Belgique

Le vaccin contre le tétanos fête ses 100 ans et sauve des vies.

Le tétanos a quasiment disparu en Belgique, avec 93% des citoyens en âge d’être vaccinés. Jusqu’en 1980, l’OMS rapportait plus de 2 millions de cas de tétanos chaque année, dont la moitié touchait des nouveau-nés avec une mortalité de 80%.

Le tétanos, une maladie douloureuse et souvent mortelle mais pas contagieuse, elle provient de la terre

Commençons par une bonne nouvelle, le tétanos a quasiment disparu de notre pays. Philippe Lannoo, pédiatre et conseiller auprès de l’ONE, l’Office de la naissance et de l’enfance, n’a jamais rencontré de cas en 33 ans : « On peut dire que cette maladie a été éradiquée chez nous et c’est tant mieux car c’est un véritable fléau. Les effets sont douloureux et très graves, ce sont les systèmes nerveux et musculaire qui sont touchés. Les malades sont pris de spasmes, leurs muscles se contractent et ils sont progressivement paralysés, jusqu’à l’asphyxie, souvent mortelle.« 

Comment contracte-t-on le tétanos ? Pas en fréquentant des personnes déjà malades, c’est une maladie qui n’est pas contagieuse. Son origine est une bactérie, le Clostridium tétanique, que l’on retrouve dans la poussière, dans la terre, dans pratiquement tous les sols où elle est disséminée par les excréments des animaux. Elle survit sous forme de spores, comme des champignons, et peut rester inactive pendant des années. Elle se réactive si les conditions de température et d’humidité le permettent, par exemple en contact avec une plaie sanglante. Les spores germent alors et produisent la toxine redoutée.

La contamination se produit donc facilement, il suffit d’un contact entre une plaie et une portion de terre porteuse de spores en veilleuse. Or, rien ne permet de deviner que cette terre est souillée. Ce qui est certain, c’est qu’une plaie minime suffit, cela peut être une écorchure bénigne, une piqûre de rosier, un ulcère à la jambe ou une plaie chez un diabétique. Autre porte d’entrée, une morsure d’animal, une infection dentaire, un piercing ou un tatouage réalisés dans de mauvaises conditions d’hygiène. Cela peut aussi provenir d’une intervention chirurgicale. Il arrive même que la plaie passe inaperçue, comme lorsqu’on a une épine ou un ongle incarné. Le résultat est le même, les spores de la bactérie trouvent un terrain propice à leur réveil, leur prolifération et la diffusion de la toxine dans le corps.

L’arme fatale contre le tétanos : le vaccin, on n’a pas encore trouvé mieux

Un bébé peut aussi attraper le tétanos lors de l’accouchement lorsqu’on coupe le cordon ombilical dans des conditions hygiéniques insuffisantes. On parle alors de tétanos néonatal. En Belgique, cela fait longtemps qu’il a disparu mais il persiste à l’échelle mondiale. Jusqu’en 1980, l’Organisation Mondiale de la Santé rapportait plus de 2 millions de cas de tétanos chaque année, dont la moitié touchait des nouveau-nés, avec une mortalité de 80%. Depuis, le nombre a chuté : grâce à une meilleure hygiène et à la vaccination, le nombre de décès par tétanos néonatal est passé à 34 000 en 2015 et moins de 10 000 en 2020, essentiellement en Afrique centrale.

Contrairement à d’autres maladies, on n’a pas d’immunité naturelle contre le tétanos

Philippe Lannoo, pédiatre et conseiller ONE

C’est la généralisation du vaccin qui a entraîné le recul du tétanos. Un vaccin qu’il faut administrer tôt dans la vie, explique le docteur Lannoo : « Contrairement à d’autres maladies, on n’a pas d’immunité naturelle contre le tétanos. Pour avoir une immunité, on doit être vacciné le plus tôt possible, quand le système immunitaire de l’enfant devient réactif et capable de fabriquer des anticorps.« 

Cet âge est généralement de 2 mois :  » Quand on doit partir dans un pays à risque, on vaccine parfois un peu plus tôt, mais sinon en Belgique, c’est à partir de deux mois et en plusieurs étapes. On est en train de revoir le schéma vaccinal belge, mais actuellement c’est une dose à deux mois, une dose à trois mois, une dose à quatre mois et un rappel qui se fait en général vers 15 mois. Ensuite, on refait une vaccination vers 5-6 ans. Après cela, c’est tous les 10 ans. »

Mais ne cherchez pas un vaccin exclusivement contre le tétanos, il n’existe pas. Depuis le début, il a été combiné à d’autres vaccins. Comme l’explique l’Institut Pasteur, le 100e anniversaire que l’on célèbre en cette mi-janvier 2026 correspond d’ailleurs à « l’instauration de la méthode des vaccins associés, base du vaccin diphtérie-tétanos ». Dans notre pays, depuis les années 60, les vaccinations contre le tétanos, la diphtérie et la coqueluche ont été associées, généralement appelées DTP. Il n’existe donc aujourd’hui plus de vaccin qui protège uniquement contre le tétanos.

Les adultes sont aussi des cibles, surtout lors d’activités extérieures

La vaccination est évidemment importante dès la naissance, répète Philippe Lannoo :  » Parce que les enfants vont jouer très vite et ils vont inévitablement tomber et se blesser, et donc se contaminer encore plus vite que les adultes. Mais les adultes ne sont pas épargnés pour autant. Ceux qui travaillent dans la construction, l’agriculture, l’horticulture, les exploitations forestières et ceux qui manipulent des métaux rouillés peuvent également être contaminés, tout comme les personnes ayant des loisirs extérieurs tels que le jardinage, l’escalade, la pêche, etc. En somme, toutes les personnes en contact avec la terre, quel que soit leur âge, sont concernées.

D’où l’importance de faire les rappels nécessaires, insiste-t-il : « L’essentiel, c’est vraiment de rappeler l’importance de la vaccination, parce que c’est une maladie qui n’est pas contagieuse mais qui provoque des séquelles graves et souvent mortelles pour lesquelles le seul moyen de se protéger est le vaccin.« 

En général, le cocktail de vaccin DTP est administré dès la petite enfance, avec 4 doses entre 2 et 15 mois. Les rappels obligatoires pour maintenir l’immunité ont lieu vers 5-6 ans, à l’adolescence (vers 11-13 ans) puis tous les 10 ans à l’âge adulte.

En Belgique, 93% des citoyens en âge d’être vaccinés le sont. On ne signale plus de malades du tétanos depuis des années, ce qui n’est pas le cas chez nos voisins français, explique le conseiller de l’ONE :  » En France, entre 2005 et 2016, il y a encore eu 108 cas, souvent en outre-mer où la vaccination est moins importante. La mortalité est également élevée, puisque sur ces 108 cas, il y a 30% de décès. C’est vraiment une maladie très, très grave et c’est essentiel de se vacciner. J’ai travaillé un moment en Afrique du Nord. Là, ils ne se posaient même pas la question de la vaccination, c’était essentiel pour eux de se faire vacciner. « 

Que faire si on se blesse sans être en ordre de vaccination ?

On l’a compris, pour le médecin, pas de doute, il faut se faire vacciner. Mais que se passe-t-il lorsqu’une personne se blesse ou, pire, contracte le tétanos alors qu’elle n’est pas en règle au niveau des rappels ? Y a-t-il un moyen de rattraper le coup ? La réponse du pédiatre : « D’abord, il y a toujours possibilité de reprendre la vaccination de manière plus intensive.« 

Si un adulte a bénéficié de la vaccination de base complète à l’enfance et à l’adolescence et qu’il est en retard sur les rappels, le nombre de doses de rattrapage dépend de l’importance du retard. On recommande :

  • 1 dose de vaccin pour un retard compris entre 10 et 20 ans
  • 2 doses de vaccin administrées à 6 mois d’intervalle, si le retard dépasse les 20 ans

Si un adulte n’a pas bénéficié de la vaccination de base complète à l’enfance et l’adolescence, 3 doses de vaccin sont conseillées. On administrera les deux premières doses à 4-6 semaines d’intervalle et la troisième dose un an plus tard.

Et puis, « on peut également donner le sérum même si c’est très compliqué de l’avoir. Mais à part ça, c’est une maladie très compliquée à traiter, surtout la prise en charge de tous les spasmes, c’est difficile.« 

Comme conseiller pédiatre de l’ONE, Philippe Lannoo est parfois confronté à des parents qui s’opposent à la vaccination de leur enfant. Cela l’indigne : « Grâce à ce vaccin qui existe depuis 100 ans, cette maladie est quasiment éradiquée. Pourtant, en consultation, on passe souvent beaucoup de temps à convaincre les gens des bienfaits de la vaccination. La mouvance antivax existe depuis longtemps, mais la période Covid l’a renforcée. En tant que professionnel de la santé publique, j’estime que la vaccination contre le Covid a sauvé des millions de personnes, mais cela a aussi réactivé cette vague antivax. Maintenant, nous sommes encore confrontés à des parents qui refusent de vacciner leur enfant. Mais moi, je leur réponds que leur enfant n’a rien demandé, sinon à rester en bonne santé. Qu’ils ne veulent pas le faire pour eux, je peux l’entendre à défaut de l’approuver, mais pourquoi faire porter ce choix à ce pauvre gamin qui risque de contracter des maladies comme la coqueluche, la diphtérie ou la rougeole ? « 

Et le médecin de se rappeler de ses premières années de pratique : « Quand j’étais jeune pédiatre, il y a 30 ans, mon patron me disait avant chaque garde que j’avais de la chance, que ma garde allait être calme parce que dans les années 70-80, avant le vaccin, les gardes étaient presque systématiquement marquées par un décès d’enfant. On ne parle pas de l’époque d’Emile Zola, mais bien de la Belgique d’il y a 50 ans. Depuis lors, nous avons une vaccination très efficace contre de nombreuses maladies, permettant de sauver de nombreuses vies. J’ai du mal à comprendre comment, aujourd’hui, on peut mettre cela en question. En pédiatrie, nous faisons surtout de la médecine préventive et grâce à la vaccination, nous avons beaucoup moins d’enfants hospitalisés.« 

Le dernier exemple en date est l’habituelle vague annuelle de bronchiolites touchant les enfants : « C’est impressionnant, depuis deux ans, nous administrons des anticorps à tous les bébés qui naissent. Ce n’est pas un vaccin, mais la démarche est similaire et nous n’avons quasiment plus de bronchiolites aiguës. Les seuls enfants ou bébés qui se retrouvent aux soins intensifs et qui sont, je trouve, plus atteints qu’avant, ce sont des petits dont les parents ont refusé l’immunisation par anticorps. Cela coûte pourtant cher à la sécurité sociale, mais ça marche et c’est quasiment gratuit pour les parents.«