« Ce ne sont pas les matériels, mais les gens : formation des pr aux risques d’avalanches »
Ce week-end, six personnes ont perdu la vie dans des avalanches en Savoie et Haute-Savoie. Les Safety Shred Days, organisés du 7 au 11 janvier à Sainte-Foy-Tarentaise par Victor Daviet, proposent des formations à la gestion des risques en montagne et au secours en avalanche.
Ce week-end, le bilan est tragique : six personnes ont perdu la vie dans des avalanches en Savoie et Haute-Savoie. Dimanche, en milieu de journée, la préfecture a alerté : déjà six interventions de secours sur différents massifs, le manteau neigeux étant instable et un risque majeur devant perdurer. « La pratique des activités hors-piste est fortement déconseillée », ont prévenu les autorités sur les réseaux sociaux. Ce lundi, la préfecture de Savoie appelle encore à une « prudence renforcée ».
Dans ce contexte, un événement prend une résonance particulière : la 16e édition des Safety Shred Days, organisés du 7 au 11 janvier à Sainte-Foy-Tarentaise par le snowboardeur professionnel Victor Daviet. Cinq jours de formation à la gestion des risques en montagne et au secours en avalanche. Une nécessité, alors que la pratique attire de plus en plus de passionnés de « l’or blanc ».
Se former pour éviter les accidents
Sur le terrain, le message est sans équivoque : « Le plus gros risque, c’est que les gens qui viennent n’aient pas les codes de ce milieu, qu’ils arrivent dans un environnement non sécurisé », explique Tony Lamiche, guide de haute montagne et formateur durant les Safety Shred Days. « En station, sur les pistes, tout est géré. Mais dès qu’on sort des pistes, on se confronte à la pente, à la neige, aux variations de température. Ce sont des menaces réelles, pouvant aller de la blessure à la mort. Et éviter cela, ça s’apprend ».

Ce constat est partagé par l’organisateur de cet événement, Victor Daviet. « L’objectif des Safety Shred Days, c’est de rassembler toute la communauté freeride en début de saison pour délivrer les bons messages de prévention. L’idée était surtout de proposer des formations accessibles, tant au niveau des tarifs que de l’ambiance, à un public jeune qui n’a pas toujours eu l’opportunité de se former. »
L’événement s’adresse à un large public : des enfants et adolescents de 8 à 16 ans, des pratiquants débutants, mais aussi près d’une quarantaine de riders professionnels.
Prévention et secours : le matériel ne sécurise pas, il permet de secourir
Dans le monde de la montagne, il existe un triptyque bien connu : DVA (détecteur de victime en avalanche), pelle et sonde. Cependant, une confusion persiste concernant ce matériel. « La sécurité, ce n’est pas d’avoir ce matériel dans son sac, rappelle Tony Lamiche. La sécurité, c’est se former, s’informer sur les conditions du jour et parfois, savoir renoncer. Le DVA, la pelle et la sonde sont des outils de secours, lorsque l’avalanche est déjà survenue. Vous n’êtes pas en sécurité parce que vous les avez : vous êtes équipés pour sauver quelqu’un. »
Un point essentiel, martelé par le professionnel. « Ce n’est pas le matériel qui fait le travail, ce sont les gens. Sans formation, ces outils sont inutiles. » Victor Daviet rappelle qu’en cas d’avalanche, le premier danger est l’asphyxie. « Il faut savoir que vous avez 13 minutes pour retrouver une personne ensevelie, cela va très vite. Les secours arrivent, dans le meilleur des cas, au bout de 20 minutes : c’est donc vous qui devrez procéder aux secours. »

Apprendre à lire la montagne
Durant ce rassemblement, les participants ne sont pas seulement invités à se former à l’utilisation du DVA : « Il y a toute une partie théorique, avec des conférences sur la nivologie, la compréhension du manteau neigeux, le matériel à avoir. Et une partie pratique, où l’on revoit les bases sur le terrain », précise Victor Daviet.
Lire un bulletin d’avalanche, comprendre la météo, analyser une pente, anticiper les précipitations ou l’effet du vent : autant de compétences essentielles pour éviter les accidents. Des professionnels comme Frédéric Cabot animent des conférences et ateliers pratiques : « Je suis nivologue pour Météo-France, cela consiste à étudier la neige et les avalanches. Nous réalisons aussi la prévision des risques d’avalanche en publiant ces bulletins d’estimation des risques d’avalanche. »
En France, c’est l’ANENA (Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches) qui œuvre quotidiennement pour améliorer la sécurité en montagne. Ce travail de fond est complété sur le terrain par des initiatives telles que les Safety Shred Days.
Même des riders pros se forment chaque année
Contrairement aux idées reçues, les Safety Shred Days ne sont pas réservés aux amateurs… au contraire. Créé par Victor Daviet suite à ses propres expériences traumatisantes en avalanche, l’événement est devenu un rendez-vous essentiel en début de saison pour les riders professionnels.

Parmi eux, Marion Haerty, quadruple championne du monde de Freeride. « C’est le rendez-vous à ne pas manquer », confie-t-elle. « On répète les gestes pour que ça devienne automatique en cas de crise. En un an, on oublie vite. Même quand on est pro. Chaque année, on apprend encore, avec des guides différents et des approches nouvelles. »
Un engagement revendiqué par Victor Daviet : « En tant que professionnel, nous sommes aussi là pour montrer l’exemple auprès de nos communautés, c’est-à-dire que nous montrons que nous nous formons chaque année et que nous ne sommes plus des freeriders imprudents. » Car en montagne, rappelle-t-il, se former n’est pas un choix individuel : « On se forme pour soi, mais surtout pour les autres. Pour nos amis. »

