont été sincères, populaires et chargées d’émotion, car ce pays attend ce moment depuis 22 ans. Cependant, l’histoire du football est cruelle pour ceux qui vivent déjà la finale avant de l’affronter.

En face, le Sénégal présente un visage radicalement différent. Moins de débordement, moins de démonstration, plus de froideur et de maîtrise émotionnelle. La demi-finale contre l’Egypte fut tout sauf spectaculaire, mais révélatrice. Le Sénégal n’a jamais paniqué face à une équipe venue uniquement pour défendre. Il a géré le rythme, accepté la frustration et imposé sa patience. Le premier tir cadré de l’équipe égyptienne est arrivé à la 95e minute, ce qui en dit long.

Cette sélection sénégalaise ne cherche plus à convaincre ; elle sait quel est son potentiel et est programmée pour gagner, programmée pour durer. Depuis dix ans, aucune équipe africaine n’a montré une telle régularité au plus haut niveau. Tournoi après tournoi, le Sénégal est présent. Lorsqu’il gagne, il reste calme ; lorsqu’il perd, il apprend.

Sadio Mané illustre parfaitement cet état d’esprit. Son attitude au coup de sifflet final du match contre l’Egypte, impassible et austère, appelant ses coéquipiers à garder leur calme et à rentrer au vestiaire, en dit long. L’émotion viendra peut-être plus tard, ou pas.

Cependant, des absences significatives seront à déplorer. Kalidou Koulibaly est blessé et suspendu, tout comme Habib Diarra. Ces deux piliers représentent des repères. Mais la gestion de Pape Thiaw en demi-finale a montré que rien n’est laissé au hasard. Les remplaçants ont été intégrés intelligemment, les minutes de jeu ont été orchestrées en pensant déjà à la finale. Le Sénégal ne fait pas d’improvisations.

Alors, que raconte vraiment cette finale ?

Elle évoque un Maroc soutenu par son peuple, par une immense ferveur, par une pression historique. Une équipe capable de gagner sans encaisser, qui peut faire mal sans se découvrir et qui sait souffrir sans céder à la panique. Elle évoque aussi Walid Regragui, ancien finaliste malheureux comme joueur, désormais aux portes de l’immortalité sportive dans son pays. Une victoire, et son nom passerait à une autre dimension.

Elle parle également d’un Sénégal en quête d’une deuxième étoile, sans tapage, sans slogans, avec l’assurance tranquille de ceux qui connaissent leur valeur et portent leur destin avec sérénité. Une équipe qui ne se nourrit pas de l’événement, mais qui l’absorbe.

Cette match ne sera peut-être pas flamboyant. L’histoire récente de la CAN nous a enseigné cela. Ce sera probablement un match long, tendu, verrouillé. Un match de détails, de nerfs, de patience. Un moment où une course d’Hakimi, une frappe de Brahim, une erreur minime ou un penalty pourraient faire la différence.

Dimanche soir, il n’y aura pas seulement un trophée à lever. Il y aura une réponse, après cinquante ans d’attente pour le Maroc et dix ans de domination pour le Sénégal. Une réponse à la question que tous se pose dans le football africain : qui, aujourd’hui, maîtrise vraiment son destin ?

**Mehdi Ouassat**