France

Grève des médecins : six mois d’attente pour un dermato, inquiétude sur la pénurie.

Il faut aujourd’hui en France jusqu’à six mois, parfois plus, pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue. Selon les chiffres de 2025, il y a au total 2.880 dermatologistes actifs en France, et 50 % d’entre eux ont plus de 60 ans.


Six mois. Actuellement, en France, il faut jusqu’à six mois, parfois plus, pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue. Cette situation exaspère à la fois les patients et les praticiens. Du 5 au 15 janvier, 70 % des dermatologues ont annoncé participer à la grève des médecins libéraux. Selon Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues, il s’agit d’une mobilisation sans précédent.

Il souligne que la loi de financement de la Sécurité sociale « va aggraver la pénurie de dermatologues », car elle remet en cause le cumul emploi-retraite pour 15 % des 2.500 à 2.600 dermatologues libéraux âgés de plus de 70 ans. Il précise également que « 95 % des soins dermatologiques sont pris en charge par la médecine libérale en France ». Selon des chiffres de 2025, on compte au total 2.880 dermatologues actifs en France (y compris les hospitaliers), dont 50 % ont plus de 60 ans.

Les effectifs des spécialistes ont diminué de 22 % au cours des dix dernières années. Une pétition lancée le 3 décembre, qui a recueilli plus de 11.000 signatures, alerte sur la pénurie de dermatologues, affirmant qu’un habitant sur cinq n’a pas de dermatologue à proximité de son domicile. Quatre départements, l’Ariège, l’Indre, la Lozère et la Nièvre, ne comptent même plus de dermatologues sur leur territoire, comme le rappelle Le Monde.

Les perspectives sont préoccupantes. « Le nombre d’internes était de 103 l’année dernière et de 102 cette année. Si l’on se projette à dix ans, une très nette diminution s’annonce », avertit Luc Sulimovic. Il appelle à augmenter le numerus clausus à au moins 150 internes par an et à accepter le cumul emploi-retraite pour les plus anciens en attendant un équilibre. Son syndicat estime que les discussions sur la rémunération des actes techniques doivent avoir lieu entre la Caisse d’assurance maladie et les syndicats médicaux « au niveau conventionnel », et non qu’une loi régisse une profession qui souhaite conserver son caractère libéral.

Près de dix régions disposent de réseaux d’équipes de soins qui travaillent en télé-expertise pour compenser le manque de spécialistes de la peau. « Les médecins généralistes envoient des clichés à des dermatologues pour qu’ils les interprètent », explique le président du syndicat. Le généraliste peut être formé au dépistage primaire des cancers de la peau et, en cas de doute sur une lésion, demander l’avis d’un dermatologue. Cette télé-expertise est rémunérée 23 euros, alors qu’elle nécessite d’interpréter le cliché, de rédiger un courrier et d’échanger avec le médecin généraliste, ce qui prend du temps, selon le syndicat.

Alors que le nombre de dermatologues diminue, le cancer de la peau se classe comme « la première cause de cancer en France avec 120.000 cas par an toutes formes confondues, dont 18.000 cas de mélanomes », précise-t-il. Pour répondre aux besoins des patients, le syndicat demande une revalorisation de certains actes. « En secteur 1 par exemple (sans dépassement d’honoraires), l’acte chirurgical d’enlever un mélanome est rémunéré à hauteur de 65 euros », ajoute Luc Sulimovic. Il estime que l’assurance maladie pourrait mieux reconnaître la valeur de cet acte.

Dans une profession où l’on commence à bien gagner sa vie à la trentaine et où les risques liés aux soins sont présents, le syndicat considère que les conditions actuelles ne sont pas satisfaisantes. « Le diplôme de médecine français est reconnu dans toute l’Europe », avertit son président, s’adressant aux décideurs politiques.