Comprendre le réseau 764 : ultraviolence en ligne à éviter pour nos jeunes.
Selon une enquête du quotidien Le Monde, le réseau 764 est apparu en 2021 et a été fondé par un adolescent texan, Bradley Cadenhead, alors âgé de 15 ans, qui a été condamné à 80 ans de prison aux États-Unis. Le département américain de la Justice décrit 764 comme un réseau d’ »extrémisme violent nihiliste », animé par une idéologie dite « accélérationniste ».
Une enquête menée par le quotidien Le Monde a révélé le fonctionnement et l’ampleur du réseau 764. Selon le journal, ce réseau a vu le jour en 2021, durant la pandémie de Covid-19, sur des plateformes telles que Discord et Telegram. Il a été fondé par un adolescent texan, Bradley Cadenhead, alors âgé de 15 ans. Arrêté depuis, il a été condamné à 80 ans de prison aux États-Unis.
Le département américain de la Justice qualifie 764 de réseau d’« extrémisme violent nihiliste », soutenu par une idéologie « accélérationniste ». L’objectif, selon Nel Broothaerts, CEO de Child Focus, est de provoquer ou d’accélérer l’effondrement de la société par la violence, conçue comme inévitable et souhaitable. Les références idéologiques sont variées : néonazisme, misogynie, satanisme et racisme, le tout au service d’un culte de l’ultraviolence.
**Des passages à l’acte bien réels**
Bien que le réseau 764 évolue en ligne, les faits qui lui sont associés sont tangibles. Le Monde rapporte que certains membres doivent prouver leur engagement en diffusant des vidéos d’actes violents : sévices infligés à des animaux, automutilations forcées de jeunes filles, et même homicides. Le 23 août dernier, un jeune Français de 21 ans a été arrêté en Normandie après que des enquêteurs ont découvert des vidéos pédopornographiques et des images montrant des adolescentes contraintes de s’infliger des sévices, un dossier mentionné par Le Monde.
Selon l’enquête, ce phénomène a déjà conduit à des actes meurtriers en Europe. En 2022, un adolescent allemand de 17 ans, vivant en Roumanie, a diffusé en direct le meurtre d’une femme et a depuis été condamné à 14 ans de prison. Des enquêtes ont également été ouvertes dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni, en Suède, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Grèce, pour des faits allant de la sextorsion de mineurs à la préparation d’attentats, comme l’ont confirmé des sources policières et judiciaires relayées par Le Monde et d’autres médias de service public européens.
**Un mode opératoire rodé, qui vise les mineurs**
Les autorités ont désormais une bonne connaissance du fonctionnement du réseau. Le dernier rapport annuel de la Sûreté de l’État décrit 764 comme « une communauté extrémiste transnationale, composée de centaines de groupes privés et publics interconnectés, principalement actifs sur Telegram et Discord ». Le recrutement commence souvent dans des espaces censés être inoffensifs : communautés de jeux en ligne, plateformes populaires comme Minecraft ou Roblox, ou faux groupes de soutien sur les réseaux sociaux. Les recruteurs ciblent délibérément des jeunes vulnérables, puis déplacent progressivement les échanges vers des discussions privées.
Les victimes sont poussées à envoyer des images, souvent sexuelles, utilisées ensuite comme levier de chantage. Certaines sont contraintes de s’automutiler ou de se graver le nom de leur agresseur sur la peau, des pratiques qualifiées de « cut-signs ». Dans une dynamique quasi sectaire, des victimes peuvent subir un retournement, participant à leur tour à la violence du groupe.
**Une violence gratuite, pensée pour humilier et briser**
Pour les associations de protection de l’enfance, ces réseaux se distinguent par leur brutalité affichée. Comme l’a souligné la CEO de Child Focus, « on ne parle plus d’argent, mais d’humilier pour humilier ». La violence exercée ne vise plus nécessairement un but financier ou une idéologie structurée. « Le but est de détruire psychologiquement la victime, de la pousser toujours plus loin, parfois jusqu’à ce qu’elle s’effondre », a-t-elle déclaré, évoquant des mécanismes de domination qui s’installent progressivement et ciblent des jeunes particulièrement fragiles.
D’après les analyses relayées par Le Monde et confirmées par différents services de sécurité européens, la majorité des personnes impliquées dans le réseau 764 sont des adolescents ou de très jeunes adultes, souvent âgés de 14 à 20 ans. Le rapport annuel de la Sûreté de l’État note qu’après l’arrestation de son fondateur, « le réseau s’est fragmenté en une multitude de groupes plus petits, souvent éphémères ». Tous reposent cependant sur la même logique interne : une surenchère de violence, de cruauté et d’humiliation, ces actes étant centraux pour obtenir reconnaissance et prestige au sein de ces communautés.
**Une menace désormais identifiée en Belgique**
En Belgique, ce phénomène suscite également des inquiétudes. La Sûreté de l’État estime qu’« une dizaine d’auteurs, comptant chacun plusieurs victimes à leur actif, a déjà été identifiée, mais cette situation ne représente probablement que la partie émergée de l’iceberg ». Le FBI classe ces réseaux parmi les formes d’extrémisme violent nihiliste, une mouvance difficile à détecter, car elle ne repose pas sur une idéologie unique mais sur une fascination pour la cruauté et la transgression.
**Comment protéger les enfants face à ce type de réseaux ?**
Les spécialistes de la protection de l’enfance conviennent que la prévention repose principalement sur le dialogue. Maintenir une communication ouverte, sans jugement, et s’intéresser aux usages numériques des adolescents est essentiel pour détecter une situation à risque. Child Focus rappelle que certains changements de comportement doivent alerter, comme un secret excessif autour des activités en ligne, un isolement soudain, la création de nouveaux comptes ou pseudonymes inquiétants, un discours de plus en plus extrême ou des signes d’automutilation.
Nel Broothaerts souligne également la difficulté pour les parents de détecter ces phénomènes à temps. « Ces groupes savent très bien repérer les fragilités. Ils commencent par donner de l’attention et de la reconnaissance, avant d’imposer des demandes de plus en plus violentes », explique-t-elle. Les adultes sont donc invités à rester attentifs aux changements de comportement et à ne pas minimiser certains signaux. « Quand un jeune se replie sur lui-même, devient très secret sur ses activités en ligne ou montre des signes de détresse, il faut oser poser des questions et demander de l’aide », insiste-t-elle.
**L’Union européenne veut renforcer la protection des mineurs en ligne**
Face à ces dérives, les autorités européennes cherchent à améliorer le cadre légal. L’Union européenne souhaite mieux encadrer les plateformes numériques pour limiter l’exposition des mineurs à des contenus dangereux et à des interactions à risque. Le Parlement européen soutient notamment des mesures visant à renforcer les paramètres de confidentialité par défaut, à mieux contrôler les contacts entre adultes et mineurs, à limiter certains mécanismes addictifs et à imposer davantage d’obligations aux plateformes en matière de modération et de signalement.
Dans ce cadre, les parents sont encouragés à « se familiariser avec les outils de contrôle parental », à vérifier les paramètres de confidentialité des applications utilisées et à rappeler aux jeunes qu’aucune image intime ne doit être partagée en ligne. Des recommandations régulièrement mises en avant par Child Focus dans ses campagnes de prévention et actions de sensibilisation. L’association souligne enfin que toute situation de doute ou d’inquiétude peut être signalée et que des dispositifs d’accompagnement existent pour les familles confrontées à ce type de violences numériques.
**Un phénomène en constante mutation**
Le réseau 764 n’est pas un cas isolé, il s’inscrit dans un ensemble plus large de groupes violents en ligne, inspirés par des mouvements nihilistes et satanistes plus anciens, comme le souligne Le Monde. Leur capacité d’adaptation et leur fragmentation compliquent leur démantèlement. Face à cette menace évolutive, comprendre ce qu’est le réseau 764 et comment s’en protéger représente un enjeu majeur pour aider les enfants et les adolescents à évoluer dans un environnement numérique plus sûr.

