Stationnement urbain : un système ne fonctionne plus correctement
Selon les données sur la mobilité urbaine, le centre-ville dispose d’environ 10.700 places de stationnement structurées, tandis que l’ensemble de la capitale ne compte pas plus de 32.000 places. L’Organisation tunisienne d’information du consommateur (Otic) a exprimé sa préoccupation face aux irrégularités entourant les opérations de mise en fourrière et de pose de sabots de blocage dans plusieurs municipalités, notamment à Tunis.
Mises en fourrière abusives, gardiens de parkings non réglementés et violations de la loi non punies forment un cocktail dangereux qui érode le respect de la loi et suscite l’indignation des citoyens. Une révision urgente des méthodes de contrôle et du cadre légal est nécessaire pour restaurer l’ordre et la confiance.
À Tunis, le stationnement est devenu bien plus qu’un simple enjeu d’organisation urbaine. Au fil des années, il est devenu le reflet d’un malaise profond entre les citoyens et les autorités. Les mises en fourrière se multiplient, les sabots de blocage sont posés sans égard et les automobilistes subissent une réglementation souvent opaque et incohérente.
Officiellement, cela vise à faire respecter la loi. En réalité, beaucoup considèrent ces actions comme des sanctions arbitraires, déconnectées d’un contexte où les places de stationnement sont souvent rares, insuffisantes, voire inexistantes. Le résultat : un espace public saturé, des usagers frustrés et un sentiment d’injustice qui alimente la colère urbaine.
De nombreux constats révèlent un problème profond, notamment le manque flagrant de parkings dans les zones les plus fréquentées. Cette pénurie rend le respect des règles compliqué, mais ne peut pas tout justifier. Les violations se multiplient aussi en raison de comportements irrespectueux, certains conducteurs stationnant même leurs véhicules dans des endroits bloquant la circulation et gênant le passage des transports en commun.
Ce tableau désordonné accroît les tensions avec les services de contrôle et souligne la nécessité d’une approche globale, alliant discipline urbaine et prise en compte des réalités de terrain. À cela s’ajoute la problématique persistante des gardiens de parkings opérant hors de tout cadre légal. Présents dans plusieurs quartiers de la capitale, ces individus s’approprient illégalement l’espace public, imposent des frais sans reçu ni assise légale, et exercent parfois des pressions sur les automobilistes.
Cette situation, tolérée depuis des années, contribue à alimenter la confusion, à saper l’autorité de la loi et à aggraver le sentiment d’injustice chez les usagers, déjà confrontés à une offre de stationnement insuffisante et à des contrôles jugés excessifs.
À Tunis, se garer devient un véritable casse-tête. Alors que le parc automobile continue d’augmenter, la ville peine à offrir suffisamment de places, créant un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande. À l’heure actuelle, le centre-ville dispose d’environ 10 700 places de stationnement organisées, tandis que l’ensemble de la capitale comptabilise moins de 32 000 places, que ce soit dans la voirie ou les parkings.
Face à un parc automobile en pleine expansion, cette offre s’avère largement insuffisante, entraînant un stationnement anarchique, une augmentation des infractions et des tensions accrues avec les services de contrôle. Les citoyens font régulièrement état de la saturation des rues et du manque de parkings publics.
Les experts estiment qu’une solution passe par une révision globale de la politique de stationnement : construction de nouveaux parkings structurés, meilleure intégration avec les transports publics et gestion optimisée des espaces disponibles. Sans action rapide, la capitale risque de voir ses problèmes de mobilité se détériorer dans les années à venir.
En parallèle, des signalements fréquents évoquent des pratiques douteuses lors de certaines interventions, notamment dans la constatation des infractions et les modalités d’immobilisation ou d’enlèvement des véhicules. Ces dérives, loin d’être marginales, remettent en cause le respect des cadres légaux et minent l’égalité entre usagers tout en générant un climat de méfiance envers les autorités de contrôle.
D’après une source policière, la mise en fourrière ne peut être ordonnée qu’en cas d’infraction grave de stationnement et uniquement en présence d’un policier ayant le statut d’officier de police judiciaire, doté de prérogatives précises sous l’autorité du procureur de la République. Cependant, sur le terrain, ces opérations sont souvent menées en dehors de ce cadre par des agents n’ayant pas les compétences requises et parfois dans des conditions inacceptables, mettant en danger la sécurité des personnes.
Il est impératif que ces pratiques cessent et que le respect strict des réglementations en vigueur soit rétabli afin de garantir la sécurité des citoyens et la crédibilité de l’action publique.
Dans ce contexte, l’Organisation tunisienne d’information du consommateur (Otic) a exprimé son inquiétude quant aux irrégularités entourant les mises en fourrière et l’utilisation de sabots de blocage dans plusieurs municipalités, y compris à Tunis. L’organisation souligne que certaines interventions se font en l’absence d’agents de sécurité assermentés, en infraction avec la loi n°71 de 1999 sur le Code de la route, qui exige la constatation officielle de toute infraction.
L’Otic note également que certaines sociétés sous-traitantes opèrent sans mandat légal explicite, exposant les usagers à des dommages matériels sans recours effectif, malgré les garanties prévues par les cahiers des charges. Face à ces constats, l’Otic appelle à la suspension des contrats non conformes et à une révision des cahiers des charges pour assurer le respect de la législation en vigueur. Elle préconise la création d’une plateforme de réclamations pour permettre aux citoyens de signaler les abus, la délivrance d’un reçu mentionnant le numéro du procès-verbal, et l’adoption de solutions numériques pour renforcer la transparence des procédures.
L’organisation rappelle également, au regard de la loi n°29 de 2018 sur les collectivités locales, la responsabilité des municipalités en matière de respect des procédures et de protection des droits des usagers.
Lotfi Riahi, président de l’Otic, a déploré le manque de réponse des autorités de tutelle concernant les recommandations de l’organisation. À ce jour, aucune nouvelle mesure n’a été prise. Il a souligné la nécessité d’assurer la présence d’un agent de police assermenté lors de chaque opération de mise en fourrière.
Il a également suggéré la mise à disposition d’un registre de réclamations pour signaler les incidents, tels que les agressions verbales ou les dommages subis par les véhicules. Ces réclamations pourraient être considérées comme des plaintes officielles et transmises aux autorités de contrôle ou aux assureurs concernés. L’Otic souligne l’importance de ces mesures provisoires en attendant des directives visant à renforcer la transparence et protéger les droits des usagers.
Au-delà des mesures correctives immédiates, il est également nécessaire de réfléchir à l’évolution des outils de gestion du stationnement. De nombreuses expériences internationales montrent l’efficacité d’approches alternatives basées sur la digitalisation du paiement, les contrôles automatisés et une meilleure intégration avec les politiques de mobilité urbaine. Ces solutions, couplées à des infrastructures de stationnement adaptées, pourraient contribuer à atténuer les tensions et à améliorer l’efficacité du système.
Dans cette optique, il appartient aux citoyens de respecter la réglementation, tandis qu’il est de la responsabilité des autorités locales de garantir un cadre d’application clair, équitable et conforme à la loi. Une révision concertée des pratiques de contrôle du stationnement est donc essentielle pour renforcer la confiance, moderniser la gestion de l’espace public et satisfaire les attentes des usagers.

