Injections de botox : les jeunes préfèrent les smartphones aux miroirs.
Kelly a choisi d’avoir recours à des injections à l’acide hyaluronique dans ses lèvres chez un médecin esthétique, et pour ces injections, elle dépense un peu plus de 1000 euros par an. Selon une étude française, depuis 2019, les 18-34 ans consomment plus d’actes esthétiques que les personnes de plus de 50 ans.
Dans son canapé, caressant son chien d’une main et tenant son smartphone de l’autre, Kelly regarde d’anciennes photos d’elle. « Elle date d’il y a 5 ans, » sourit-elle, « Ça me fait assez bizarre, c’est un changement total. Je préfère ma tête de maintenant. »
Cette trentenaire a fait le choix d’avoir recours à des injections d’acide hyaluronique pour ses lèvres chez un médecin esthétique, et elle est ravie du résultat. « Depuis toute petite, j’ai toujours aimé ça. Quand je regarde les réseaux sociaux, la télé-réalité, j’ai toujours aimé les jolies filles avec de belles lèvres. Je me trouve beaucoup plus jolie avec ces injections, ça change la personne. Quand on se regarde dans la glace, on se dit que c’est beau. Mais maintenant, il faut faire attention parce qu’on peut tomber dedans. »
Les chiffres montrent que l’intérêt pour ces injections émerge de plus en plus tôt. Selon une étude française, depuis 2019, les 18-34 ans recourent à des actes esthétiques plus souvent que les personnes de plus de 50 ans. « La première fois que je l’ai fait, j’ai attendu six mois, » poursuit Kelly, « Mais à force, je m’habitue à ma bouche. On s’habitue toujours à tout. Donc maintenant, je refais mes lèvres tous les trois mois. »
Pour ses injections, Kelly dépense un peu plus de 1000 euros par an. Actuellement, elle économise car elle ne compte pas s’arrêter là. « J’aimerais bien faire du botox pour les cernes. J’aimerais aussi refaire mes seins, pas totalement, mais pour les remettre fermes. On dit souvent que ce n’est pas naturel, mais moi je trouve ça beau. C’est comme une petite poupée, quoi. »
Les dangers des filtres « beauté »
L’image d’un visage de poupée, souvent inspirée par des célébrités sur les tapis rouges ou des influenceurs, est également façonnée par certains filtres « beauté » sur les réseaux sociaux. On ne parle pas de filtres humoristiques, mais de « seconde peau » qui visent à embellir. C’est le cas du filtre « Bold Glamour » disponible sur TikTok.
Avec un seul clic, ce filtre permet d’obtenir un visage lissé, sans défauts, des pommettes saillantes, et l’effet est presque imperceptible. Cela inquiète les professionnels. « Quand ce filtre est apparu, ça a créé un mouvement de panique parce que ce sont des beautés hyperattirantes, » souligne Caline Majdalani, psychologue clinicienne, que nous rencontrons dans son cabinet à Paris.
« Il y a un côté presque magique. On a envie de lui ressembler. Si on prend beaucoup de photos avec ce filtre et qu’on se reconnaît davantage dans ce filtre que dans notre propre image, on est vraiment exposé à de graves problèmes psychologiques. Ça peut plonger beaucoup de personnes dans le désespoir, » ajoute-t-elle.
Quand les smartphones ont remplacé les miroirs
Dans son cabinet, Caline Majdalani reçoit de nombreux patients en perte de repères, en raison de l’impact de l’utilisation de leur smartphone sur l’image qu’ils perçoivent d’eux-mêmes. « L’apparence physique est devenue notre langage, notre faire-valoir identitaire, notre représentation de nous face au monde. Une image qui arrive à se confondre avec la réalité, » alerte la psychologue.
« Le reflet dans le miroir n’est pas du tout celui dans le smartphone, ce sont des images différentes. Un problème que nous avons aujourd’hui, c’est que les jeunes ont troqué les miroirs contre les smartphones. Ils ne se regardent quasiment plus dans la glace, ils n’ont donc même plus l’habitude de se voir tels qu’ils sont réellement. »
Les jeunes sont persuadés de souffrir à cause d’un nez ayant une forme légèrement différente, mais derrière ce trope se cachent de véritables problèmes psychologiques.
Les filtres beauté et les reflets biaisés du smartphone poussent de nombreux jeunes adultes vers des cabinets de médecine esthétique, parfois pour des raisons peu saines. « Ce qui se passe d’un point de vue psychologique peut avoir un retentissement esthétique, » souligne la psychologue parisienne. « Les jeunes croient souffrir à cause d’un nez qui a une forme légèrement différente, de lèvres pas assez pulpeuses, mais cela cache de véritables problèmes psychologiques, ce qui est très dangereux. Il est risqué d’intervenir, car même une injection de botox, que l’on pourrait percevoir comme anodine, peut conduire quelqu’un à un acte suicidaire. Aucune blessure ne peut être réparée par une intervention esthétique, même si le médecin est compétent. »
Injections : la beauté à tout prix, une enquête de Marie Bourguignon et Charlotte Collin, disponible sur Auvio.

