Belgique

Du plomb ou de l’arsenic dans la vaisselle ancienne ? Ne jetez pas !

Francine utilise un service de vaisselle blanche avec un liseré floral, qu’elle ne sort que pour les grandes occasions et qui appartenait à la mère de son mari. Joëlle Swanet, professeure de Chimie des émaux à La Cambre, souligne que le risque de migration de métaux lourds dans les aliments existe également pour la vaisselle moderne si elle est mal fabriquée.


Cette vaisselle blanche ornée d’un joli liseré floral est très chère au cœur de Francine. Elle ne sort ce service que lors des grandes occasions. « Cette vaisselle-là appartenait à la maman de mon mari. Elle l’a rachetée juste après la guerre à une personne âgée qui ne recevait plus« , raconte-t-elle. « Il y a 69 ans que je suis mariée, donc j’ai déjà pu user pas mal de choses! »

Autrefois considérée comme désuète, la vaisselle ancienne connaît un regain d’intérêt. Dans la boutique de seconde main City Chic à Liège, les pièces se vendent rapidement. « Il y a des clients privés qui recherchent de la vaisselle pour leur usage quotidien, des professionnels pour un restaurant ou des événements, et puis aussi des collectionneurs ou des brocanteurs qui viennent pour compléter leur collection ou pour revendre« , explique Christine Kupper, la responsable. « C’est quand même très recherché à l’heure actuelle« , constate-t-elle.

Risques pour la santé

Si cette belle vaisselle redevient à la mode, il convient de se méfier des risques pour la santé. Car les émaux utilisés contiennent parfois des métaux lourds, comme le plomb ou l’arsenic par exemple. Dans certaines circonstances, ces éléments peuvent migrer dans les aliments, et donc se retrouver dans notre corps.

« Le problème avec la vaisselle ancienne, c’est qu’elle a été créée à une époque où l’on ne s’occupait pas de la santé, et où le lave-vaisselle n’existait pas non plus« , rappelle Joëlle Swanet, professeure de Chimie des émaux à La Cambre et membre de l’Académie Internationale de Céramique. En effet, nos lave-vaisselle modernes abîment l’émail des plats et des assiettes, ce qui accroît les risques d’intoxication.

Pas de panique

Faut-il pour autant se débarrasser de la vaisselle de nos grands-parents? Pas si vite : toutes les pièces anciennes ne posent pas nécessairement problème. Alors, comment s’en assurer? « Il faut faire une analyse de laboratoire, mais elle a un coût« , admet Joëlle. « Et donc si on n’a pas envie d’investir, ma suggestion est d’alterner ce que l’on va utiliser au quotidien. » En effet, le risque provient d’une exposition quotidienne, répétée et prolongée dans le temps.

En d’autres termes, il n’y a pas lieu de s’inquiéter : « Si on utilisait un bol ou une assiette une fois et qu’on mourait tout de suite, ça se saurait!« , ironise la céramiste.

La vaisselle moderne aussi concernée

Joëlle Swanet ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les médias et les réseaux sociaux pointent spécifiquement la vaisselle ancienne, car le risque existe également pour la vaisselle moderne si elle est mal fabriquée. Peu importe qu’elle soit industrielle ou artisanale.

« Il faut avoir une attention particulière pour tout ce qui touche notre nourriture« , estime Joëlle Swanet, en rappelant les alertes récentes concernant le bisphénol, l’aluminium ou les PFAS. Cependant, pour la céramique, les réglementations varient considérablement d’un pays à l’autre. Des recommandations de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) existent, mais elles ne sont pas contraignantes. C’est pourquoi la Belgique ne fixe des seuils que pour le plomb et le cadmium par exemple.

Joëlle Swanet encourage donc les céramistes à se former, car « il n’y a pas d’autre moyen de connaître la chimie des émaux« . Cela garantit également leur propre sécurité, puisqu’ils sont amenés à manipuler ces produits à l’état brut. « Formez-vous, parce qu’il ne faut pas qu’apprenti potier rime avec apprenti sorcier« , conclut-elle.