Nick dans Zootopie et les princes Disney : un « crush » sur un personnage fictif est-il normal ?
Candice a déclaré qu’elle « rêve de trouver un compagnon qui ressemblerait au renard : courageux, un peu bad boy, beau gosse et qui montre son attachement aux gens qu’il aime. » En janvier 2025, la mention « book boyfriend » dans les biographies des profils Tinder féminins a augmenté de 77%.

Enfant, nous avons tous eu un coup de cœur pour un personnage de dessin animé autorisé à regarder. Cette tendance mignonne se prolonge parfois à l’âge adulte. « Avoir un crush sur Nick de Zootopie n’a jamais été une phase d’enfance, cela continue », déclare Candice à propos de son lien avec le renard du film Disney. Lise ajoute : « À 18 ans, je n’ai eu des crushs que sur des personnages fictifs. » Ce phénomène, qui peut sembler surprenant, est très répandu, notamment grâce aux séries, aux jeux vidéo, à la pop culture et à TikTok…
Soyons honnêtes un instant : qui n’a jamais passé des heures à visionner des vidéos quelque peu sensuelles de Conrad Fisher, à fantasmer sur le lézard de Monstres et Cie ou à relire pour la 17e fois une scène romantique d’un personnage ? L’homme (ou la femme) parfait n’existe pas, mais les œuvres culturelles permettent de se construire un idéal amoureux et physique.
Nick Wilde, homme de l’année 2026 ?
Dès les années 1990 et 2000, des générations d’enfants et d’adolescents ont eu un faible pour Harry Potter, Aladdin et même le Génie d’Aladdin. Avec Zootopie (2016) et sa suite sortie en 2025, Nick Wilde, ce renard sarcastique, rusé et attachant, a ravivé l’idée d’avoir des crushs fictifs. Sur TikTok, Reddit ou Instagram, les confessions affluent : « Son sourire en coin, je fonds à chaque fois », « Pourquoi Disney crée-t-il des personnages séduisants comme Nick ? ». Candice, qui avait 12 ans lors de la sortie du premier volet de Zootopie, rêve presque dix ans plus tard de « trouver un compagnon qui ressemblerait au renard : courageux, un peu bad boy, beau gosse et qui montre son attachement aux gens qu’il aime. »
Ces souhaits, bien que « bizarres » en parlant d’un animal, même lorsqu’il est représenté avec des traits humains, ne posent pas de problème, selon Diane Deswarte, sexologue et créatrice du Club Kamami. Elle précise :
« Le fait d’avoir des crushs sur des personnages fictifs, que ce soit dans des dessins animés, des films, des livres… Ce n’est pas un problème tant que cela ne nuit à personne. Mais si ces pensées deviennent envahissantes et se transforment en obsession, alors cela peut devenir plus problématique. »
Fantasme pour toucher la personne parfaite
Cette génération serait-elle à la recherche d’un idéal que l’on ne trouve que dans la pop culture ? Prenons, par exemple, la tendance des lecteurs et des lectrices souhaitant avoir un book boyfriend – un homme ressemblant aux héros de la new romance. Ce phénomène est illustré par une augmentation de 58 % de la mention book boyfriend dans les biographies des profils Tinder féminins au cours de l’année 2024, puis de 77 % rien qu’en janvier 2025.
« Dans la fantasmatique, il y a aussi la notion d’interdit, parfois de violence et d’opposition. Certaines personnes peuvent rêver de quelqu’un qui est absolument parfait, qui représente leur amoureux ou amoureuse idéale, mais cela peut aussi être le fantasme d’une relation très interdite ou inatteignable. »
Notre rubrique Pop Culture
Cependant, souvent la fiction dépasse la réalité. Au Japon, de nombreuses personnes s’éprennent de leurs personnages de fiction préférés, un phénomène désigné par le terme de fictosexualité. Selon Veli-Matti Karhulahti et Tanja Välisalo, co-autrices d’un article publié dans la revue Frontiers in Psychology, ce terme désigne « un fort et durable sentiment d’amour, d’engouement ou de désir pour un personnage fictif ». Cela implique que des individus réels s’attachent durablement, s’imaginant des relations profondes et amoureuses avec des personnages fictifs. Toutefois, il serait simpliste de considérer que tous ceux ayant fantasmé sur un personnage non existant souffrent de fictosexualité ; dans la majorité des cas, ces fantasmes peuvent même s’avérer bénéfiques en explorant ses propres désirs.

