Daniel Balavoine, héros des artistes d’aujourd’hui, mort il y a 40 ans
Le 15 janvier 1986, Daniel Balavoine disparaissait à l’âge de 33 ans dans un crash d’hélicoptère au Paris-Dakar, en pleine mission humanitaire. Engagé avec l’opération Action Écoles, il utilisait la logistique du rallye pour acheminer du matériel et installer des pompes à eau dans des villages isolés.
Le 15 janvier 1986, Daniel Balavoine disparaissait à l’âge de 33 ans, en pleine carrière, aux côtés de cinq autres personnes, dont le pilote de rallye Thierry Sabine, lors d’un crash d’hélicoptère au Paris-Dakar, à l’occasion d’une mission humanitaire. Quarante ans après sa disparition, le chanteur, connu pour sa voix exceptionnelle, reste une figure populaire, marquée par un parcours à la fois fulgurant et tragique.
L’auteur de « Je ne suis pas un héros » pour Johnny Hallyday, une chanson qu’il a ensuite adoptée, est devenu une véritable icône pour plusieurs générations d’artistes. Dans « Génération Balavoine » (Fayard, 2015), Didier Varrod montre l’influence de Daniel Balavoine sur des artistes tels que Redcar, le musicien électro Para One, La Grande Sophie, Cali, ainsi que les rappeurs Orelsan, Soprano et Youssoupha.
Dix ans plus tard, il continue d’incarner une figure de « grand frère » pour Sam Sauvage, un artiste prometteur dont le premier album sort à la fin janvier. Suzane, autrice-compositrice-interprète de 26 ans, évoque Balavoine comme un philosophe, un journaliste, et même un héros. Pourquoi Daniel Balavoine, décédé il y a quarante ans, incarne-t-il le héros de la nouvelle génération d’artistes ?
### Un « précurseur » sur le plan musical
« La musique est vraiment le premier axe quand on parle de l’héritage de Balavoine. Les artistes d’aujourd’hui sont impressionnés de voir que l’histoire de la production s’est écrite au moment de sa disparition », affirme Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France et auteur de « La Chanson française… un peu, beaucoup, passionnément » (Le Robert, 2025).
Victor Le Masne, compositeur de l’hymne des Jeux olympiques d’été de 2024, célèbre Balavoine comme un précurseur, mentionnant son exploration constante de nouvelles sonorités dans le quotidien suisse « La Tribune ».
« Il y a cette image culte de Daniel Balavoine face à son Fairlight, expliquant comment on peut échantillonner des sons. Dans une de ses dernières interviews, il me dit même : « D’ailleurs, ça s’appelle sampler. » »
Autodidacte à la recherche d’innovations, Daniel Balavoine fut l’un des premiers artistes français à s’intéresser au Fairlight, un ancêtre du sampleur devenu crucial dans le rap et les musiques électroniques. Didier Varrod se souvient de sa rencontre avec Balavoine, qui travaillait sur un album chez lui à Colombes : « La musique telle qu’on la conçoit aujourd’hui, on la doit aussi à Daniel Balavoine. Il a été l’un des premiers à démocratiser la musique assistée par ordinateur. Balavoine a décomplexé l’idée que la musique devait forcément se faire dans un studio traditionnel. Il travaillait chez lui, ce qui était inédit à l’époque. »
### Un artiste « populaire tout en étant libre »
« Je m’emporte pour ce qui m’importe », déclarait Daniel Balavoine. Une phrase devenue « totem » pour Didier Varrod : « Il était un artiste populaire tout en étant libre. Daniel Balavoine reste un modèle exemplaire d’engagement non lié à un parti politique, un homme ou une idéologie. Il avait ce qu’il appelait un engagement sentimental et je crois que ça résonne bien chez les artistes d’aujourd’hui. »
Le 19 mars 1980, sur le plateau d’Antenne 2 Midi, Daniel Balavoine interpelle François Mitterrand, candidat à la présidence, pour dénoncer la trivialisation des jeunes par les politiques. Un discours marquant, dont les images circulent encore largement sur les réseaux sociaux. Didier Varrod commente : « C’était un moment télé incroyable ; la force du discours résidait dans la préparation de Balavoine. Tout ce qu’il disait était documenté. Cela touche beaucoup les jeunes artistes qui ont peur de s’engager à cause des réactions parfois violentes sur les réseaux sociaux. »
« Quand on regarde les archives, on sent un homme en colère, et c’est un peu ça le moteur du rap. Balavoine représente cela : une certaine réussite artistique qu’il voulait mettre au service d’un message qui traduisait son mal-être face aux injustices. »
### Une « vision » du monde « extrêmement moderne »
L’engagement de Daniel Balavoine transparaissait dans les paroles et thèmes de ses chansons, qui touchent toujours la jeune génération. Suzane évoque l’impact de Balavoine sur son propre travail : « La force de Balavoine, c’est qu’il écrivait de grands tubes sur des sujets complexes. Sa chanson « L’Aziza » tournait en boucle dans ma playlist adolescente. À sa manière, Balavoine était également un philosophe, un journaliste, un sociologue. »
Sur la couverture de son avant-dernier album, « Loin des yeux de l’Occident », Balavoine pose avec une femme d’Afrique et une d’Asie, assises en tailleur. Didier Varrod rappelle la vision de l’artiste : « C’était l’idée de reconsidérer la géopolitique, de passer d’une relation Est-Ouest à un axe Nord-Sud. Balavoine pensait que l’avenir de l’humanité passait par l’éducation et l’émancipation féminine, une vision très moderne, peut-être trop pour son époque, mais qui résonne fortement aujourd’hui. »
Ces idées se retrouvent dans des chansons comme « L’Aziza », « Pour la femme veuve qui s’éveille » ou « Petite Angèle ». Selon Didier Varrod, dans les années 1980, « les gens n’avaient pas perçu la portée visionnaire de son discours. Cela aurait pu faire de lui un artiste marginal, mais il tenait à rester un chanteur populaire. »
### Une mort « sur un engagement »
« Ce qui a cristallisé l’enthousiasme autour de Balavoine, c’est qu’il est mort sur un engagement. Il n’est pas tombé dans la mythologie du rock’n’roll, il n’est pas mort de l’excès. Il a disparu au moment où il accomplissait son rêve, sur un engagement fondamental pour lui », analyse un expert.
En janvier 1986, Daniel Balavoine était en Afrique pour le Paris-Dakar, non en tant que concurrent mais pour une mission humanitaire. Impliqué avec l’opération Action Écoles, il utilisait les ressources du rallye pour livrer du matériel et installer des pompes à eau dans des villages isolés, convaincu que l’aide devait être concrète.
Daniel Balavoine préférant « aller sur le terrain » plutôt que chanter sur un disque humanitaire, son engagement reste au cœur de son héritage, conclut Didier Varrod.

