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Etats-Unis : ICE, la police anti-immigration évocatrice de 1933 en Allemagne

L’US Immigration and Customs Enforcement (ICE) a été créée en 2003 et ses effectifs ont doublé pour dépasser les 20.000 agents depuis le retour de Donald Trump au pouvoir début 2025. En 2025, près de 69.000 personnes étaient détenues et les décès en détention ont atteint un pic record depuis vingt ans, avec au moins 30 morts.

ICE. Cet acronyme était peu connu jusqu’à l’année dernière, lorsque cette agence a été transformée en instrument du pouvoir. La mort de Renée Good, abattue lors d’une opération de l’Immigration and Customs Enforcement à Minneapolis (Minnesota) la semaine dernière, a mis en lumière une question qui préoccupe les États-Unis : a-t-on déjà observé, dans une démocratie libérale, une police disposant d’un pouvoir si large, si peu contrôlé, et si létal ?

Créée en 2003 à la suite des attentats du 11 septembre, l’US Immigration and Customs Enforcement (ICE) avait pour mission d’appliquer les lois sur l’immigration et le travail tout en respectant les droits fondamentaux. Cependant, depuis le retour de Donald Trump à la présidence début 2025, ses prérogatives ont été élargies et son personnel doublé, portant le nombre d’agents à plus de 20.000. Les arrestations ont connu une nette augmentation, touchant des zones urbaines entières, de Los Angeles à Chicago. En 2025, environ 69.000 personnes étaient détenues, et le nombre de décès en détention a atteint un niveau record depuis vingt ans, avec au moins 30 morts.

ICE crée les conditions pour la violence

« Des atrocités comme le meurtre de Renee Good par un agent de l’ICE à Minneapolis s’inscrivent dans une application cruelle et autoritaire des lois sur l’immigration de l’administration Trump, critique James Nolan, ancien agent du FBI et sociologue à l’université de Virginie-Occidentale. C’est une nouvelle incarnation d’une stratégie politique qui débute par un mensonge, en l’occurrence le danger des immigrés. La peur, associée à des éléments tels que le port de masques pour dissimuler l’identité des agents, génère des conditions propices à la violence de la part et contre les autorités. » Selon lui, cela s’inscrit dans la même politique de désignation d’un ennemi intérieur qui prévalait lors des campagnes de « guerre contre la drogue » de Richard Nixon dans les années 1970 et de « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush dans les années 2000.

Pour Cécile Coquet-Mokoko, professeur de civilisation des États-Unis à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, cet état de fait représente un dévoiement du système politique américain. « On observe une militarisation des villes américaines, alors que le déploiement de troupes fédérales y est constitutionnellement encadré, souligne-t-elle. C’est une conception du pouvoir fédéral qui contourne le Congrès et les mécanismes de contre-pouvoir. »

Elle met en avant un point essentiel : l’absence de contrôle indépendant. « Il y a des contre-pouvoirs à la police au niveau des États, mais il n’y a pas d’organisme fédéral qui pourrait jouer un rôle similaire à celui de l’IGPN », constate Cécile Coquet-Mokoko. De plus, plusieurs médias américains rapportent des objectifs d’arrestations chiffrés et un recrutement accéléré. Certains ont prévu une diminution des critères de sélection, voire la présence de recrues avec des antécédents judiciaires, comme l’a montré un journaliste de Slate qui a tenté de se faire recruter.

Une police qui répond à des objectifs politiques

Face à ce constat, il est difficile de ne pas penser au point Godwin : ICE ne rappelle-t-elle pas les polices secrètes ou politiques des périodes sombres de notre histoire contemporaine ? Pour les experts consultés, cela ne constitue pas une exagération. « C’est exactement ce qu’elles sont, dénonce James Nolan. Mais il n’est pas nécessaire de remonter si loin dans le passé pour voir des forces de l’ordre locales et fédérales se montrer agressives pour conserver le pouvoir », précise-t-il, évoquant les nombreux incidents de violences policières aux États-Unis.

« C’est une police institutionnelle, fédérale, qui obéit à des objectifs politiques – l’Amérique blanche – et non juridiques, ajoute Sébastian Roché, politologue et coauteur de La police contre la rue. Elle ne rend pas compte à un magistrat, cible des individus sans justification juridique mais en fonction de leur couleur de peau ou de leur accent. […] Le gouvernement lui assure une immunité, ce qui constitue une violation du droit à la vie dès lors que l’on ne prend plus en compte les circonstances d’usage des armes létales. Cela rappelle, dans le principe, l’Allemagne de 1933 où, selon les historiens, la police du régime nazi bénéficiait d’une immunité lorsqu’elle commettait des violences sur les Juifs et autres minorités. »

Le vice-président américain, J. D. Vance, a affirmé que l’agent ayant abattu Renee Good de trois balles à bout portant disposait d’une « immunité absolue » dans l’exercice de ses fonctions. « Je ne pense pas qu’il soit exagéré de comparer ICE à des polices secrètes ou politiques, et le Congrès reste muet à ce sujet », reprend Cécile Coquet-Mokoko. Nous ne sommes pas encore arrivés à l’arrestation d’opposants politiques, quoique… » En juin, par exemple, ICE a menotté Brad Lander, candidat à la mairie de New York, en pleine audience judiciaire.