Après le Dry January, le Mind January : contrôler son cerveau
En janvier, une étude du MIT Media Lab évoque une possible « dette cognitive » liée à l’usage intensif des grands modèles de langage dans des tâches d’écriture. Selon le Digital Report France 2026 de We Are Social et Meltwater, un Français sur quatre utilise ChatGPT chaque mois.
En janvier, beaucoup d’entre nous prennent des résolutions pour arrêter de boire de l’alcool, améliorer leur sommeil ou reprendre le sport. Nous évoquons alors la discipline corporelle, espérant tenir ces engagements le plus longtemps possible. Cependant, nous oublions souvent que notre cerveau travaille sans relâche.
Alors que ChatGPT s’affirme comme un assistant personnel offrant des réponses claires en quelques secondes, quel est l’impact sur notre pensée ? À mesure que l’intelligence artificielle conversationnelle s’intègre dans notre quotidien, une inquiétude se fait jour : que se passe-t-il lorsque nous déléguons nos efforts intellectuels ?
« En utilisant ces outils, nous diminuons progressivement les capacités de notre cerveau », met en garde Emmanuel Bigand, neuroscientifique et président de la fondation « Musique, Cerveau, Société ». « L’intelligence artificielle est le reflet de nos propres capacités cognitives. Si nous cessons de progresser, elle finira par s’épuiser elle aussi. » Dans ce contexte, l’enjeu de ce début d’année pourrait ne pas être une nouvelle résolution, mais plutôt une nécessité de retrouver le plaisir d’apprendre.
### ChatGPT, un confort cognitif… pas sans conséquence
Dans la sphère personnelle ou familiale, ChatGPT est devenu un outil polyvalent. D’après le Digital Report France 2026 réalisé par We Are Social et Meltwater, un Français sur quatre utilise cet outil chaque mois, et il figure parmi les sites les plus visités en France, dominant les discussions sur l’IA.
Cependant, derrière ce succès, des signaux d’alarme apparaissent. Une étude récente du MIT Media Lab évoque une possible « dette cognitive » liée à l’utilisation intensive des modèles de langage pour des tâches d’écriture. Les chercheurs ont constaté que les participants bénéficiant de l’assistance de l’IA avaient une activité cérébrale plus faible que ceux travaillant sans aide, et qu’ils avaient moins de capacités à retenir leur propre production.
Emmanuel Bigand confirme ce constat : « Lorsque vous déléguez systématiquement l’effort intellectuel, vous perdez des connexions cérébrales. Le cerveau suit un principe simple : ce que vous n’utilisez pas, il le désorganise et finit par l’abandonner. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale. » En revanche, stimuler activement son cerveau renforce les connexions synaptiques, améliore la vitesse de traitement et accroît les ressources cognitives. « Le cerveau est un organe vivant. Il ne demande qu’une chose : être sollicité. »
### Le Mind January, sans injonction ni fausse promesse
Il convient de ne pas transformer le Mind January en une nouvelle résolution vouée à l’échec. Selon Emmanuel Bigand, le problème des résolutions ne réside pas tant dans leur contenu que dans leur logique. « Faire des choses « pour faire bien », sans motivation profonde, ne fonctionne pas. Le cerveau a besoin de sens. Si vous vous forcez à apprendre uniquement parce que c’est bon pour vous, vous abandonnerez après trois semaines. »
Il faut faire la distinction entre une résolution et un véritable désir. « Nourrir son cerveau plutôt que de le soulager. Le cerveau n’est pas un muscle que l’on peut entraîner mécaniquement. Il fonctionne grâce à l’émotion, la motivation et le désir. Sans cela, il n’apprend pas de manière durable. »
### Mais alors, comment s’y mettre ?
Pourquoi ne pas apprendre une nouvelle langue ? « L’apprentissage linguistique sollicite simultanément la mémoire, la concentration, les fonctions exécutives et la capacité de reconnaissance des schémas », explique Sophie Vignoles, linguiste et responsable de la production de contenu d’apprentissage chez Babbel. « Après une période de surstimulation durant les fêtes, beaucoup recherchent une activité plus structurée et concentrée. L’apprentissage d’une langue répond parfaitement à ce besoin de recentrage mental. »
Il est normal de penser que l’on n’a pas le temps. Pourtant, selon Sophie Vignoles, dix minutes par jour suffisent : « Ce qui compte, ce n’est pas la durée quotidienne, mais la régularité. Le cerveau a besoin de pauses pour consolider la mémoire. De courtes sessions quotidiennes sont beaucoup plus efficaces que de longues séances occasionnelles. »
Emmanuel Bigand partage ce point de vue. Apprendre doit être motivant, pas obligatoire : « Le cerveau n’apprend durablement que s’il y trouve du sens. Il ne s’agit pas de se forcer, mais de s’engager dans une activité qui correspond à un vrai désir, à un projet, à un plaisir. » Sophie Vignoles souligne que « l’intentionnalité est primordiale dans l’apprentissage d’une langue. Les gens apprennent souvent en lien avec un projet personnel : un voyage, une envie de communiquer, une culture qui les attire. Cette dimension émotionnelle est clé, car l’émotion et la mémoire sont étroitement liées. »
### Moins déléguer, mieux penser
« Comprendre une phrase, reconnaître un mot dans une chanson ou formuler une idée simple dans une autre langue : ce sont ces petites victoires qui alimentent la motivation et donnent envie de continuer », témoigne Sophie Vignoles. « Elles rendent l’apprentissage tangible et mesurable, renforçant la confiance en soi, étape après étape. »
Cependant, Emmanuel Bigand rappelle qu’en l’absence de motivation réelle, on reste dans le conditionnement plutôt que dans un apprentissage durable. L’enjeu ne réside pas dans l’élimination de ChatGPT, mais dans la nécessité de retrouver des moments pour soi et pour notre réflexion. « Le pire danger pour notre cerveau, c’est la rigidité cognitive », insiste-t-il. « Rester enfermé dans des routines ou laisser une prothèse penser à notre place », précise-t-il.
Le Mind January n’est donc ni une résolution, ni un défi à tenir pendant trente jours. C’est avant tout une invitation à redevenir acteur de sa pensée. Pas pour faire davantage, mais pour penser différemment.

