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Iran : Les Gardiens de la révolution ne cèdent pas face aux manifestations.

Depuis fin décembre 2025, l’Iran est traversée par l’une des plus importantes vagues de protestations depuis des années, avec un bilan de 192 manifestants morts depuis le début des manifestations. En avril 2019, les États-Unis ont classé officiellement les Gardiens de la révolution comme « terroriste ».

Depuis la fin du mois de décembre, l’Iran connaît l’une des plus importantes vagues de manifestations depuis des années. Ce mouvement, parti des commerçants de Téhéran mécontents de la hausse des prix et de la dévaluation de la monnaie, s’est rapidement étendu à l’ensemble du pays, se transformant en une contestation politique contre le régime des mollahs, ses symboles et les Gardiens de la révolution iranienne.

Face à ces manifestations massives, le gouvernement a réagi par une répression sévère, mobilisant ses forces de sécurité, y compris l’armée et les Gardiens de la révolution. Ces derniers ont qualifié la situation de « inacceptable », promettant de défendre la Révolution islamique. Mais qui sont véritablement ces Pasdaran, qui ont également fait la une de l’actualité en juin dernier à la suite des attaques d’Israël ?

Officiellement, il s’agit d’une force militaire d’élite chargée de défendre la République islamique d’Iran, mais cette organisation dépasse largement le cadre militaire… Explications.

Une organisation créée pour protéger la Révolution

Les Gardiens de la révolution, ou IRGC (Islamic Revolutionary Guard Corps), ont été fondés le 5 mai 1979, quelques mois après la Révolution islamique. Leur créateur, l’Ayatollah Khomeini, visait à établir une force « loyale » au nouveau régime, indépendante de l’armée conventionnelle, jugée trop liée à l’ancien régime, comme le rappelle France Info. Selon le think tank Council on Foreign Relations, Khomeini souhaitait surtout éviter toute possibilité de coup d’État semblable à celui de 1953.

Leur mission ? Protéger le système islamique de toute menace, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Les membres de cette organisation sont appelés Pasdaran et sont placés sous l’autorité du Guide suprême Ali Khamenei.

Aujourd’hui, les Gardiens comptent environ 125 000 membres, auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de volontaires de la milice Basij. Ils disposent de leurs propres forces terrestres, navales et aérospatiales, et mènent des opérations à l’étranger par l’intermédiaire de leur unité d’élite, la force Al-Qods. Les membres de cette dernière ont combattu aux côtés du président Bachar el-Assad durant la guerre civile syrienne et ont été déployés en Irak et au Liban via le Hezbollah.

Une guerre fondatrice

Le rôle des Gardiens de la révolution s’est particulièrement accru pendant la guerre avec l’Irak, de 1980 à 1988. Le régime les a promus au rang de « héros de la défense islamique », renforçant ainsi leur rôle idéologique. Après le conflit, ils sont devenus « un acteur économique majeur », souligne Ali Alfoneh, chercheur à l’Arab Gulf States Institute, un think tank basé à Washington. Ils ont pris part à la reconstruction du pays, marquant le début de leur empire économique.

Au fil du temps, les Gardiens ont investi toutes les sphères de la société. « Leur pouvoir économique se traduit par les projets de développement des infrastructures de l’État iranien, dont la plupart sont attribués à Khatam Al-Anbiya, une société contrôlée par les Gardiens, sans appel d’offres », analysait Ali Alfoneh dans Le Monde en 2022. Cette dernière génère des bénéfices via ses propres institutions financières. Ainsi, Khatam Al-Anbiya supervise plus de 800 entreprises dans les secteurs de la construction, de l’énergie, de l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire. Certaines estimations indiquent qu’ils contrôlent entre 20 et 40 % de l’économie iranienne.

En plus de leur présence militaire et économique, les Gardiens se sont également affirmés politiquement. Dans les années 2000, plusieurs anciens commandants ont accédé à des postes de ministres, de députés, et même de présidents, comme Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013).

Selon Ali Alfoneh, ils sont devenus « l’institution politique la plus influente du pays ». En 2022, Le Monde les décrivait comme « un pouvoir à la fois policier, militaire et économique, un État dans l’État, voire plus puissant que l’État ». Ainsi, selon Ici Beyrouth, l’armée israélienne cible particulièrement les Gardiens de la révolution islamique pour porter atteinte « au système de projection de puissance de Téhéran ».

Une organisation contestée

Cependant, cette organisation est également largement contestée. Leur milice intervient fréquemment pour réprimer violemment les manifestations, comme lors des révoltes de 2009, 2019 ou, plus récemment, en 2022, suite à la mort de Mahsa Amini. Selon Iran Human Rights, au moins 551 personnes, dont 68 mineurs, ont été tuées en moins de six mois, avec 19 000 arrestations. Amnesty International avait par ailleurs dénoncé en 2021 l’utilisation de « la force illégale » par les Gardiens pour écraser les mobilisations populaires.

Selon l’ONG Iran Human Rights, 192 manifestants sont morts depuis le début des manifestations de décembre 2025. Ce bilan pourrait être bien plus élevé eu égard à la rareté des informations en provenance du pays, Internet ayant été coupé, rendant la communication avec l’extérieur quasiment impossible.

En avril 2019, les États-Unis ont classé officiellement l’organisation comme « terroriste ». Washington reproche notamment leur soutien actif à des groupes comme le Hezbollah, le Hamas ou les Houthis, ainsi que leur implication dans des attaques contre des troupes américaines au Moyen-Orient. En juin 2024, le Canada a également inscrit les Gardiens comme organisation terroriste, évoquant leur implication dans des actes terroristes, leur rôle dans la répression interne et leurs liens avec des groupes extrémistes.

Face aux nouvelles mobilisations dans tout l’Iran depuis le 28 décembre dernier, Israël a appelé l’Union européenne à qualifier les Gardiens de la révolution d’« organisation terroriste ». « Telle est depuis longtemps la position de l’Allemagne, et aujourd’hui, l’importance de cette question est claire pour tous », a déclaré Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, sur X, après des discussions avec le ministre de l’Intérieur allemand, Alexander Dobrindt, en visite en Israël.