Près de 500 morts en Iran, vidéos de la répression émergent.
Au moins 466 manifestants ont été tués en deux semaines de mouvement de contestation en Iran, a affirmé dimanche Iran Human Rights (HRANA). Le dernier bilan publié quelques heures plus tôt faisait état de 203 morts.
Au moins 466 manifestants ont péri durant deux semaines de mobilisation en Iran, selon l’organisation de défense des droits humains Iran Human Rights (HRANA), qui met en garde sur le fait que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.
« L’absence de vérification des chiffres indique qu’au moins plusieurs centaines, et même plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient perdu la vie », précise l’organisation, qualifiant cela de « massacre » et de « crime majeur contre le peuple iranien ».
Le dernier bilan publié auparavant faisait état de 203 morts.
Les autorités iraniennes rapportent qu’au moins une centaine de policiers ou membres des forces de sécurité ont également été tués.
Reza Pahlavi, en exil aux États-Unis et fils de l’ancien shah, a exprimé son intention de rentrer en Iran.
Des vidéos authentifiées par l’AFP montrent des dizaines de corps entassés à l’extérieur d’une morgue au sud de Téhéran, que des ONG de défense des droits humains identifient comme étant les victimes de la répression des manifestations en Iran.
Les images, localisées à la morgue de Kahrizak, montrent des corps enveloppés dans des sacs noirs et des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.
L’ONG Iran Human Rights souligne que ces images « illustrent un grand nombre de personnes tuées lors des manifestations nationales en Iran ».
L’organisation Hengaw, également basée en Norvège, affirme avoir authentifié ces images, montrant « des dizaines de corps ensanglantés à l’intérieur et à l’extérieur de la morgue de Kahrizak », signalant un « crime d’une ampleur et d’une gravité considérables ».
Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, s’est dit « choqué par les rapports de violences » à l’encontre des manifestants en Iran, appelant les autorités « à faire preuve de la plus grande retenue » dans l’usage de la force.
Il a déclaré : « Tous les Iraniens doivent pouvoir exprimer leurs doléances de manière pacifique et sans crainte. Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, tels qu’inscrits dans le droit international, doivent être pleinement respectés et protégés ».
Antonio Guterres demande également aux autorités « de prendre des mesures pour garantir l’accès à l’information dans le pays, notamment en rétablissant les communications ».
Le gouvernement iranien a instauré trois jours de deuil national pour les « martyrs » de la « résistance », incluant les membres des forces de sécurité tués lors des manifestations, et a appelé à des rassemblements de soutien à la République islamique.
Le gouvernement évoque la lutte contre ce qu’il appelle des « émeutes » comme une « bataille de résistance nationale iranienne contre l’Amérique et le régime sioniste ».
Le président Massoud Pezeshkian incite la population à participer à une « marche de résistance nationale » pour dénoncer les violences, qu’il attribue à des « criminels terroristes urbains ».
Le mouvement, qui a débuté le 28 décembre à Téhéran par des commerçants protestant contre la hausse des prix et la dévaluation de la monnaie, a gagné en ampleur et s’est répandu dans plusieurs villes.
Alors que la République islamique fait face à un de ses plus grands défis depuis sa création en 1979, le président américain Donald Trump a réaffirmé que Washington était « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ».
En cas d’interventions américaines, l’Iran réagi en menaçant de cibler des sites militaires et le transport maritime des États-Unis.
Les autorités affirment comprendre les revendications économiques des manifestants mais pointent du doigt des « émeutiers » manipulés selon elles par des forces étrangères, en particulier les États-Unis et Israël, exhortant la population à ne pas se laisser « tromper » par des « terroristes ».
Le chef de la police a annoncé « d’importantes arrestations contre les principaux éléments impliqués dans les émeutes ».
Sur le terrain, la mobilisation se poursuit sans fléchir. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré de grandes foules défilant à Téhéran et à Machhad.
Ces images sont probablement relayées par satellite en raison d’une coupure d’internet qui a duré plus de 60 heures, rendant la communication avec l’extérieur quasi impossible.
« L’absence de réseaux constitue une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens », a souligné l’ONG de cybersécurité Netblocks.
D’autres vidéos, non authentifiées par l’AFP, montrent des familles tentant d’identifier les corps de proches tués dans les manifestations.
Iran Human Rights a confirmé « la mort d’au moins 192 manifestants », soit plus du double de l’estimation précédente de 51 morts. Elle a averti que le bilan pourrait être bien plus élevé, compte tenu du peu d’informations filtrant.
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran a indiqué avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants récemment.
« Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines, » prévient l’organisation, ajoutant que les hôpitaux sont « débordés » et que les réserves de sang diminuent.
À Téhéran, un journaliste de l’AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a considérablement augmenté, des boutiques ont fermé, et les écoles sont fermées. L’enseignement a lieu à distance, mais sans accès à internet, cela complique toute connexion.
Les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées, rendant toute activité presque impossible.
Reza Pahlavi, fils en exil du shah renversé en 1979, a appelé à ne pas abandonner les manifestations, affirmant être « prêt à retourner en Iran » dès que possible pour y conduire une transition politique.
« Mon travail consiste à mener cette transition afin d’assurer la transparence pour que les citoyens puissent élire librement leurs dirigeants et décider de leur avenir », a-t-il déclaré.
Israël a exprimé son soutien à « la lutte du peuple iranien pour la liberté », son Premier ministre Benjamin Netanyahu exprimant l’espoir que l’Iran « serait bientôt libéré de la tyrannie ». Un responsable militaire a également affirmé que l’armée serait « prête à réagir avec force si nécessaire ».
Le pape a appelé au dialogue et à la paix en Iran, priant pour « le bien commun de la société tout entière ».

