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Manifestations en Iran : intervention militaire des Etats-Unis possible ?

Donald Trump a suggéré à plusieurs reprises depuis le 28 décembre dernier une éventuelle intervention militaire des Etats-Unis en Iran. Un conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei a averti que l’Iran est capable de « riposter » à d’éventuelles frappes américaines.

Les États-Unis envisagent-ils une intervention militaire en Iran ? Donald Trump a évoqué cette possibilité à plusieurs reprises depuis le début des manifestations dans ce pays du Moyen-Orient, le 28 décembre. « Nous avons été informés par des sources très importantes de l’autre côté, et elles ont dit que les tueries ont pris fin », a déclaré le président américain mercredi. Toutefois, il n’a pas exclu l’hypothèse d’une opération militaire. « On observera ça et on verra quelle est la suite. »

Doit-on prendre ses menaces au sérieux ? « Oui, on l’a vu pour le Venezuela, quand il dit qu’il va le faire il le fait », affirme le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU.

« Tout est possible avec lui », ajoute Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. Donald Trump « a des lubies », explique-t-il à 20 Minutes. « Il est toujours possible qu’il frappe, soit pour priver la Chine du pétrole iranien, tout comme il essaie de priver la Chine du pétrole vénézuélien, soit pour réaliser un coup politique. »

Une intervention avec les Israéliens ?

D’après ce spécialiste, les États-Unis pourraient privilégier « une campagne de frappe » ciblant des dirigeants iraniens. « Ils pourraient également en profiter pour bombarder de nouveau le programme nucléaire » iranien, car il existe « beaucoup de rumeurs disant que les derniers bombardements ne l’ont pas stoppé comme ils l’auraient souhaité », poursuit Stéphane Audrand. « Il pourrait y avoir quelques frappes sur des installations clés des Gardiens de la révolution, soit sur le programme balistique, soit sur des infrastructures capables de paralyser le trafic maritime dans le Golfe », ajoute-t-il.

Le général Dominique Trinquand estime que les Américains pourraient collaborer avec les Israéliens « pour essayer de neutraliser les Gardiens de la révolution en particulier, qui sont les artisans de la répression ». « Ce sont les Israéliens qui sont bien infiltrés là-bas, le Mossad connaît bien le pays, comme il l’a montré les mois précédents, et c’est lui qui fournira le renseignement et peut-être même des capacités d’action », explique-t-il à 20 Minutes, précisant que les États-Unis ne tenteront pas « d’enlever le guide suprême » iranien, comme ils l’ont fait avec Nicolás Maduro.

Donald Trump « ne veut pas d’intervention au sol » visant à renverser le régime des Mollas par la force, assure Stéphane Audrand. « Je pense que ses conseillers essaieront de lui faire comprendre qu’il ne faut pas embraser le Proche-Orient. Il n’a pas envie de partir en guerre, avec des pertes humaines lourdes. En revanche, il aime utiliser la force pour frapper de loin avec son bras américain très puissant, sans encourir de représailles. Ce qu’il s’est passé au Venezuela suggère qu’il désire un bras de fer dominant avec les dirigeants du pays, leur instillant la peur en disant : « je peux tuer n’importe lequel d’entre vous n’importe quand comme j’en ai envie, donc soumettez-vous. » »

Des « représailles symboliques » comme en 2025

L’Iran est capable de « riposter » à de possibles frappes américaines, a averti mercredi un conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei, rappelant les frappes sans précédent réalisées en juin par la République islamique sur une base américaine au Qatar. « On sait que les Israéliens ont très largement affaibli le programme balistique à longue portée qui les menaçait. Cependant, les Iraniens disposent encore de nombreux missiles balistiques à courte portée », analyse Stéphane Audrand.

« En théorie, ils peuvent frapper les bases américaines proches de leur territoire. Il y en a dans tout le Golfe arabo-persique. Mais ils ne peuvent pas se permettre de tuer des centaines de soldats américains », ajoute-t-il. Avant de conclure : « Cela constituerait une forme de casus belli et les États-Unis pourraient réagir de manière extrêmement forte. Les Iraniens tenteront de frapper, en guise de représailles symboliques, une base américaine. Mais ils préviendront le plus tôt possible et veilleront à ne pas trop causer de dégâts. » Ce choix avait été opéré en juin dernier en réaction à l’opération américaine « marteau de minuit » : l’Iran avait touché la base américaine d’Al-Udeid en prévenant en amont, pour se venger symboliquement.