La répression ne faiblit pas en Iran
Le président américain Donald Trump a annoncé lundi que tout pays commerçant avec l’Iran serait frappé de droits de douane de 25% par les Etats-Unis. Selon l’ONG Iran Human Rights, le bilan de la répression des manifestations dépasse 600 morts, avec 648 manifestants confirmés tués et environ 10.000 arrestations.
Le président américain Donald Trump a averti lundi les partenaires commerciaux de l’Iran qu’ils seraient soumis à des sanctions douanières, alors qu’une ONG révèle que la répression des manifestations contre le pouvoir a déjà causé plus de 600 morts.
Donald Trump, qui a déjà menacé d’intervention militaire, a déclaré lundi que tout pays commerçant avec l’Iran serait assujetti à des droits de douane de 25 % par les États-Unis. « Cette décision est définitive » et « prend effet immédiatement », a-t-il précisé sur son réseau Truth Social, une mesure qui pourrait particulièrement toucher la Chine, principal partenaire commercial de l’Iran.
Lundi, les autorités iraniennes ont tenté de reprendre le contrôle de la situation en organisant des rassemblements massifs à travers le pays. À l’appel du président Massoud Pezeshkian, des milliers d’Iraniens ont envahi, selon les images diffusées par la télévision d’État, la place de la Révolution, au cœur de Téhéran, pour soutenir un pouvoir confronté à l’un de ses plus grands défis depuis la fondation de la République islamique en 1979. Leur mobilisation est un « avertissement » aux États-Unis, a réagi le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Dans la capitale, entourés de drapeaux de la République islamique et scandant des slogans tels que « Mort à l’Amérique », les manifestants ont récité des prières pour les membres des forces de sécurité tués dans ce que le gouvernement appelle « d’émeutes ». Les médias iraniens rapportent que des dizaines de ces forces ont été tuées.
L’Iran est en guerre contre des « terroristes », a déclaré sur place le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, menaçant d’infliger à Donald Trump une leçon « inoubliable » en cas d’agression américaine. D’autres rassemblements similaires ont eu lieu dans plusieurs villes, selon les médias officiels, alors que le gouvernement a décrété trois jours de deuil national.
Dans le même temps, l’ONG Iran Human Rights (IHR) a dénoncé l’intensification de la répression du mouvement commencé le 28 décembre contre le marasme économique, défiant désormais le pouvoir. L’organisation a confirmé la mort de 648 manifestants et environ 10 000 arrestations. Son bilan précédent faisait état de 192 tués. Cependant, selon l’IHR, la réalité pourrait être bien plus sombre, avec des rapports non confirmés faisant état de jusqu’à 6 000 morts. Les autorités ont imposé une coupure totale des communications internet depuis le 8 janvier, compliquant la collecte d’informations.
Dans une vidéo authentifiée dimanche par l’AFP, des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs sont visibles devant une morgue de la capitale, tandis que des Iraniens semblent chercher leurs proches disparus. Le Centre pour les droits de l’Homme en Iran (CHRI), basé à New York, a indiqué dimanche que les hôpitaux étaient « débordés » par les blessés et que les réserves de sang diminuaient.
À Paris, le président français Emmanuel Macron a condamné « la violence d’État qui frappe aveuglément » les manifestants, et Londres a dénoncé la répression « horrible », appelant à « cesser immédiatement les violences ». L’Union européenne envisage également « de nouvelles sanctions, plus sévères » contre l’Iran.
En écho à Téhéran, Moscou a critiqué les « tentatives d’ingérence extérieures ». Les autorités iraniennes ont convoqué lundi des ambassadeurs ou chargés d’affaires d’Allemagne, de France, d’Italie, de Grande-Bretagne, en poste à Téhéran, pour protester contre leur soutien affiché aux manifestants.
Après les menaces répétées de Donald Trump, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé que son pays « ne cherchait pas la guerre », mais qu’il était « tout à fait préparé », tout en restant ouvert à des négociations. Selon la Maison Blanche, des frappes aériennes pour mettre fin à la répression du mouvement sont toujours envisagées. Toutefois, « la diplomatie est toujours la première option pour le président », a déclaré lundi la porte-parole Karoline Leavitt, précisant que le pouvoir iranien adopte un « ton très différent » lors des discussions privées avec l’émissaire américain, Steve Witkoff. Les États-Unis avaient mené des frappes en juin contre les installations nucléaires iraniennes, en coopération avec leur allié israélien.
La vague de contestation actuelle survient dans un pays affaibli par une guerre de 12 jours et des coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par des sanctions liées à son programme nucléaire, rétablies en septembre par l’ONU.
Le fils de l’ancien chah d’Iran, chassé du pouvoir en 1979 et figure de l’opposition iranienne en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, a appelé sur les réseaux sociaux les forces armées et de sécurité à « se tenir aux côtés du peuple ». Dans une interview sur CBS News, il a mis en garde contre un pouvoir iranien qui « tente de duper le monde en faisant croire une nouvelle fois qu’il est prêt à négocier ». Donald Trump « sait ce qui est en jeu », a ajouté l’ancien prince héritier, estimant que « la ligne rouge qui avait été tracée a été clairement franchie par ce régime ».
Ce mouvement est d’une ampleur sans précédent depuis celui qui avait secoué l’Iran après la mort en septembre 2022 de la jeune Kurde Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour avoir prétendûment enfreint le code vestimentaire imposé aux femmes.

