Belgique

Défi de l’électrification des voitures européennes : « C’est une période de transition, ce n’est jamais facile »

L’an dernier, 4% des véhicules neufs vendus en Belgique étaient d’origine chinoise. Actuellement, les voitures électriques d’occasion représentent 4,6% du marché de l’occasion en Belgique.

Frank Van Gool ne manifeste pas d’inquiétude. Le PDG de la FEBIAC et responsable du Salon de l’auto évoque les chiffres. « L’an dernier, 4% des véhicules neufs étaient d’origine chinoise, soit le double de 2024. Nous avons observé des dynamiques similaires dans les années 1970 avec les marques japonaises, puis sud-coréennes.« , fait-il remarquer. « Ils vont certainement prendre des parts de marché, mais vont-ils vraiment transformer le marché et l’industrie européenne ? J’adopte une approche plutôt optimiste. » À ses côtés, Xavier Daffe incite également à modérer l’idée d’un « rouleau compresseur chinois« : « La première marque chinoise sur le marché belge ne détient pas plus de 1,5 % du marché, alors que BYD en compte seulement 1 %. »

Il est indéniable que les voitures électriques chinoises, à la fois performantes, sûres et économiques, pénètrent le marché européen. Cependant, selon le rédacteur en chef du Moniteur Automobile, « la Chine a eu le mérite de secouer l’industrie européenne, qui s’était un peu endormie. Les marques européennes ne restent pas inactives, une réponse est en cours de développement. »

Une industrie toujours compétitive, un parc automobile encore trop peu électrique

L’industrie européenne fait des efforts pour rester compétitive en proposant des modèles électriques dans une fourchette de prix de 20.000 à 25.000 euros, comme la Renault 5 électrique, « qui surpasse largement ses concurrentes chinoises et Tesla« , note Xavier Daffe. Les constructeurs essaient de s’aligner sur les attentes du marché européen, mettant moins l’accent sur les SUV et les véhicules haut de gamme qui ont dominé le marché ces dernières années. « Suite à la pandémie, nous avons constaté une augmentation des prix due à l’inflation et à l’électrification, alors que de nombreux constructeurs ont surtout investi dans de grands véhicules. Au Salon de l’Auto, nous assistons à un retour de véhicules plus accessibles« , fait remarquer Frank Van Gool, directeur de l’événement.

La transition vers l’électrification du parc automobile reste un défi pour l’ensemble du secteur, y compris pour les sociétés de location. « En Belgique, l’âge moyen des voitures est d’environ 10 ans. Cela s’oppose aux objectifs de renouvellement et d’écologisation du parc automobile. Un bon équilibre entre voitures neuves et d’occasion est essentiel« , relève Filip Rylant. « La demande pour les voitures électriques d’occasion n’est pas encore significative« , ajoute Stijn Blanckaert. Actuellement, elles représentent 4,6 % du marché de l’occasion, le directeur général de Renta expliquant ce pourcentage par l’incertitude concernant la revente des voitures électriques au fil des ans, en raison des évolutions technologiques qui rendent rapidement ces véhicules obsolètes.

« Nous sommes en période de transition, ce qui s’avère toujours compliqué« , estime Filip Rylant. Toutefois, il pense que la Belgique est bien préparée pour passer à l’électrique : « Nous disposons de plus de 100 000 points de recharge publics, sans compter les bornes privées. Nous avons déjà une infrastructure réelle, qu’il faudra renforcer à moyen et long terme pour permettre la transition vers l’électrique« .

© Michael H / Getty Images

L’Europe, moteur en panne de la transition électrique ?

L’Europe et ses États membres essaient de favoriser l’adoption de l’électrique, notamment par le biais de zones à faibles émissions et de normes Euro. En Belgique, les conducteurs de véhicules thermiques et hybrides ne pourront plus bénéficier de la déductibilité fiscale pour leurs trajets domicile-travail. L’Union européenne doit également s’adapter face à une industrie chinoise fortement subventionnée par son gouvernement, imposant par exemple depuis 2024 une surtaxe de 35 % sur les véhicules importés. Ces réglementations poussent les futurs acheteurs à faire preuve de prudence pour éviter les voitures non conformes aux normes.

Le projet européen d’interdiction des moteurs thermiques d’ici 2035 a toutefois été assoupli par la Commission, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour l’industrie, estime Xavier Daffe : « Avec cette mesure, on reste dans une zone d’incertitude. Les constructeurs devront continuer à investir dans l’électrique, tout en maintenant des gammes thermiques et hybrides. Cela signifie des chaînes de production distinctes, ce qui engendre des coûts importants, alors qu’une technologie unifiée serait préférable« . En conséquence, « nous ne comblons pas notre retard sur la technologie chinoise« . Une mise en œuvre floue pourrait également « brouiller le message pour les consommateurs« , selon le rédacteur en chef du Moniteur Automobile, générer de l’incertitude sur le marché et retarder les décisions d’achat.

Repenser les mobilités au-delà de l’électrification

Une opportunité, en réalité ? Selon Stijn Blanckaert, bien que « le Belge apprécie être propriétaire de sa voiture« , la voiture électrique représente une nouvelle approche des mobilités, alliant voiture personnelle, véhicules partagés, location et mobilités douces. Le directeur de la Fédération belge des loueurs de véhicules encouragerait l’essai du leasing, qui, d’après lui, attire « environ 13.500 » particuliers en Belgique. Pour une voiture sur quatre utilisée pour des trajets quotidiens, le coût s’élève à 400 à 500 euros par mois, tout compris, sans frais de contrôle technique, d’entretien ou d’assurance.

« L’objectif est d’instaurer une mobilité adaptée« , ajoute Stijn Blanckaert. « Nous nous adaptons progressivement à une situation où nous ne possédons plus notre véhicule, où nous rechargeons une batterie au lieu de faire le plein. Nous sommes à l’aube d’un changement significatif de perception, mais la voiture continuera d’exister dans 20 ans« , déclare-t-il, au sein du Salon de l’Auto.

blank

Allo Le Monde

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Écoutez l’intégralité de ce débat dans les deux parties du podcast du Monde en direct ci-dessus.