Record climatique : les trois dernières années à +1,5 °C en moyenne
En 2025, la température moyenne mondiale a atteint 14,97 °C, soit + 1,47 °C par rapport à la période 1850-1900. Environ la moitié des terres émergées de la planète ont connu plus de jours que la moyenne avec un stress thermique élevé, défini par une température ressentie de 32 °C ou plus.
L’année 2025 ne battra pas le record historique de chaleur, mais elle marque une tendance sans précédent. D’après Copernicus, 2025 est la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, juste après 2024 et 2023. Elle devient également la troisième année consécutive où la température moyenne mondiale dépasse le seuil de + 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Pour Sébastien Doutreloup, climatologue et professeur à l’Université de Liège, cela doit tous nous alerter : « Les trois années les plus chaudes jamais enregistrées sont tout simplement les trois dernières que nous venons de vivre. C’est un signal extrêmement fort. »
Le seuil de 1,5 degré au-dessus de l’ère préindustrielle a été fixé par l’accord de Paris comme une limite à ne pas franchir sur le long terme. Cela fait donc trois ans que cette limite est atteinte.
> En 2015, lors des accords de Paris, on pensait franchir durablement le seuil de + 1,5 °C vers 2042.
En 2025, la température moyenne mondiale a atteint 14,97 °C, soit + 1,47 °C par rapport à la période 1850-1900. C’est légèrement moins qu’en 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée, mais suffisamment élevé pour que la moyenne des trois dernières années reste au-dessus de + 1,5 °C. « En 2015, lors des accords de Paris, on pensait franchir durablement le seuil de + 1,5 °C vers 2042, » rappelle Sébastien Doutreloup. « Aujourd’hui, avec les observations, on se rend compte que ce seuil pourrait être dépassé avant 2030. On a perdu plus de dix ans d’actions climatiques. »
### Pourquoi la planète continue de se réchauffer
Cette situation exceptionnelle s’explique principalement par l’accumulation continue des gaz à effet de serre, causée par les activités humaines et par l’affaiblissement des puits naturels de carbone. Les océans jouent également un rôle central : leurs températures de surface sont restées anormalement élevées à l’échelle mondiale.
Bien que les années 2023 et 2024 aient été amplifiées par un fort épisode El Niño, 2025 s’est déroulée dans des conditions plus proches de La Niña. Cependant, la chaleur accumulée dans le système climatique, avec une forte amplification dans les régions polaires, a largement compensé le léger répit observé dans les tropiques.
En conséquence, l’Antarctique a enregistré en 2025 sa température annuelle la plus élevée jamais observée, tandis que l’Arctique se classe au deuxième rang.
> « Même après un épisode neigeux, les tendances restent très claires et statistiquement significatives. »
Au-delà de la température moyenne, tous les indicateurs climatiques convergent. Les onze dernières années sont les onze plus chaudes jamais enregistrées.
Les vagues de chaleur augmentent fortement en fréquence et en intensité, notamment depuis 2015. Les périodes de précipitations extrêmes suivent la même tendance, en raison d’une loi physique bien connue : « Quand on augmente la température de 1 degré, on augmente la quantité d’humidité de l’air de 7 %. Et donc, proportionnellement, on augmente aussi les précipitations. »
Les jours de gel et les quantités de neige diminuent drastiquement, y compris en Belgique. « Même après un épisode neigeux, les tendances restent très claires et statistiquement significatives, » insiste le climatologue.
### L’Europe et la santé humaine en première ligne
En Europe, 2025 est également la troisième année la plus chaude jamais observée, avec une température moyenne supérieure de 1,17 °C à la normale récente. Environ la moitié des surfaces terrestres de la planète ont enregistré davantage de jours avec un stress thermique élevé, défini par une température ressentie de 32 °C ou plus.
D’après l’Organisation mondiale de la santé, la chaleur est aujourd’hui la première cause de mortalité liée aux événements météorologiques. Les vagues de chaleur ont également entraîné des incendies de forêt d’une ampleur exceptionnelle, notamment en Europe et en Amérique du Nord, avec des effets notables sur la qualité de l’air et la santé publique.
### Des solutions connues… mais pas appliquées
Face à ces constats, un sentiment d’impuissance peut émerger. À tort, selon Sébastien Doutreloup. « Toutes les solutions sont sur la table depuis des décennies. Depuis le premier rapport du GIEC, le troisième volet propose toute une série de mesures concrètes. Le problème, ce n’est pas le manque de solutions, c’est qu’elles ne sont pas mises en œuvre. »
Il cite un exemple emblématique : « Le GIEC recommandait dès 1990 de réduire le nombre et le poids des véhicules individuels. Or, depuis, leur nombre a explosé et ils sont de plus en plus lourds. Il n’y a donc rien de surprenant à battre des records aujourd’hui. »
Pour Copernicus, le message est clair. « Nous sommes condamnés à dépasser le seuil de + 1,5 °C, » résume Carlo Buontempo, directeur du service climat. « La question n’est plus de savoir si, mais comment nous allons gérer ce dépassement et ses conséquences. »
Après onze années consécutives parmi les plus chaudes jamais enregistrées, chaque fraction de degré supplémentaire compte désormais. Et chaque année perdue rend le défi un peu plus pressant.

