France

Procès de Marine Le Pen : enjeux pour son avenir.

Le procès qui s’ouvre ce mardi devant la cour d’appel de Paris implique Marine Le Pen, le Rassemblement national, et onze autres personnes, accusés de « détournement de fonds publics ». En première instance, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme aménageables sous bracelet électronique, ainsi qu’une amende de 100.000 euros et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate.


S’il y a bien une chose que l’on peut anticiper, c’est que le procès qui commence ce mardi devant la cour d’appel de Paris sera particulièrement surveillé. Cette attention dépasse largement le cercle judiciaire. Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN) en tant que personne morale, ainsi que onze autres députés, eurodéputés, maires ou assistants du parti, sont rejugés pour « détournement de fonds publics », moins d’un an après leur condamnation en première instance. Ils sont tous soupçonnés d’avoir participé à un « système » destiné à détourner des fonds du Parlement européen au profit du RN. L’issue de ce procès pourrait avoir des répercussions significatives sur la vie politique française.

Le procès suscite un grand intérêt, car il déterminera l’avenir politique de Marine Le Pen. Le 31 mars 2025, lors de son procès en première instance, la leader du RN a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme aménageables sous bracelet électronique, ainsi qu’à une amende de 100 000 euros. Un des enjeux principaux réside dans la peine d’inéligibilité de cinq ans, exécutoire immédiatement, qui l’empêche de se présenter à toute élection durant cette période. Cela exclut donc sa participation à la présidentielle de 2027, aux législatives et à d’autres élections essentielles, sauf si la cour d’appel interprète différemment le dossier.

En raison de l’importance politique de cette décision judiciaire et malgré le grand nombre de dossiers en attente, la cour d’appel de Paris a accéléré son calendrier pour rendre son verdict avant l’été 2026, afin qu’il n’y ait pas d’impact sur la campagne présidentielle. Cette situation n’a cependant pas dissuadé Marine Le Pen de dénoncer une « décision politique » visant à « l’empêcher de [se] présenter et d’être élue à l’élection présidentielle ». Le soir de sa condamnation, elle avait affirmé que « des juges ont mis en place des pratiques qu’on croyait réservées à des régimes autoritaires ». Cela dit, les magistrats avaient dûment motivé leur décision sur 154 pages, en consacrant une large part au rôle de Marine Le Pen dans cette affaire.

La justice a établi que Marine Le Pen et d’autres eurodéputés avaient recruté des assistants, gardes du corps, etc., payés par le Parlement européen pour exécuter des tâches liées à la gestion du parti entre 2004 et 2016. L’enquête a révélé que sa cheffe de cabinet n’a passé que « 740 minutes » au Parlement européen entre octobre 2014 et août 2015 en tant qu’assistante. Aucun élément de preuve n’a été présenté durant le procès pour prouver un quelconque travail en lien avec le mandat d’eurodéputé, a souligné la présidente, Bénédicte de Perthuis, lors de son jugement. Au total, 25 personnes ont été condamnées en première instance, mais seules 12 ont fait appel, pour un préjudice évalué à 3,2 millions d’euros.

Le tribunal correctionnel a justifié la sévérité de la peine infligée à Marine Le Pen en soulignant son rôle central dans le « système » depuis 2009, permettant au Front national de réaliser des économies grâce au Parlement européen. À l’époque, le parti d’extrême droite faisait face à des difficultés financières notables. « Marine Le Pen s’est inscrite avec autorité et détermination dans le fonctionnement instauré par son père », ont précisé les magistrats. Ses dénégations permanentes pendant le procès ont également pesé dans la décision.

Concernant l’exécution provisoire de son inéligibilité, les juges ont argumenté qu’il pourrait y avoir un « trouble irréparable à l’ordre public démocratique » si elle devenait candidate ou était élue, notamment à la présidentielle, alors qu’elle est condamnée pour détournement de fonds publics. Ils ont estimé que son élection serait « incompatible avec la confiance recherchée par les citoyens dans la vie politique ».

La décision de la cour d’appel, présidée par Michèle Agi, devrait trancher le sort de Marine Le Pen. Elle a déjà déclaré qu’il est « certain » qu’elle briguera la présidence si elle est relaxée. En revanche, si elle est à nouveau condamnée, plusieurs scénarios sont envisageables. Si son inéligibilité est confirmée, elle a affirmé qu’elle ne « se présenterait évidemment pas ». Bien qu’un pourvoi en cassation puisse lui permettre de suspendre la sanction, cette suspension serait temporaire : des sources judiciaires ont confié à l’AFP que les hauts magistrats avaient déjà planifié de rendre leur décision début 2027, juste avant la présidentielle, mais trop tard pour participer à la compétition pour l’Élysée.

Enfin, quelle option choisira-t-elle si elle est condamnée sans peine d’inéligibilité ou si celle-ci est moins sévère que celle prononcée l’année précédente ? La décision sera complexe : sur le papier, elle pourrait se présenter, mais une telle condamnation serait au cœur de la campagne, représentant un véritable dilemme politique.