France

Ecole : Un député propose des normes nationales de température.

Neuf degrés au lycée Jean-Monnet de Montpellier et 13 °C au collège Edouard-Vaillant à Bordeaux ont été relevés lors du retour des vacances scolaires en janvier. D’après l’Alliance écologique et sociale, 20 à 30 % des bâtiments scolaires sont « vétustes » et « inadaptés » aux événements climatiques extrêmes.


Neuf degrés au lycée Jean-Monnet de Montpellier, 13 °C au collège Edouard-Vaillant à Bordeaux, entre 7 et 10 °C dans des écoles autour de Nantes… Au début janvier, après les vacances scolaires, de nombreux élèves ont fait face à une désagréable surprise à leur retour en cours. Certaines salles de classe étaient glaciales et plusieurs établissements scolaires ont dû fermer dans le Loiret, le Gard, les Vosges, en Seine-Saint-Denis ou encore en Saône-et-Loire… Cette liste est non exhaustive. Alors que certains élèves ont dû se geler les mains avec 13 °C en classe, d’autres étaient priés de rentrer chez eux ou étaient dirigés vers un dispositif d’accueil chauffé.

Pour éviter cette inégalité et cette forme d’injustice, un député a écrit le 7 janvier au ministre de l’Éducation nationale, tout en adressant par ailleurs une question écrite au gouvernement : « Aujourd’hui, la décision de suspendre les cours en cas de températures extrêmes relève du seul pouvoir d’appréciation des chefs d’établissement. Cette gestion au cas par cas risque de créer des inégalités entre territoires et ne répond pas à l’urgence climatique », alerte le député Les Écologistes Emmanuel Duplessy, dans un texte publié mardi sur le site de l’Assemblée nationale.

Seuils de température

Pour remédier à cette situation, il propose de s’appuyer sur l’idée de son collègue Arnaud Bonnet, élu de Seine-et-Marne, qui prône l’instauration de normes de températures dans les établissements scolaires et universitaires. Déposée en juillet, sa proposition de loi rappelle qu’« aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe des normes de températures afin d’assurer des enseignements dans de bonnes conditions. » Bien que le Code de l’énergie recommande une température moyenne de 19 degrés, « aucune disposition n’interdit de mener des activités pédagogiques ou de travailler lorsque les températures constituent une menace pour la santé. »

Pour Arnaud Bonnet, il est donc essentiel d’inscrire dans la loi des seuils de températures minimaux et maximaux, au-dessus et en dessous desquels les élus auraient l’obligation de fermer les écoles… et de prévoir un accueil alternatif. « L’idée n’est pas que les enfants restent à la maison, où il peut aussi faire très très chaud ou très froid », explique l’élu, joint par *20 Minutes*.

Les enfants moins bien traités que les adultes

Pour déterminer le bon seuil, cet élu, qui est également enseignant, s’est basé sur l’Organisation mondiale de la santé, qui estime que les risques pour la santé sont « réels lorsque les températures dans les locaux sont inférieures à 14 °C ou supérieures à 30 °C. » Car quel employé, quel adulte accepterait de travailler en dessous ou au-dessus de ces limites ?

Pour Arnaud Bonnet, interdire que les enfants soient accueillis dans un froid glacial ou une chaleur extrême est aussi une marque de respect, équivalente à celle que l’on porte aux adultes, dans une société qui les relègue souvent au second plan. « C’est inacceptable qu’on puisse avoir des enfants assis dans les classes avec des températures aussi faibles, alors qu’au même moment et au même endroit, il y a du chauffage individuel aux étages de l’administration. Nous avons une certaine vision de l’enfance qui fait qu’on accepte pour les enfants des choses qu’on n’accepterait pas pour les adultes. Notre système éducatif est maltraitant », plaide le député. Le dispositif pourrait concerner des centaines de milliers d’élèves, estime-t-il.

5 milliards d’euros par an pendant dix ans

Les raisons pour lesquelles il fait froid dans de nombreux établissements en France sont multiples. Pour beaucoup, il s’agit simplement de pannes de chauffage. Pour d’autres, ce serait dû à des collectivités qui feraient des économies sur le dos des enfants, en rallumant le chauffage à la dernière minute dans des locaux gelés, selon Jérôme Sinot, de la CGT Educ’action.

Plus profondément, cela s’explique aussi par le fait que de nombreux bâtiments sont anciens et nécessitent une rénovation énergétique, qui tarde à arriver. Selon l’Alliance écologique et sociale, un collectif qui regroupe des ONG telles que Greenpeace, Oxfam, et les syndicats CGT Éducation et Snes-FSU, 20 à 30 % des bâtiments scolaires sont « vétustes » et « inadaptés » aux événements climatiques extrêmes, nécessitant un investissement de 5 milliards d’euros par an pendant dix ans. Plus de 2 200 établissements, principalement des écoles, ont par exemple été fermés début juillet, en raison d’une vague de chaleur, et selon Arnaud Bonnet, les remontées d’inconfort concernant le froid sont encore plus fréquentes en hiver, notamment parce que les vagues de froid durent généralement plus longtemps que les vagues de chaleur.

Le ministère juge la mesure « complexe »

Le député estime qu’il est nécessaire de réaliser chaque année un rapport sur l’adaptation des établissements aux changements climatiques.

Du côté du ministère, la proposition des normes de température ne suscite que peu d’enthousiasme. « La diversité des cas de figure sur tout le territoire rend complexe l’application d’une procédure générale », a répondu la rue de Grenelle à notre confrère de TF1, soulignant que « les situations de très grand froid comme de très grande chaleur doivent être traitées au plus près du terrain. » Les descriptions d’enfants portant des gants ou des manteaux en classe devraient donc encore perdurer pendant quelques années.