Belgique

Le barrage à Marquain sur l’E42 levé ce lundi à l’aube.

Les manifestants ont pris la direction de la frontière française dimanche en fin d’après-midi après avoir bloqué l’autoroute pendant 72 heures. Ce dimanche vers 17 heures, ils lèvent le barrage avec une dernière action symbolique avec les agriculteurs français.


Les manifestants qui bloquent l’autoroute depuis 72 heures ont décidé de se diriger vers la frontière française dimanche en fin d’après-midi.

« Nous souhaitions organiser une action symbolique avec nos collègues français avant de libérer l’autoroute dans les prochaines heures », a déclaré Aubin Fauvarque, président d’une des deux sections tournaisiennes de la FJA (Fédération des jeunes agriculteurs). « On se rend compte que pour les usagers, le blocage de l’autoroute complique la situation et nous voulions libérer l’E42 avant l’heure de pointe ce lundi matin très tôt. »

La circulation devrait donc reprendre dès les premières heures de lundi après nettoyage de la chaussée.

À Marquain, les agriculteurs manifestants montrent des signes de fatigue. Leurs traits sont tirés et ils ont froid, mais un grand feu leur permet de se réchauffer. Malgré cela, ils sont bien décidés à poursuivre le blocage. Amadéo, petit-fils d’agriculteur et travaillant dans le secteur des transports, a exprimé sa solidarité en affirmant : « C’est clair que les dernières nouvelles ne sont pas bonnes. Mais foutu pour foutu, on y va jusqu’au bout. Pour des raisons financières, mon grand-père a refusé qu’on devienne agriculteur. Mais ce métier est si beau. Il nous fait rêver depuis qu’on est enfant. Il faut se battre pour le protéger. »

Pour maintenir leur action, les agriculteurs se relaient, ce qui explique leur faible nombre autour du feu : une dizaine de personnes. À l’issue d’une nuit sur le barrage, ils ne rentrent pas pour dormir. Aubain a du travail à la ferme : « On doit continuer à s’occuper de nos bêtes. Elles ont besoin de toute notre attention. Jongler entre les deux n’est pas facile. Mais dans ces moments difficiles, la solidarité nous sauve. On s’entraide énormément. »

Certains citoyens expriment leur soutien. Il n’est pas rare qu’un camion passant à proximité du barrage klaxonne pour montrer sa solidarité. Sur les réseaux sociaux, la majorité des messages sont de soutien. Le groupe RESAP (Réseau de Soutien à l’Agriculture Paysanne) est venu leur fournir de la nourriture. Sébastien Kennes, membre de la coordination de ce mouvement, a souligné : « C’est tellement important de les soutenir. Le modèle qu’on soutient, c’est un modèle qui respecte la planète et la santé de ses habitants. On refuse les accords de libre-échange. Il ne faut pas considérer la nourriture comme une simple marchandise. Il faut retrouver du sens. On a l’impression que les seuls qui ne comprennent pas ça, ce sont nos décideurs. »

Autour du feu, malgré la fatigue, les discussions sur le traité de libre-échange sont fréquentes. Aubain ne comprend pas pourquoi l’Europe signe un tel accord. « On est hypercontrôlé. Au nom d’une agriculture plus propre, plus respectueuse de l’environnement et de la santé, on nous impose toute une série de normes. Bien sûr, on est d’accord avec ça. Mais je ne vois pas comment l’Europe pourrait être plus verte quand on importe des produits du bout du monde ? », a-t-il déclaré.

Un policier intervient alors pour interrompre le débat. Il n’est pas là pour mettre un terme au barrage, mais pour proposer une aide : « Un arbre est tombé à cause du vent et de la neige à l’entrée de l’aire de Froyenne. Je pourrais appeler les pompiers, sauf si vous voulez nous donner un coup de main. Vous pouvez récupérer le bois, bien sûr. » Malgré leur colère, les agriculteurs sont prêts à rendre service. Louis répond : « C’est mal nous connaître. On est toujours au service des gens. C’est dans notre ADN. On va pouvoir en plus récupérer du bois pour le feu. »

En quelques minutes, avec leur tracteur et une tronçonneuse, ils dégagent l’arbre. Ils ne savent pas combien de temps ils pourront continuer leur mouvement, mais sur le barrage de Marquain, la solidarité reste le moteur de leur mobilisation.

Ce dimanche vers 17 heures, ils lèvent le barrage avec une dernière action symbolique en collaboration avec les agriculteurs français.