Tunisie

Entreprises publiques : un gouffre financier qui ne peut plus durer

La dégradation de la situation de plusieurs entreprises publiques s’est accentuée de manière exponentielle au cours des dernières années, avec des pertes estimées à environ 1.070 millions de dinars dans onze établissements publics. Le Président de la République, Kaïs Saïed, a appelé à la révision de plusieurs textes législatifs et à l’élimination des causes ayant conduit à cette situation intenable.

La Presse La détérioration de la situation de nombreuses entreprises publiques s’est intensifiée de manière exponentielle durant les dernières années. Leur défaillance est devenue un sujet central d’intérêt, suscitant l’inquiétude de l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux.

Cette défaillance est le résultat d’une combinaison de facteurs variés et interconnectés, parmi lesquels se trouvent une gestion inefficace des ressources, une planification financière inappropriée, une faible capacité d’innovation, une exposition prolongée à l’instabilité économique, une concurrence de plus en plus féroce, un manque de flexibilité organisationnelle, ainsi que des déficits persistants en matière de gouvernance et de management…

La mise en œuvre des plans de sauvetage, de restructuration ou de redressement destinés à certaines entreprises et établissements publics s’est révélée être une tâche particulièrement complexe, dont les résultats restent, à ce jour, en deçà des objectifs fixés au départ.

Dans son dernier rapport de l’année dernière, la Cour des Comptes a consacré un chapitre approfondi à la situation alarmante des entreprises et établissements publics. Les travaux de contrôle menés par la Cour ont mis en lumière de nombreuses irrégularités.

En effet, rien que pour onze établissements publics, les pertes ont été estimées à environ 1.070 millions de dinars. Parmi ces entreprises se trouve «Tunisair», dont les pertes dépassent 316 millions de dinars, ainsi que l’Office de la marine marchande et des ports (Ommp), avec des pertes s’élevant à près de 291 millions de dinars. «Ces dépassements, qualifiés de véritables crimes, s’expliquent notamment par le versement de salaires, primes et indemnités sans base légale, ainsi que par la faiblesse des mécanismes de contrôle et de suivi».

Lors d’une récente rencontre avec Fadhila Gargouri, vice-présidente de la Cour des Comptes, le Président de la République, Kaïs Saïed, a appelé à la révision de plusieurs textes législatifs et à l’élimination des causes ayant conduit à cette situation intenable, rappelant que le peuple tunisien a le droit d’exiger la reddition des comptes et la poursuite des responsables, car il s’agit de fonds publics détournés et de droits spoliés.

Par ailleurs, d’autres entreprises et établissements publics continuent de dépendre fortement des transferts de l’État pour assurer leur fonctionnement, ce qui exerce une pression croissante sur les finances publiques. Les subventions qui leur sont allouées, souvent sans mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux, constituent une charge budgétaire de plus en plus lourde.

Cette dépendance s’explique notamment par des dysfonctionnements récurrents en matière de gouvernance, une rentabilité insuffisante, et la lenteur observable dans la mise en œuvre des réformes structurelles. Par le biais d’un renforcement de la gouvernance, d’une réduction progressive des déficits et d’une amélioration des performances opérationnelles, ces entreprises pourraient adopter un rôle plus dynamique, devenant de véritables leviers de développement économique, plutôt que de continuer à peser sur les ressources de l’État.

L’important déficit financier de ces entreprises, supporté par le Trésor public, rend nécessaire d’envisager des solutions adéquates. Redonner un nouvel élan à ces entreprises financièrement déstructurées est essentiel pour qu’elles retrouvent compétitivité et performance.

Selon les experts économiques, l’État doit améliorer la qualité des services publics par la révision des textes législatifs en vigueur et une évolution du modèle de gouvernance des entreprises et établissements publics. «Il est impératif de reconsidérer en particulier la loi relative aux marchés publics, considérée comme l’un des maillons faibles de la gestion des entreprises et établissements publics», soulignent-ils.

Il est également crucial de recentrer les actions de sauvegarde et de pérennisation des entreprises publiques sur des démarches de restructuration en profondeur, qui représentent aujourd’hui l’une des principales solutions à la crise de gestion rencontrée par ces entités.