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Alexandre Jardin : discussion sur la naissance de l’amour et son écriture

Alexandre Jardin est un écrivain qui depuis plus de trente ans évoque l’amour, la famille et l’idéalisme obstiné. Son roman « La femme qui inventa l’amour » explore la notion d’amour à travers le personnage de la princesse Xi de Chine, dans un contexte où l’émotion est interdite.


Il existe chez Alexandre Jardin une façon de s’exprimer sur l’amour, la famille, les blessures intimes et l’idéalisme sans jamais baisser le ton ni s’excuser d’y croire. Depuis plus de trente ans, cet auteur déroule une trajectoire singulière qui mêle confession, roman populaire et engagement personnel.

L’écrivain a été révélé au début des années 1990 avec Fanfan, un immense succès adapté au cinéma, qui lui fait encore aujourd’hui sourire à la simple vue de quelques images diffusées sur le plateau. Alexandre Jardin s’affirme rapidement comme un écrivain de l’amour. Il l’affirme lui-même : « L’amour est la plus grande affaire de ma vie. »

### L’amour comme invention

Une fois de plus, un roman d’Alexandre Jardin traite de l’amour, mais cette fois-ci, il met de côté les relations pour explorer leur origine avec « La femme qui inventa l’amour ». À travers le portrait d’une femme libre, la princesse Xi de Chine, audacieuse et profondément vivante, le romancier examine l’amour comme une invention, un acte de courage face aux conventions et à la peur.

« C’est une invention culturelle qui ne marche en Europe que depuis le 12e ou 13e siècle. Avant ça, on n’écrit pas de romans d’amour, on n’écrit pas de poèmes sur l’amour. […] Mais il y a eu une première tentative en Chine, il y a trois mille ans. C’est pour ça que mon roman se passe là-bas, dans l’actuel Tibet. […] La princesse Xi, qui est l’héroïne de ce roman, vit dans ce monde d’avant l’amour, dans un endroit sublime autour du lac de Namtso, situé à 25 mille mètres d’altitude en plein cœur de l’Himalaya. Et dans ce monde où la vie manque de vie… Où les êtres humains ne sont pas encore réveillés, elle va découvrir à l’intérieur d’elle-même ce qu’elle va écrire. C’est la première fois dans l’humanité que quelqu’un écrira le mot amour, » explique-t-il.

« Dans un royaume où l’émotion est interdite, la princesse Xi se meurt dans un monde sans poésie, » écrit-il en préambule de son livre. En décrivant l’une des figures majeures de la Chine antique, Alexandre Jardin nous renvoie à nous-mêmes.

« Ce qu’elle (Xi) découvre est encore plus puissant que le coup de foudre. Elle découvre que lorsqu’on bascule dans ce qu’on appelle l’amour, on devient un changement, ou du moins une puissance de changement qui peut réveiller le monde. »

### L’amour déplace des montagnes

Dans son livre, l’amour, qui fait parfois mal tout en guérissant, est avant tout perçu comme une dynamique de changement pour le romancier. Car l’amour que la princesse Xi découvre va non seulement la transformer, mais également transformer toute la société : « Elle découvre l’accès à notre pleine puissance. Et ça va provoquer dans la Chine de l’époque un changement sismique. Il va y avoir une épidémie d’amour avec la naissance de cet idéogramme qui va être reproduit dans les théâtres d’ombres, sur les cerfs-volants,… Et ça change complètement radicalement la Chine. Quand on parle d’amour, on parle en ‘je’. On dit ‘je t’aime’, on accède à notre nous intérieur le plus profond. »

Il ajoute : « Il (l’amour) fait passer la Chine d’une société de la peur et du pouvoir à une société de liberté d’être soi. Et c’est pour ça qu’elle déclenche une guerre. Dans la Chine antique, quand l’empereur de Chine comprend ce qu’il se passe, il le voit comme une catastrophe. Parce qu’à partir du moment où les gens vont dire ‘je t’aime’, leur moi existe. Donc la soumission au ‘nous’ ne fonctionne plus. Il va alors la capturer, la fait venir dans la cité interdite et l’interroge car il veut savoir qui est cette femme qui a inventé l’amour. »

Avant de conclure cet entretien et les habituelles recommandations culturelles de François, le romancier partage encore ses réflexions sur l’amour, cette fois-ci à travers le prisme familial, en faisant l’éloge de la série québécoise « À propos d’Antoine », où la fragilité des personnages se mêle à la douceur familiale que son créateur vise à communiquer.

« Cette histoire raconte aussi une histoire d’amour, » conclut-il avec un sourire.

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