Près de 500 morts en Iran, selon Iran Human Rights et vidéos de répression.
Au moins 466 manifestants ont été tués en deux semaines de mouvement de contestation en Iran, selon Iran Human Rights (HRANA). Les autorités iraniennes affirment qu’au moins une centaine d’agents de police ou de personnel de sécurité ont aussi été tués.
Au moins 466 manifestants ont trouvé la mort au cours de deux semaines de manifestations en Iran, selon une déclaration d’Iran Human Rights (HRANA) faite dimanche. L’organisation de défense des droits humains a averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé. « Des informations non vérifiées indiquent qu’au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées », a-t-elle souligné, qualifiant cela de « massacre » et de « crime (…) majeur contre le peuple iranien ». Le dernier bilan, publié peu auparavant, faisait état de 203 morts. Les autorités iraniennes affirment qu’au moins une centaine d’agents de police ou de membres du personnel de sécurité ont également perdu la vie.
Reza Pahlavi, exilé aux États-Unis et fils de l’ancien shah, a annoncé son intention de revenir en Iran.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé dimanche son « choc face aux rapports de violence » envers les manifestants en Iran, appelant les autorités « à faire preuve de la plus grande retenue » dans leur usage de la force. « Tous les Iraniens doivent pouvoir exprimer leurs doléances de manière pacifique et sans crainte. Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, tels qu’inscrits dans le droit international, doivent être pleinement respectés et protégés », a-t-il déclaré par l’intermédiaire de son porte-parole. Guterres a également exhorté à « prendre des mesures permettant l’accès à l’information dans le pays, notamment en rétablissant les communications ».
Le gouvernement iranien a décrété dimanche trois jours de deuil national en mémoire des « martyrs » de la « résistance », y compris des membres des forces de sécurité tués lors des manifestations, et a appelé à des rassemblements de soutien à la République islamique lundi, comme annoncé par la télévision d’État. Le gouvernement a qualifié la lutte contre ce qu’il appelle des « émeutes » de « bataille de résistance nationale iranienne contre l’Amérique et le régime sioniste (Israël NDLR) ». Le président Massoud Pezeshkian a incité la population à participer à une « marche de résistance nationale » pour dénoncer les violences qu’il attribue à des « criminels terroristes urbains ».
Le mouvement, qui a commencé à Téhéran le 28 décembre à cause de la hausse des prix et de la dévaluation de la monnaie, a élargi son ampleur dans de nombreuses villes ces derniers jours. Alors que les autorités semblent faire face à l’un de leurs plus grands défis depuis 1979, le président américain Donald Trump a déclaré que Washington était « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ». En cas de frappes américaines, l’Iran avertit qu’il pourrait riposter en ciblant des installations militaires et le transport maritime des États-Unis, selon Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement. Bien que les autorités aient affirmé comprendre les revendications économiques des manifestants, elles dénoncent de plus en plus des « émeutiers » manipulés par des forces étrangères, principalement les États-Unis et Israël.
Sur le terrain, la mobilisation des manifestants reste forte. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent d’importantes foules défilant durant la nuit dans plusieurs villes, dont Téhéran et Machhad. Ces images semblent provenir de moyens satellitaires, la coupure de l’internet, qui dure depuis plus de 60 heures, rendant les communications internationales presque impossibles. L’ONG Netblocks a souligné que « cette mesure de censure constitue une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens ». D’autres vidéos, non authentifiées par l’AFP, montrent des familles identifiant des proches décédés dans des morgues de Téhéran.
Iran Human Rights, basée en Norvège, a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants, un chiffre qui dépasse largement les 51 morts mentionnés précédemment. L’organisation a averti que le bilan pourrait augmenter, compte tenu du manque d’informations sur la situation dans le pays. Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI) a indiqué avoir reçu « des témoignages directs et des rapports crédibles » concernant la mort de centaines de manifestants récemment. « Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », a déclaré l’organisation, ajoutant que les hôpitaux étaient « débordés » et que les réserves de sang étaient en baisse.
À Téhéran, la vie quotidienne est presque paralysée. Un journaliste de l’AFP a rapporté que le prix de la viande avait presque doublé depuis le début des manifestations, de nombreuses boutiques ayant fermé leurs portes. Les écoles sont fermées et la formation se fait désormais à distance, mais sans internet, il est impossible de se connecter. Les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées samedi soir. Selon des habitants de Téhéran, lors des dernières manifestations importantes en 2022-2023, elles continuaient à fonctionner, et la perturbation de la vie quotidienne n’était pas comparable à la situation actuelle.
Reza Pahlavi, très actif sur les réseaux sociaux, a exhorté à de nouvelles manifestations plus tard dimanche. « N’abandonnez pas les rues. Mon cœur est avec vous. Je sais que je serai bientôt à vos côtés », a-t-il déclaré. Pahlavi a affirmé être « prêt à retourner en Iran » dès que possible pour y mener une transition politique. « Mon travail consiste à mener cette transition afin de m’assurer que tout soit mis en œuvre, dans une transparence totale, pour que les citoyens puissent élire librement leurs dirigeants et décider de leur propre avenir », a-t-il précisé.
Cette mobilisation intervient alors que l’Iran est affaibli par une guerre avec Israël en juin et les pertes subies par plusieurs de ses alliés régionaux, entraînant des sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l’ONU. Israël a exprimé son soutien à « la lutte du peuple iranien pour la liberté ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré espérer que l’Iran « serait bientôt délivré du joug de la tyrannie », tandis qu’un responsable militaire a affirmé que l’armée « serait en mesure de répondre avec force si nécessaire ». Le pape Léon XIV a lancé un appel au dialogue et à la paix en Iran, priant pour « le bien commun de la société tout entière ».

