France

Un syndicat de médecins libéraux déclare : « Nous ne cessons pas la grève des urgences »

Philippe Cuq, président de l’organisation Le Bloc, a participé à la grève des médecins organisée du 5 au 15 janvier. Ce jeudi, Stéphanie Rist a annoncé que plusieurs mesures contestées seront finalement retirées, comme les objectifs obligatoires de réduction des prescriptions.


Il est rentré mercredi soir de son « exil symbolique » à Bruxelles, avant de s’entretenir avec la ministre de la Santé jeudi. Philippe Cuq, président de l’organisation Le Bloc et chirurgien vasculaire à Toulouse, a pris part à la grève des médecins qui s’est déroulée du 5 au 15 janvier. Les médecins exprimaient leur mécontentement face à certaines mesures du budget de la Sécurité sociale adopté en décembre et dénonçaient une « dérive autoritaire » du système de santé.

Pour éviter d’être réquisitionnés par les préfets en raison de l’obligation de permanence des soins, près de 1.500 médecins du bloc opératoire (chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et gynécologues obstétriciens) se sont rendus à Bruxelles de dimanche à mercredi. Ce jeudi, Stéphanie Rist a avancé plusieurs propositions pour relancer le dialogue avec les médecins libéraux, notamment l’abandon d’objectifs obligatoires de réduction des prescriptions. La question demeure : le combat est-il gagné ? Le docteur Philippe Cuq nous apporte des éléments de réponse.

Comment s’est déroulé votre « exil symbolique » à Bruxelles ?
Cet exil avait pour but de prouver que le secteur libéral est indispensable au système de soins, face à un hôpital surchargé. C’était aussi une occasion de nous rassembler, en dehors du bloc opératoire. Nous avons passé presque trois jours à travailler ensemble. L’objectif était d’élaborer des propositions pour répondre au rapport parlementaire demandé par le Premier ministre concernant le secteur 2 et les dépassements d’honoraires. Nous sommes en train de finaliser un document que nous remettrons au Premier ministre. Personnellement, je n’ai pas quitté les salles de réunion pendant trois jours, ce n’était pas du tourisme.

La ministre de la Santé a annoncé jeudi que plusieurs mesures contestées seront finalement retirées, comme les objectifs obligatoires de réduction des prescriptions ou la fixation unilatérale des tarifs médicaux en l’absence d’accord avec les syndicats représentatifs. Quelle est votre réaction face à ces annonces ?
Ces annonces sont des promesses faites oralement. Lorsque la ministre de la Santé déclare qu’ils vont retirer un amendement, nous voulons savoir : « Quand ? Comment ? Où ? ». Ce sont des déclarations d’intention, mais nous savons par expérience qu’il faut des engagements écrits, surtout en cas de changement de ministre. Lors de notre rencontre avec la ministre hier [jeudi soir], nous lui avons demandé un engagement écrit de la part du Premier ministre. Ce qui est certain, c’est que le discours a évolué par rapport au début.

Quel bilan tirez-vous de la rencontre avec la ministre de la Santé ?
La réunion de jeudi n’aurait pas dû avoir lieu. Rien ne s’est fait dans l’ordre approprié. Elle aurait dû se tenir après avoir obtenu des engagements écrits. Là, nous allons recevoir un document, nous l’analyserons, puis nous discuterons avec elle. Une fois ces documents en main, il y aura peut-être des avancées.

Au-delà de l’aspect oral, quels sont les obstacles qui persistent pour vous ?
Bien que le secteur 3 ne nous concerne pas directement, car nous n’exerçons pas dans ce secteur, cela reste un souci. Si un Français souhaite consulter un médecin en secteur 3, il devrait être remboursé par l’Assurance maladie, car il travaille et cotise pour cela. Cela nous semble illégal et injuste pour les Français. Plus généralement, nous dénonçons l’état d’esprit des pouvoirs publics. Ils cherchent à taxer les secteurs 1 et 2, supprimer le secteur 3, pénaliser les médecins qui délivrent un grand nombre d’arrêts maladie et contraindre les médecins à s’installer dans certaines zones. C’est une loi de contrainte.

Quel bilan faites-vous de ces dix jours de grève ?
Nous avons réussi à mobiliser les médecins libéraux qui travaillent 60 heures par semaine et qui ne se mettent habituellement jamais en grève. C’est un succès sur le plan de la mobilisation. Cependant, nous ne faisons pas de bilan car nous poursuivons la mobilisation. Nous sommes encore en pleine discussion et tant que nous n’avons pas d’annonces précises qui conviennent à la majorité d’entre nous, nous continuons la grève des urgences. Nous appelons à un mouvement d’arrêt illimité de la PDSES [permanence de soins en établissement de santé]. Nous ne faisons plus les gardes et astreintes pour les urgences. La bataille n’est pas terminée.