L’indépendance du Groenland discutée prudemment entre Nuuk et Copenhague
Le Groenland, nation au sein du royaume du Danemark, veut s’émanciper de la tutelle de Copenhague mais avance prudemment. Selon la loi sur l’autonomie interne de 2009, si le peuple groenlandais décide de demander l’indépendance, des négociations doivent s’engager entre Nuuk et Copenhague pour un accord définissant les modalités du divorce.
Nation au sein du royaume du Danemark, le Groenland aspire à se libérer de la tutelle de Copenhague. Bien que la voie à suivre soit clairement établie, les dirigeants de l’île arctique avancent prudemment, sous l’œil intéressé de Donald Trump. « Nous avons un accord avec nos concitoyens groenlandais, selon lequel ils décident de leur avenir librement », déclare à l’AFP l’historien Bo Lidegaard, ancien diplomate. « Pour nous, c’est une violation de tout ce que nous défendons et de tout ce que nous avons convenu avec les Groenlandais si cette décision n’est pas prise librement et sans contrainte », ajoute-t-il. Il n’est donc pas question de céder aux pressions américaines ni de « vendre » un territoire qui ne désire pas être acheté.
Pour le Danemark, il n’est pas non plus question de préserver coûte que coûte l’île, qui a acquis son autonomie en 1979 après avoir été longtemps une colonie, puis un département du royaume. La Première ministre Mette Frederiksen a souligné que le désir d’indépendance du Groenland était « à la fois légitime et compréhensible », mais qu’elle s’efforce avant tout de développer la communauté du royaume danois, qui inclut également les îles Féroé.
« Dans les pays nordiques, à l’époque contemporaine, si un territoire souhaite faire sécession et devenir indépendant, il doit être autorisé à le faire », souligne le professeur de politique internationale à l’Université de Copenhague, Ole Waever. « Que ce soit avec la Norvège en 1905 ou l’Islande en 1944, il n’y a pas eu de guerre civile », précise-t-il. Dans les rues de Copenhague, les Danois estiment que le Groenland peut se séparer, s’il le souhaite.
« Je suis d’accord pour qu’ils deviennent indépendants, mais je pense que ce sera très difficile, pour l’instant, pour un si petit pays (…) tout seul, sachant qu’un grand pays comme les États-Unis les convoite », affirme Charlotte Moltke, une retraitée de 68 ans. Les grandes lignes de l’accès à l’indépendance sont définies par la loi sur l’autonomie interne de 2009. « Nous sommes plus malins que les Britanniques : on ne fait pas un Brexit et ensuite on essaie de comprendre ce que ça veut dire, ce qu’il faut faire est clair dès le début », sourit M. Waever.
Le chapitre huit stipule dans son article 21 que si le peuple groenlandais décide de demander l’indépendance, des négociations doivent s’engager entre Nuuk et Copenhague pour parvenir à un accord définissant les modalités de cette séparation. La question de la contribution financière, qui s’élève à environ 4,5 milliards de couronnes (602 millions d’euros) versées chaque année par Copenhague au Groenland et qui représente plus d’un cinquième de son PIB, est au centre des discussions. L’accord, conclu avec le consentement des Parlements danois et groenlandais, devra être approuvé par référendum au Groenland.
Point délicat, l’économie groenlandaise repose presque exclusivement sur la pêche et devra faire face aux conséquences du vieillissement de sa population, selon un rapport de la Banque nationale du Danemark. « Je ne pense pas qu’ils soient en position d’être économiquement indépendants. Mais s’ils souhaitent essayer, bien sûr, qu’ils y aillent. Ce n’est pas à nous d’en décider », considère Joachim Ziegler, un étudiant de 24 ans.
Bien que les Groenlandais soient majoritairement en faveur de l’indépendance, ils se montrent plutôt réticents à l’idée d’une séparation rapide, mise en avant par le seul parti d’opposition, Naleraq, qui a obtenu près d’un quart des voix lors des dernières élections législatives. « C’est de mauvais goût : ce qui se passe est terrible en ce moment, et (certains) exploitent la situation pour obtenir l’indépendance », déplore à Nuuk l’entrepreneuse groenlandaise Inger Olsvig Brandt. « Je sais que nous, les Groenlandais, souhaitons tous devenir indépendants, mais il faut un plan pour cela », précise-t-elle. Sur le plan politique, la coalition gouvernementale, soutenue par 75% des voix lors des législatives de mars 2025, travaille discrètement sur un projet de constitution établi en 2024.
« Jusqu’à l’an dernier, aucun homme politique groenlandais digne de ce nom n’aurait déclaré préférer rester au sein du royaume du Danemark, et il est très difficile de revenir en arrière. Mais cela concerne d’abord un débat interne au Groenland », souligne Mikaela Engell, spécialiste du territoire arctique et ancienne représentante du Danemark sur place. Le gouvernement groenlandais pourrait commencer à gérer un nouveau domaine : en 2009, il a commencé à superviser ses ressources naturelles.

